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L?enfer continue en prison

2 mars 2007, 20:00

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par Deepa BHOOKHUN & Bernard SAMINADEN

Cela fait plus d?un mois qu?un gardien affecté à la prison de Beau-Bassin a fait un rapport sur un détenu car il le soupçonnait d?avoir de la drogue en sa possession. L?ordre de fouiller sa cellule se fait toujours attendre. «L?ordre ne vient pas et ne viendra probablement pas. Que voulez-vous que je fasse ?» demande-t-il, désabusé.

On croyait que la situation dans les prisons s?était arrangée, mais force est de constater que le problème reste entier. Drogue, violence, sexe, indiscipline, révolte. Depuis l?agression du surintendant des prisons, Hemindralall Bhunjun, revendiquée hier par un groupe de 35 anciens détenus qui se font appeler Groupement d?intervention des prisonniers mauriciens, les gardiens vivent dans l?angoisse. Ils sont de plus en plus nombreux à prendre des congés de maladie.

Ceux qui revendiquent l?agression de Hemindralall Bhunjun se justifient en disant qu?ils ont réglé son compte au chef de la Prison Supporting Squad (PSS) parce que ses membres «bat nou, sodomiz nou ek met matrak ar nou».

Qui sont donc les vraies victimes, les gardiens ou les détenus ? «PSS bate», disent les prisonniers. Par réaction, ils s?en prennent à leurs gardiens, que ce soit à l?intérieur ou à l?extérieur de la prison.

Les gardes-chiourmes répliquent «bizin bate» parce que le comportement des détenus «est insupportable. Ils sont trop conscients de leurs droits et n?obéissent plus». Qui tranche entre ces deux groupes ? En temps normal, c?est l?administration. Mais il y a un problème de fonctionnement au sein de cette dernière. Ses hommes ne voient pas le commissaire des prisons et ne l?entendent pas. Les détenus si. Résultat ? Les rôles sont inversés et le contrôle psychologique est exercé par les prisonniers. La réponse à ce problème est de faire appel à la PSS. Et les détenus répondent à la violence par la violence. Cela devient un cercle vicieux.

S?y ajoute l?instabilité à la tête des prisons. Roody Lutchmaya, nommé commissaire des prisons en 1967, restera à son poste pendant 22 ans jusqu?à sa mort en 1989 malgré la mutinerie de 1979. Il est remplacé par son adjoint Deepak Bhookhun qui y restera dix ans avant d?être invité à prendre une retraite anticipée à la suite de l?évasion de Rajen Sabapathee en 1999. Ramakrishna Brojmohun sera lui en poste quatre ans mais prendra la porte de sortie à la suite d?incidents violents. Après lui, arrive Bill Duff. Cette instabilité a forcément des répercussions dans le fonctionnement de la prison. «Il n?y a pas de politique cohérente concernant la gestion. En sus de cela, il y a beaucoup d?ingérences politiques», confie un haut gradé.

Il a peut-être mis le doigt sur le problème. Le centre de désintoxication Lotus a été rouvert pour aider à la réhabilitation des drogués. Paradoxalement, ceux condamnés pour des délits de drogue n?ont pas droit à la remise de peine. Ils ne travaillent plus, ne pratiquent plus le sport et sont oisifs. Ils s?adonnent donc à la drogue, la sodomie et se sont donnés pour mission de rendre la vie dure à ces gardiens qu?ils ne respectent plus. L?enfer continue donc.

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