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Les 7 travaux de Sithanen

25 mai 2008, 00:00

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POUVOIR D?ACHAT : INFLATION, UN ENNEMI A NOS PORTES

L?inflation demeure un facteur difficilement contrôlable, et par conséquent, le point sombre du ministre des Finances, Rama Sithanen. Il faut savoir que l?inflation dépend principalement de la montée des prix sur le plan international, mais aussi du tarif du baril de pétrole, entre autres.

Et là, Rama Sithanen n?a aucune marge de man?uvre. « La flambée des prix alimentaires a été exacerbée par le cours du pétrole, qui n?arrange vraiment pas les choses. C?est du jamais vu. L?huile comestible a augmenté de 150 %. Les prix du riz basmati et du riz ration ont également pris l?ascenseur et face à cette situation, il faut dire que le gouvernement demeure impuissant », s?insurge Rajesh Ramdenee, le directeur de Tire Master Foods. Les solutions pour gérer l?inflation existent certes, mais les appliquer constitue un autre défi.

« Pour contrôler l?inflation, il faut hausser le taux d?intérêt, mais cela aura un effet sur la roupie qui va s?apprécier, affectant alors l?emploi et la croissance », explique Vishal Ragoobar, économiste à la Mauritius Employers? Federation (MEF). La solution idéale pour contrôler ce phénomène est d?augmenter le pouvoir d?achat.

« La clé est bien certes d?augmenter le pouvoir d?achat des ménages, mais c?est là le défi.

Comment apprendre aux ménages à tirer avantage de cette expérience nouvelle ? », souligne Mahmood Cheeroo, de la Chambre de commerce et d?industrie de Maurice (CCI).

Une autre option consisterait à baisser la TVA, mais c?est une mesure inenvisageable pour le gouvernement. Et introduire plus de subsides n?est pas non plus à l?ordre du jour. De son côté, la MEF propose au ministre des Finances d?augmenter le seuil d?exemption sur l?impôt. « Sachant que l?on impose la taxe sur la différence entre le seuil d?exemption et le salaire annuel, il suffirait de hausser le seuil d?exemption pour amoindrir la taxe. Cela permettrait, au final, de doper le portefeuille des consommateurs », ajoute-t-il.

En d?autres termes, un autre casse-tête pour Rama Sithanen.

INFRASTRUCTURE : SI J?AVAIS UN MARTEAU?

Les infrastructures inadaptées sont un vrai frein à la croissance économique. « Il est clair que nous avons un retard important. À chaque jour qui passe sans amélioration, la note de frais s?allonge », souligne Jacques de Navacelle, Managing Director de la Mauritius Union.

Un accès aérien difficile, les sempiternels embouteillages, le manque de fluidité des lignes maritimes, Maurice est malade de ses infrastructures inefficaces. « Les experts étrangers sont unanimes : Maurice possède toutes les qualités requises pour devenir world class, mais cela ne peut se faire que si nous sommes un pays ouvert », indique Raju Jadoo, président du Board of Investment (BOI).

Sans un investissement réel, la croissance va ralentir. « Nos lignes maritimes se plaignent du manque de fluidité, et à cela il faut ajouter 24 heures avant de pouvoir transborder les containers », explique Gérard Garrioch, président du Joint Economic Council (JEC). Sans parler du réseau routier inadapté, autre manque à gagner. « Selon une étude de la MEF, la congestion routière coûte Rs 1,6 milliard par an à l?État », ajoute-t-il. « Lorsqu?un investisseur est à Maurice, il ne peut mettre deux heures pour rallier Port-Louis de l?aéroport, c?est inimaginable », souligne, de son côté, Raju Jadoo.

Une amélioration de ces infrastructures permettrait au pays de gagner en productivité et en efficacité.

Mais il faut vouloir, et sans prise de décisions concrètes, point de salut. « La source du problème se situe peut-être au niveau du manque de compétences pour prendre des décisions au niveau des ministères », mentionne Jacques de Navacelle.

Et Gérard Garrioch d?ajouter : « Il faut la volonté politique pour mettre en chantier les nouveaux projets et il y a lieu d?aller plus loin en encourageant, à ce niveau, le partenariat public-privé. »

Plus que le manque de financement, c?est avant tout l?absence de volonté et de prise de décision du gouvernement qui empêche le pays d?accéder à une nouvelle vision.

CIBLAGE : ET LES PAUVRES ALORS ?

Qu?on se le dise, le ciblage, du moins dans sa philosophie, n?est pas mort. On l?évoque comme un « impératif moral », si ce n?est pas un « enlightened self-interest » national.

Et la démonstration coule de source : dans dix ans, le revenu de la majorité des Mauriciens aura doublé.

Or, les 5 % de ceux dont le salaire aura stagné seront des laissés-pour-compte et cette frange pourrait, dans certaines circonstances, sombrer dans la violence et la criminalité. Seule issue : l?éducation et la formation professionnelle. On assure qu?avec la scolarisation et un accompagnement social, cette catégorie pourra multiplier ses revenus par sept ou dix !

Dès lors, formation et encadrement demeurent des outils clés permettant aux plus vulnérables de rattraper le train économique. Et là, tous les moyens sont bons, même si réorienter les subsides sur le gaz fait encore tiquer dans le milieu gouvernemental. On évoque le fait qu?il est difficile de pratiquer le means test et de fixer les seuils pour le ciblage. Parmi les solutions rapidement applicables, un partenariat resserré entre le gouvernement, le secteur privé et les ONG dans la lutte contre la pauvreté. Les ONG disposent de réseaux sur le terrain social, les entreprises de la capacité de former, alors que l?État a les ressources financières.

« Si on veut attaquer la pauvreté, il faut maîtriser le problème. L?État connaît déjà les poches de pauvreté, mais il faudrait aller en profondeur, connaître les profils pour adapter au mieux les solutions et permettre aux familles de s?en sortir », explique Jacques Dinan, de l?ONG Caritas.

Gérard Garrioch, président du JEC insiste, quant à lui, sur la nécessité de maximiser les ressources disponibles pour éradiquer la pauvreté. Il existe quelque 229 poches de misère absolue dans le pays, et il importe d?aider les familles qui s?y trouvent. « Actuellement, nous travaillons sur une base de données et sur trois axes dont l?éducation, les services tels que l?accès à l?eau et à l?électricité, et l?emploi. Nous souhaitons que le budget donne un coup d?accélérateur au partenariat gouvernement-secteur privé », indique Gérard Garrioch.

PRB : LE CASSE-TETE DES FINANCEMENTS

Maintenir les réformes et financer la restructuration économique. C?est sûr, le budget 2008-2009 s?inscrira dans la continuité des réformes enclenchées sous les deux exercices précédents, placés sous la houlette de Rama Sithanen. Mais comment maintenir la réforme et financer de gros postes très budgétivores comme la Sécurité sociale ou le service de la dette, entre autres, ou encore le Pay Research Bureau (PRB) ?

Les recommandations du PRB mettront une pression additionnelle sur les caisses de l?État. Et là, une manne de quelque Rs 5 milliards sera déboursée pour y parvenir. Or, les finances publiques risquent de connaître l?effet cascade, sachant que 90 % des dépenses budgétaires vont aux secteurs clés : éducation, santé, sécurité sociale, subventions et financement de la dette. Alors, que faire pour satisfaire les attentes des fonctionnaires ? « Il faudra échelonner le PRB, c?est-à-dire, conserver les droits acquis et assurer le paiement par tranche sur deux exercices financiers », suggère l?économiste Pierre Dinan. Mais cette solution risque de ne pas être acceptée par la population, et ça, Rama Sithanen le sait.

L?autre marge de man?uvre du financement du PRB demeure le fait que le gouvernement dispose des Development Policy Loans de la Banque mondiale, à savoir, 30 millions de dollars par an, sans compter les grants non remboursables de l?Union européenne. Les aides de l?Agence française de développement devraient aussi constituer une manne conséquente.

Et puis, il y a l?espoir que l?Aid for Trade se concrétise en 2009-2010, avec une cagnotte importante. Par ailleurs, la volonté de réformer bénéficie du soutien des principaux bailleurs de fonds. Sans oublier l?introduction, cette année, de la formule du Programme Based Budgeting (PBB) dans la fonction publique, ce qui permettra à l?État de dépenser intelligemment et de réaliser des efficiency gains dans le secteur public.

Et pour financer les pensions ? « Si le gouvernement maintient le paiement de la pension à 60 ans, il faudra couper dans d?autres budgets ou augmenter des impôts directs et indirects comme la TVA », note Bernard Yen, actuaire dans le privé.

TAXES : TOUJOURS MOINS PAYER ?

On s?est donné le mot d?ordre, toujours payer moins avec des taxes toujours plus basses ! Sans se demander comment l?État compense le manque à gagner dans ses caisses, tout en continuant à investir dans des secteurs « gourmands » telles l?éducation, la sécurité sociale et la santé.

La Mauritius Tax Payers?Association réclame, elle, une révision de l?Income Exemption Threshold pour les quatre catégories, dont la première de Rs 215 000 à Rs 300 000 ; une réduction du taux de l?impôt de 15 % sur les intérêts bancaires, et une baisse de 50 % de la National Residential Property Tax (NRPT). Dans les milieux concernés, on précise que de nombreux contribuables ne se sont pas acquittés de la NRPT, et qu?il importe, lors du budget, de préciser la position du gouvernement à ce sujet afin d?enlever la confusion qui règne. Idem pour les intérêts bancaires : « Le ministre a déclaré que seuls 2 % des gens paient la taxe sur l?intérêt. On voit mal ces 2 % déboursant en tout et pour tout Rs 303 millions de taxe sur l?intérêt », indique Allen Sandrazie, président de la Mauritius Tax Payers?Association.

Les zones d?ombre concernant la Campement Site Tax devraient aussi être précisées lors du budget.

En tout cas, Rama Sithanen aura à réussir le pari de démontrer que le budget n?est pas seulement un exercice comptable, mais un moyen de faire repartir la consommation des ménages dans une conjoncture de hausse généralisée et d?inflation. L?économiste Éric Ng préconise, lui, une baisse de la TVA.

CARBURANTS : FACTURE SALEE

Les marchés mondiaux s?affolent. Et les gouvernements aussi. Le pétrole a franchi la barre des $135 le baril. Maurice, État insulaire isolé de tout trafic commercial terrestre, subit de plein fouet cette hausse. Que ce soit au niveau des importations, de la consommation domestique en électricité, ou encore du tarif du ticket d?autobus, par exemple, tout s?aligne sur le prix du pétrole.

La solution est identifiée : les énergies renouvelables, et beaucoup attendent que le budget 2008-2009 marque le début d?une volonté politique en ce sens.

Patrick Assirvaden, président du Central Electricity Board (CEB), explique d?ailleurs qu?il ne faut pas attendre que le prix du baril baisse. « Le gouvernement devrait donner des mesures incitatives au CEB pour s?engager dans la voie des énergies renouvelables », explique-t-il.

« D?ailleurs, si le gouvernement nous donne les moyens nécessaires, nous serons en mesure de mettre en place un parc éolien d?ici décembre 2009. »

C?est dans cet esprit qu?une délégation mauricienne, comprenant Rama Sithanen et Patrick Assirvaden, entre autres, s?est rendue à l?île s?ur pour visiter le parc éolien réunionnais. Mais d?autres avenues sont aussi explorées, à l?image du projet de mélange essence-éthanol d?Alcodis, parrainé à un moment par le ministère du Commerce.

Mais après une première phase qui a vu le mélange essence-éthanol testé sur un parc d?une trentaine de voitures, les ambitions du ministère se sont vite évaporées. Depuis, Alcodis consacre toute sa production à l?exportation. « Il y a eu toutefois un regain d?intérêt récemment, et nous allons vers la deuxième phase du projet, où le mélange sera disponible au grand public pour qu?il l?essaie », explique Alexandre Maurel, d?Alcodis. Autant d?attentes et d?espoirs. Et beaucoup espèrent trouver un signal fort de volonté politique, catalyseur manquant, dans le budget 2008-2009.

ROUPIE : LE DIFFICILE EQUILIBRE

D?un côté, le pouvoir d?achat des Mauriciens en prend un coup, avec la dépréciation de la roupie.

De l?autre, ce sont les exportations qui subissent les effets néfastes de la concurrence mondiale quand la roupie s?apprécie. L?équilibre à trouver est difficile pour le budget 2008-2009. Toutefois, une fois de plus, tout ne dépend pas uniquement de la décision du ministre des Finances. L?équation est plus compliquée et implique d?autres instances, telle la Banque de Maurice. « Pencher dans l?un ou l?autre sens comporte autant de risques. Ce qu?il faudrait, c?est une roupie stable, ni trop forte, ni trop faible », explique Ahmed Parkar, de Star Knitwear. « Récemment, nous avons eu ce souci, mais heureusement, nous avons pu stabiliser la situation. Ce qu?il faudrait, c?est un consensus entre le gouvernement, l?association des exportateurs et la Banque de Maurice, comme on l?a fait la dernière fois pour éviter cet effet yo-yo. » Mais Ahmed Parkar reconnaît surtout que la dynamique mondiale affecte énormément l?équation. « Si nous ne nous protégeons pas nous-mêmes, qui le fera ? »

Toutefois, si tous sont d?accord que Rama Sithanen seul ne peut pas grand-chose dans cet exercice, ils concèdent que la roupie est un paramètre qu?il devra obligatoirement prendre en compte lors du prochain exercice budgétaire.

Non pas en mettant en place un mécanisme d?intervention artificielle, comme l?explique Vicky Hurynag, économiste de la Mauritius Commercial Bank, car cela pourrait avoir des résultats néfastes sur d?autres secteurs de l?économie.

« À Maurice, il faut rétablir l?inéquation entre la rentrée de devises étrangères et la balance des paiements déficitaires du pays. Il faut une stratégie et un modèle de taux de change faits sur mesure pour gérer cette situation », explique-t-il. « Deuxièmement, une meilleure productivité intérieure évitera de trop dépendre d?un flux de capital à court terme, synonyme d?instabilité de la roupie. » Un axe sur lequel Rama Sithanen peut toutefois intervenir.

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