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Les APE menacent les PME

5 décembre 2007, 00:00

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Vira Botshare dirige une petite entreprise artisanale de transformation de fruits et de légumes locaux à Grand La Fouche Corail à Rodrigues. Toute sa production est écoulée sur le marché mauricien. Aujourd?hui, l?avenir de son entreprise est menacé. Cela, du fait de l?ouverture progressive, mais certaine, du marché national aux produits européens. Un accès duty-free, qui est préconisé par les Accords de partenariat économique (APE). «Nous savons que Maurice s?apprête à signer des accords qui cloueront au pilori les petites entreprises qui ont déjà beaucoup de peine à décoller», nous confie-t-elle. «Si les produits de l?Union européenne (UE) qui bénéficient déjà de substantielles subventions de la part de leurs Etats, peuvent, dans un très proche avenir, pénétrer librement sur les marchés étroits de nos petits pays sans payer la moindre taxe douanière, alors il est évident que cette situation sonnera le glas de l?esprit d?entreprise tant prôné de nos jours», ajoute-t-elle.

Outre Vira Botshare, plusieurs propriétaires de petites et moyennes entreprises (PME) mauriciennes et africaines se demandent à quelle sauce l?Europe va bientôt les croquer. Cette question suscite de vives interrogations (à des degrés divers) dans le milieu des affaires, à travers tous les pays du bloc Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP). Partenaires, malgré eux, de l?UE dans les fameux APE.

Mais du côté des technocrates, le langage se veut plus serein. Pour Jocelyn Kwok, secrétaire général de la Chambre d?agriculture de Maurice : «Depuis plusieurs années, Maurice entreprend des réformes de façon continuelle dans le sens de l?ouverture de son marché aux produits étrangers. Et, de ce fait, nous pensons que si les entreprises mauriciennes ont, jusque-là, pu tenir face à la concurrence, alors il n?y a, apparemment, aucune raison pour qu?elles ne continuent pas à tenir le coup.» Mahmad Cheeroo, secrétaire général de la Chambre de commerce et d?industrie de Maurice, partage le même point de vue : «Les APE nous laissent la latitude de définir les produits que nous jugeons sensibles. Par conséquent, nous n?avons pas à nous faire de souci.»

Concernant la question des exportations vers le marché européen, les exportateurs ont également de légères appréhensions. Ahmad Parkar, directeur général de Star Knitwear, spécialisée dans l?exportation du textile mauricien, nous dit : «Le textile mauricien se portera bien et ne courra aucun grand risque sur le marché européen? tant que l?UE jouera le jeu en limitant l?accès de son marché à certains pays hors ACP. Qui, dans le souci de réduire au strict minimum leurs coûts de production, n?hésitent pas à avoir recours à des pratiques peu orthodoxes, comme par exemple, faire travailler des enfants.»

C?est connu, les APE ne déverseront pas que des «bénédictions» dans les pays du Sud. Au contraire. Ils font l?objet d?acerbes critiques dans l?opinion internationale. Cela, pour trois principales raisons. La première ayant trait au fait que les pays développés, eux-mêmes, avaient dû recourir, à un certain moment de leur histoire, à une politique protectionniste. Cela, afin d?amorcer leur croissance économique.

La seconde raison est liée au fait que, bien que la coopération régionale soit partout encouragée, l?on se demande comment un quelconque pays ACP résisterait à l?envie de délaisser les produits du voisin régional pour se rabattre sur ceux d?un concurrent européen. Qui, lui, peut se permettre de pratiquer un prix beaucoup plus attrayant. Et enfin, la perspective de la réduction drastique des recettes douanières des pays du bloc ACP, aux économies déjà chancelantes, n?est pas réjouissante. Car l?opinion internationale craint qu?il ne se pose un problème de déséquilibre budgétaire dans les pays concernés.

«L?opinion internationale estime que l?UE utilise plutôt l?aide au développement comme un leurre pour obliger ses partenaires plus pauvres à signer lesdits accords. Elle appréhende également le fait que cette question ne contribue à créer une dépendance permanente vis-à-vis de l?UE.»

L?opinion internationale estime que l?UE utilise plutôt l?aide au développement comme un leurre pour obliger ses partenaires plus pauvres à signer lesdits accords. Elle appréhende également le fait que cette question ne contribue à créer une dépendance permanente vis-à-vis de l?UE. Ce qui renforcerait la politique de «la main tendue» pour laquelle les pays ACP n?ont plus besoin de recevoir de leçons.

Une chose est certaine : face au défi que constituent les APE, il ne serait pas raisonnable de penser que l?économie mauricienne n?a pas de souci à se faire. Même si, aujourd?hui, il est généralement admis qu?elle est mieux lotie que celle de certains pays du bloc ACP. Certes, Maurice a une certaine longueur d?avance, en ayant eu la vision d?entamer, bien avant beaucoup d?autres pays ACP, le démantèlement progressif de ses barrières douanières.

Mais l?on retiendra qu?au stade actuel, la politique de protectionnisme des frontières est une nécessité vitale pour tous les pays du bloc ACP, y compris Maurice, si l?on veut que les PME de ces pays puissent acquérir assez de force pour devenir des entités compétitives à l?avenir.

Un libéralisme trop brutal provoquerait la débâcle de bon nombre d?entre elles, face à l?assaut des multinationales étrangères très puissantes et productives.

Les PME mauriciennes ont bien raison de se faire du souci. L?accès duty-free de l?UE sur le marché national pourrait entraîner des conséquences désastreuses.

Nico PANOU</B>

<B>La Réunion dénonce les APE</B>

■ Curieusement, les pays ACP ne sont pas les seuls à dénoncer le caractère unique des APE. L?île de La Réunion a, ces derniers jours, été le théâtre d?un débat passionnant. Mgr. Gilbert Aubry, évêque de Saint-Denis, à La Réunion, en qualité de président de la commission diocésaine «Justice et Paix», est monté au créneau pour fustiger les APE et alerter l?opinion réunionnaise pour qu?elle prenne conscience des dangers qu?ils représentent pour sa légendaire quiétude. Alimentée au biberon de l?aide gracieusement offerte par sa généreuse mère, la métropole (la France), la Réunion a longtemps choisi d?adopter une politique d?introversion de son économie plutôt que de se tourner vers ses voisins de la Commission de l?océan Indien (COI), dont elle fait partie. Aujourd?hui, face au défi de la mondialisation et aux APE, consciente que son tissu industriel n?est pas assez solide pour qu?elle procède, sans risque, au démantèlement précoce de ses barrières douanières, La Réunion, pourtant département français, se demande à quel saint se vouer face à la menace de la déferlante des produits de ses concurrents régionaux tels les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles.

Un accord commercial intérimaire entre Maurice et l?Europe

■ Un nouveau régime régit à partir de janvier les rapports commerciaux entre Maurice et l?Europe. L?UE et le groupe «Eastern and Southern Africa» (ESA), dont fait partie Maurice, sont parvenus à un arrangement intérimaire faute d?un APE.

Le principe d?un accord intermédiaire a déjà été agréé au niveau des ministres de Commerce extérieur des pays membres de la zone.

Les techniciens et diplomates sont chargés de finaliser les modalités du nouveau régime. Maurice préserve ainsi son accès en franchise de douane sur le marché européen et l?accord garantit la non-interrruption du commerce entre le pays et le vieux continent. L?UE et l?ESA ont, en effet, réalisé qu?il serait pratiquement impossible de conclure un APE complet avant la fin de l?année, conformément au calendrier des négociations. Le nouveau régime doit prendre le relais du composant commercial de l?accord de

Cotonou qui régit les relations économiques entre l?Europe et le bloc ACP ? selon la nouvelle configuration, le bloc ACP sera sous-divisé en plusieurs sous-régions, dont l?ESA.

En l?absence d?un accord avant le 31 décembre, les produits mauriciens couraient le risque de tomber sous le régime «Generalised System of Preferences» (GSP), soit un système qui offre des conditions nettement moins avantageuses que l?accord de Cotonou. Sous le GSP, les vêtements sont taxés à 12 % et les produits de «seafood» à 20,5 %. Dans ces conditions, la compétitivité de nos industries d?exportation aurait pris un sérieux coup. Entre-temps, les négociations pour un APE complet se poursuivent. L?accord prend effet à partir de janvier 2008.

<B>Akilesh ROOPUN</B>

FORUM JEUNE CHAMBRE INTERNATIONALE

PME, à vos marques?. fermez !

Malheureusement, les fruits n?ont pas passé la promesse des fleurs, le jeudi 23 novembre dernier lors du 62e Business Forum organisé par la Jeune chambre internationale (JCI) de Port-Louis, qui avait pour thème : «Accord de partenariat économique : les enjeux pour l?île Maurice». Deux intervenants étaient invités, en l?occurrence Raj Mohabeer, Chargé de mission au secrétariat général de la Commission de l?océan Indien, et François de Grivel, Président de la Mauritius Exports Association.

Les deux personnalités ont soigneusement évité de traiter en détail le dossier controversé relatif aux «réels» enjeux des Accords de partenariat économique (APE). Ils ont éludé l?épineuse question ayant trait à l?avenir, assez incertain, réservé aux petites et moyennes entreprises (PME) mauriciennes pendant qu?ils survolaient le volet des importations de Maurice en provenance de l?Union européenne(UE). Pour ce qui est du volet exportation, plus attrayant pour l?économie mauricienne, il a eu la part belle au cours de ce forum.

Appréhension à la perspective des APE

Pour les intervenants, les exportations de textile, de produits de pêche et de sucre en direction de l?Europe, ont augmenté ces dernières années. La parité de l?euro par rapport au dollar pourrait inciter les opérateurs économiques à augmenter le volume des exportations vers l?UE au détriment des Etats-Unis. «Grâce aux APE, le textile mauricien sera plus compétitif sur le marché international car nous profiterons du coton de bonne qualité venant du Mali ou du Burkina Faso pour améliorer la qualité de notre textile, que nous voulons haut de gamme», dira François de Grivel.

Les accords entre l?UE et le bloc des pays Afrique, Caraïbes, Pacifique ne sont pas en faveur des PME mauriciennes. Dès le 1er janvier 2009, date à laquelle les APE entreront en vigueur, celles dont les produits ne figureront pas sur la fameuse liste des biens «sensibles» présentée à l?UE par le groupe Afrique orientale et australe pourraient voir leurs produits concurrencés par des biens importés d?Europe, exempts de taxes douanières, de meilleure qualité et bon marché. Les produits dits «sensibles» sont des biens de consommation courante, dont l?importation peut être nuisible aux industries locales.

La perspective des APE suscite au sein des PME mauriciennes, beaucoup d?appréhension. Leurs produits ne sont pas assez compétitifs face à des concurrents de taille. Qui, pour certains, bénéficient de subventions de la part de leurs Etats.

N.P

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