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Le pouvoir peut-il s’exonérer de ses propres règles ?
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Le pouvoir peut-il s’exonérer de ses propres règles ?
L’état de droit sort renforcé, non pas parce que la justice aurait déclaré Sattar Hajee Abdoula innocent mais précisément parce qu’elle a rappelé qu’une accusation pénale portée contre un individu doit reposer sur des éléments objectifs établissant un lien suffisamment concret avec l’infraction alléguée. Cette distinction nous semble essentielle.
Une charge provisoire est un instrument d’enquête, et non une déclaration de culpabilité. Le seuil exigé est certes inférieur à celui d’une prima facie case au procès. Mais le «reasonable suspicion» — le soupçon raisonnable — ne peut être assimilé à une intuition, une conjecture ou à un simple faisceau de circonstances ambiguës. Il doit s’appuyer sur des faits permettant d’établir objectivement un lien avec le suspect. C’est le cœur de la décision rendue par le tribunal de district de Port-Louis.
La Financial Crimes Commission (FCC) s’appuyait notamment sur le contrat de Rs 8,5 millions conclu entre Air Mauritius et Grant Thornton Advisory Services (GTAS), le non-respect allégué des procédures de procurement, le versement de Rs 3,696 millions, la non-exécution alléguée du contrat ainsi que la nomination ultérieure de M. Abdoula comme administrateur d’Air Mauritius. Ces éléments peuvent légitimement justifier la poursuite d’une enquête. Mais, pour la cour, ils ne suffisent pas à établir le «necessary objective and concrete nexus» entre M. Abdoula et le blanchiment allégué.
Un autre principe mérite d’être souligné : les irrégularités commises au sein d’une société ne peuvent être automatiquement imputées personnellement à l’un de ses dirigeants. GTAS était une entité juridique distincte et M. Abdoula n’en était pas le seul directeur. Mariam Rajabally avait notamment signé le contrat, la facture et les instructions de paiement.
De même, les irrégularités relevées dans les procédures internes d’Air Mauritius ne permettaient pas, en l’absence d’éléments concrets, d’établir que M. Abdoula les avait provoquées, qu’il savait qu’elles avaient été contournées ou qu’il avait des raisons objectives de soupçonner l’origine criminelle des fonds.
La cour a également refusé de transformer des événements postérieurs en preuve rétrospective d’une connaissance préalable. Sa nomination ultérieure comme administrateur d’Air Mauritius ne permettait pas, à elle seule, de conclure qu’il savait que la compagnie allait entrer en administration.
C’est précisément ici que l’État de droit fixe sa ligne rouge. Le jugement ne met pas fin à l’enquête. Il rappelle simplement que le soupçon ne peut devenir un substitut à la preuve et que le pouvoir d’enquêter de l’État doit demeurer encadré par le droit, les faits et la responsabilité individuelle. C’est une victoire procédurale pour tout justiciable.
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Bouc émissaire ou fusible politique ? Le cas Anil Bachoo n’est plus seulement une affaire médicale. Il est devenu politique. Et cela survient au pire moment pour un gouvernement déjà fragilisé par une réforme des pensions dénoncée dans la rue comme trop brutale, trop rapide, voire inhumaine.
Dans ce contexte, une question s’impose : le ministre de la Santé risque-t-il de devenir le bouc émissaire idéal d’un pouvoir en mal de popularité, ou sa mutation, dans le cadre d’un éventuel remaniement ministériel, pourrait-elle au contraire constituer une véritable opération de salubrité politique ?
La lettre d’un médecin, manifestement bien informé, publiée hier dans l’express, est suffisamment troublante pour que le gouvernement ne puisse se contenter d’une défense politique. Elle soulève des questions précises sur la présence d’un chirurgien privé dans un bloc public, l’existence éventuelle d’un protocole autorisant cette pratique, l’accès aux ressources hospitalières et, surtout, la traçabilité des documents liés à l’intervention. Elle réclame une enquête indépendante ainsi que la sécurisation des preuves par la Financial Crimes Commission.
Le problème politique est là. Si Anil Bachoo reste à la Santé, il devra répondre, devant le Parlement et l’opinion publique, à des questions concernant directement sa propre hospitalisation. La lettre souligne d’ailleurs le malaise institutionnel d’un ministre appelé à préparer, avec ses propres fonctionnaires, une réponse parlementaire portant sur sa propre conduite.
Dans un ministère déjà assailli de critiques et qui donne de plus en plus l’image d’un véritable «nid de coucous», maintenir Bachoo à son poste pourrait transformer chaque nouvelle controverse en crise gouvernementale. Un remaniement permettrait donc à l’exécutif de reprendre l’initiative, mais à une condition : que Bachoo ne soit pas déplacé pour enterrer l’affaire.
Le muter peut être politiquement habile. Le déplacer pour gagner du temps serait politiquement suicidaire.
La véritable rupture, aujourd’hui, ne consiste pas à faire virevolter les ministres autour des fauteuils. La vraie rupture consiste à démontrer que, même au sommet de l’État, personne ne bénéficie d’un traitement différent de celui réservé au citoyen ordinaire.
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