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?L?Eglise catholique ne rivalise pas avec l?Etat?
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?L?Eglise catholique ne rivalise pas avec l?Etat?
Votre livre est construit autour du cardinal Jean Margéot dont vous étiez le bras droit. Est-ce un hommage que vous lui rendez ?
Le cardinal a été le premier fils du sol à devenir chef de l?Eglise catholique à Maurice. Durant 30 ans, il a été l?interlocuteur du gouvernement du jour dans la dialectique Etat-Eglise. Il a jeté les bases de cette relation, souvent conflictuelle, mais toujours très constructive avec l?Etat.
Est-ce que cela a fait une différence que l?évêque soit un Mauricien ?
Maurice a acquis son indépendance un an avant que la direction de l?Eglise ne passe aux mains de Mauriciens. Est-ce que la transition politique et sociale aurait été la même si l?Eglise était encore dirigée par des religieux irlandais ? Difficile à dire. Ce qui est certain, c?est qu?en étant fils du sol, le cardinal Margéot a été en meilleure position pour comprendre et composer avec les complexités sociales de Maurice.
L?Eglise s?est aussi trouvée mêlée aux mouvements contre l?Indépendance du pays?
Bon nombre de ceux qui ont voté contre l?Indépendance étaient des catholiques. Après la proclamation de l?Indépendance, Sir Seewoosagur Ramgoolam demande aux dirigeants de toutes les religions pratiquées à Maurice de dire des prières pour le pays. Les anti-indépendantistes demandent à Mgr Margéot de ne pas répondre à l?appel. Mais ce dernier résiste à la pression. Il tient haut le principe de Jésus qui prône la séparation entre l?Etat et la religion. C?est ce même principe qui le guide, peu après, à résister à la pression de cautionner la création d?un parti politique catholique.
Pensez-vous que les catholiques l?ont compris ?
Nous avons eu du mal à faire comprendre qu?un engagement politique gênerait l?Eglise. Chaque décision du parti se répercuterait sur l?Eglise. Ayant été témoin de l?existence des partis démocrates chré-tiens en Allemagne et en Italie, je pense que nous avons eu raison de résister. Les catholiques mauriciens ont fini par comprendre, même si de temps à autre, aujourd?hui encore, il y a des élans dans ce sens.
Est-ce pour cela que certains catholiques continuent à faire des reproches à l?Eglise ?
Ceux qui n?ont pas assez réfléchi à la question peuvent penser que l?Eglise les a laissé tomber en ne soutenant pas la création d?un parti politique. Mais il faut admettre que l?Eglise a fait beaucoup d?autres choses dans le domaine social et éducatif. Et en ce faisant, elle a été obligée d?occuper la place publique. Car la religion ne peut pas se réfugier uniquement dans la conscience intime de l?individu. On voit bien donc que l?Eglise n?est pas obligée d?aller au Parlement pour s?acquitter de son devoir social.
Le contrôle de naissance a été un des premiers dossiers difficiles que l?Eglise a dû gérer...
Cela a été un moment très difficile. Il fallait voir comment rester fidèle à la position de l?Eglise qui est contre l?avortement sans handicaper le pays. L?Eglise prône le contrôle des naissances par la méthode naturelle. Cela n?a pas empêché la Mauritius Family Planning Association de voir le jour. Aujourd?hui, 70 % de ceux qui adhèrent à notre programme ne sont pas catholiques. En proposant une alternative acceptable, l?Eglise a désamorcé une situation tendue.
L?Eglise est malgré tout perçue comme un pôle de pouvoir. N?est-elle pas en réalité un Etat dans l?Etat ?
L?Eglise peut apparaître comme un pôle de pouvoir. C?est parce qu?elle est structurée et hiérarchisée avec un chef à la tête. Je peux vous assurer que nous n?avons aucune ambition de rivaliser avec les politiques. La perception que l?Eglise veut renverser un gouvernement est celle des politiques. C?est ce qui explique les relations souvent conflictuelles qui nous opposent.
L?éducation est actuellement le sujet de conflit entre l?Etat et l?Eglise. Comment est-ce que l?Eglise compte désa-morcer la situation ?
Je ne souhaite pas commenter cette situation. Il suffit de dire que l?Eglise et l?Etat peuvent résoudre leur différend en gardant en tête qu?ils oeuvrent pour le bien de l?homme.
Les sermons politiques de certains curés les dimanches ne démentent-ils pas le discours officiel de non-engagement politique tenu par l?Eglise ?
Je sais que certains prêtres s?expriment différemment. Mais c?est parce qu?ils se sentent touchés par la souffrance de leurs paroissiens. Il y a toujours eu, au sein de l?Eglise, une grande liberté de parole. Les propos des prêtres ne sont pas censurés aussi longtemps qu?ils ne vont pas contre l?Evangile. Chacun prend la responsabilité de ce qu?il dit.
Ne pensez-vous pas que la proximité de l?Eglise avec ceux qui contrôlent l?économie conforte l?idée qu?elle est en réalité un centre de pouvoir ?
Malheureusement, ce sont des religieux de la communauté franco-mauricienne qui sont à la direction de l?Eglise. Certains d?entre nous sont apparentés à ceux qui ont le pouvoir économique. Mais il y a aussi parmi nous ceux qui viennent de milieu aisé mais pas possédant.
Je suis moi-même de ceux- là. J?ai travaillé dur pour arriver là où je suis. Je me suis beaucoup fié aux bourses d?études. Je peux vous dire que durant mes trente années de prêtrise, je n?ai pas vécu un seul moment où l?Eglise a dû se plier au diktat des dirigeants. Je peux comprendre cette perception. Mais que faire ?
Est-ce pour cette raison qu?on a fait plus de place dans la hiérarchie aux prêtres issus de la communauté créole ?
Non. Il n?y a presque plus de prêtres franco-mauriciens dans le clergé à présent. Et c?est normal. Cela a pris du temps pour former les prêtres créoles. A présent, ils sont à tous les niveaux de responsabilités.
La perception de proxi-mité avec les dirigeants économiques trouve peut-être son origine dans les sources de financement de l?Eglise ?
L?Eglise catholique, tout comme les autres organisations religieuses, bénéficie de la subvention de l?Etat. De surcroît, Mgr Margéot avait mis en place un système d?autofinancement dans chaque église. Nous percevons, nous aussi, des dons de la part des paroissiens. Il n?y a aucun financement occulte.
Propos recueillis par Shyama SOONDUR
PUBLICATION
?Le Conflit désarmé? lancé hier
- ?Le Conflit désarmé?. Le Père Philippe Goupille a lancé hier après midi à l?Aventure du Sucre, à Beau-Plan, son livre sur les relations Etat ? Eglise de 1963 à 1993. L?occasion pour les différents interlocuteurs de parler de l?importance d?une entente sereine entre l?Etat et les différentes religions qui coexistent à Maurice. Dans son discours, l?ex-président de la République, Cassam Uteem, a lancé un appel à tous ceux engagés dans de différents débats religieux pour qu?ils favorisent le dialogue et la tolérance. Il a également reconnu le rôle primordial de l?Eglise et du ?père spirituel? de l?auteur, en l?occurrence le cardinal Jean Margéot, dans le développement du pays.
Le cardinal Margéot a, de son côté, tenu à parler des relations fragiles mais en même temps solides unissant l?Etat et l?Eglise. Il a ajouté qu?il reconnaît que l?Eglise doit éviter de se mêler de la politique partisane, mais qu?elle continuera à revendiquer son droit d?intervenir dans les affaires publiques. Surtout lorsqu?il s?agit de points d?éthique, de la dignité humaine et du droit naturel.
Tiré en 1 500 exemplaires, ?Le Conflit désarmé? est en vente à Rs 250 dans toutes les librairies du pays. Le livre a été publié par MSM Ltée.
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