Publicité

L?effet boomerang des faux documents libyens

6 juin 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Juin 1982. Nous sommes à quelques jours des législatives du 11 juin 1982. Le bureau du Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam, remet à la presse un communiqué officiel, accompagnant une liasse de documents, émanant, prétend-on, du ministère des Affaires étrangères libyen. Un transfuge libyen les aurait vendus à l?ambassade de Maurice à Paris qui les transmet à l?hôtel du gouvernement.

The Nation, titre sur neuf colonnes à la une : ?Le GM publie des documents compromettants sur le MMM et la Libye.? Il est question que le MMM recevra un million de dollars, qu?un dépôt d?armes sera aménagé aux Seychelles et que des postes importants seront réservés aux musulmans.

La presse ramgoolamienne en fait de même, toujours sur neuf colonnes à la une : ?Selon un document remis à la presse par le bureau du PM, la Libye jouerait à fond la carte du MMM. Elle aurait offert Rs 10 millions pour la campagne électorale de ce parti. Elle demande en retour un traitement préférentiel pour les musulmans et la proclamation du créole comme langue officielle.?

Mais déjà la presse ramgoolamienne (Advance est un journal de l?après-midi) est moins triomphaliste que la presse boolelliste et matinale. Cette dernière ne peut tenir compte de la circonspection de l?express qui n?a guère tardé à flairer le coup fourré préélectoral classique. Le surtitre du compte rendu de la machination du bureau du Premier ministre donne déjà le ton : ?Propagande électorale séditieuse.? Le titre qualifie de ?suspects? les documents distribués par cette officine ministérielle. Le premier sous-titre résume la magouille gouvernementale : ?Allégations : Rs 10 millions libyens pour le MMM, des armes aux Seychelles, traitement préférentiel pro-musulman exigé en retour?. Le second sous-titre est accablant : ?Au moins trois des documents sont des faux?. Le chapeau de l?article ne l?est pas moins : ?Le bureau du Premier ministre et le ministère de l?Information tentent, le 7 juin 1982, d?induire la presse à utiliser des documents dangereusement séditieux sur le plan communal et dont certains ont été fabriqués. Trente-quatre pages polycopiées tendent à faire croire que le MMM s?est livré à des activités illicites et illégales.? Le contenu de l?article signale des contradictions flagrantes rendant les documents hautement suspects.

Or le bureau du Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam, les présente comme dignes de foi et leur donne valeur d?évidence.

Les photocopies portent l?en-tête des Affaires étrangères (section africaine) à Tripoli. Elles sont adressées aux bureaux libyens aux Seychelles et à Maurice. Une traduction en français (touchante attention à l?égard de la presse francophone mauricienne) accompagne les textes en arabe.

Un document en date du 15 décembre 1981 parle déjà des élections du 11 juin 1982, alors que cette date est rendue publique juste avant les délais, le 15 février 1982. La collection des journaux mauriciens fait foi que le secret a été trop bien gardé pour être connu à Tripoli.

Selon ces documents, la Libye demande, en février 1982, au MMM de céder 18 sièges à Boodhoo, que cela plaise ou non, aux militants. Or le partage des sièges (42 au MMM et 18 au PSM) est rendu public le 24 février 1981 et est approuvé par l?assemblée des délégués le 15 mars 1981, soit un an avant la prétendue requête libyenne.

Les documents font état d?une demande mauve de rallonge libyenne, en date du 18 janvier 1982, sous prétexte que le PTr dispose d?experts étrangers qui interviewent les candidats potentiels. Or ces interviews ont lieu en mars 1982 seulement.

Les requêtes libyennes pro-musulmans stipulent que 25% des fonctionnaires doivent être de foi islamique, tout comme le directeur des services secrets (SSS), la création d?un Institut d?études islamiques au MGI, l?imposition de la langue créole comme langue officielle.

On découvre plus tard que l?aigle, figurant sur les armoiries libyennes, accompagnant l?en-tête des documents, regarde à gauche au lieu de regarder à droite. Jadis l?aigle libyen regardait à droite en direction de l?Egypte. Il regarde à gauche après la rupture des relations diplomatiques égypto-libyennes.

Me Yousuf Mohamed blâme le gouvernement travailliste de Ramgoolam de distribuer ces documents sans permettre au préalable aux politiciens visés de se défendre des graves accusations portées contre eux.

Le MMM-PSM félicite la population de ne pas être tombée dans le piège grossier préparé à son intention par le bureau de Seewoosagur Ramgoolam. Il remet en question la présidence de la République de Maurice offerte à ce dernier.

Le bureau du Premier ministre ose une ultime tentative. Il veut faire croire que la date du 11 juin 1982 fut acceptée en septembre 1981 et officialisée deux mois plus tard. Risible.

Dans une ultime conférence de presse, SSR essayera de prouver que l?aigle libyen regarde tantôt à droite et tantôt à gauche (sans doute avant de traverser la mer Méditerranée). Anerood Jugnauth résume parfaitement la situation : ?J?ai presque pitié pour Ramgoolam.?

Publicité