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L?effet Boomerang !

27 décembre 2003, 20:00

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«J ?ai rencontré mon leader et j?ai mis les points sur les sur les «i» à propos du remaniement ministériel. » Cette phrase empreinte de fermeté est de Mookhesswur Choonee, membre du Mouvement socialiste militant (MSM) et ministre démissionnaire après avoir été mis en cause dans une affaire d?escroquerie autour de l?octroi d?un bail pour un terrain de l?Etat à Palmar.

La conversation entre l?ancien ministre et de son leader, Pravind Jugnauth, a sans aucun doute changé la donne dans l?exercice de remaniement ministériel. L?ancien ministre a effet menacé de démissionner de l?Assemblée nationale, s?il n?avait plus d?espoir de retrouver son portefeuille ministériel au cas où il est blanchi dans l?affaire d?escroquerie. Comme l?alliance gouvernementale ne veut pas se retrouver avec une nouvelle élection partielle après sa défaite à Piton -Rivière-du-Rempart, Paul Bérenger accepte de ne pas attribuer à un autre titulaire le poste laissé vacant par Choonee.

Dans la foulée, des ministrables ont vu s?éloigner le poste qui leur avait été promis. C?est le cas des Private Parliamentary Secretary (PPS), Jayprakash Meenowa et Leela Devi Dookun. D?ailleurs, lors de sa conférence de presse, mardi, interrogé par l?express-dimanche sur la non-inclusion de Jayprakash Meenowa au sein de son équipe ministérielle, Paul Bérenger répondait qu?il était satisfait du travail du député de Piton?Rivière-du-Rempart, « sinon il n?aurait pas été sur ma liste de ministres jusqu?à hier soir », déclarait-il. Et le Premier ministre ajoutait qu?en matière de présence féminine à des fonctions ministérielles, Maurice était à la traîne. Dans le même souffle, il confirmait que Leela Devi Dookun, député MSM à la Caverne Phoenix était sur sa liste des ministrables.

Avec les réajustements de dernière minute à la constitution du nouveau cabinet, l?initiative du Premier ministre pour détourner l?attention de la défaite de l?alliance gouvernementale à la partielle s?est révélée une stratégie de communication foireuse. Mais comment en est-on arrivé là ?

Selon toutes les indications, Paul Bérenger a préparé sa liste de ministres sans consulter grand monde. Il n?a même pas mis dans le coup Ivan Collendavelloo, le secrétaire général de son parti, le Mouvement militant mauricien (MMM). Quand lundi, Paul Bérenger décide d?annoncer pour le lendemain la présentation de son cabinet, il ne sait pas encore le mécontentement que cela provoquera.

De l?avis de plusieurs observateurs avertis, Paul Bérenger se serait retrouvé pris dans un tourbillon avec des vents contraires venant d?au moins trois directions. D?où les réaménagements de dernière heure.

Ramdass au poste de Deputy Speaker

Les pressions les plus fortes sont venues de certaines communautés concentrées en régions rurales et qui ont démontré au fil des ans leur fidélité au MMM. Bérenger lui-même reconnaît ce fait et, à plusieurs reprises, il tente de démontrer sa reconnaissance en promettant des postes ministériels à certains députés lors des rencontres avec des sociétés socioculturelles.

C?est dans cet ordre d?idées qu?il y a quelques mois le leader du MMM promet au PPS Jayprakash Meenowa « des responsabilités accrues » lors d?un dîner organisé par un lobby composé d?un collectif de personnalités. Une promesse similaire avait été faite à Pradeep Roopun, député MSM de Savanne-Rivière -Noire et Deputy Chief Whip.

Toutefois, les deux députés resteront sur le carreau. C?est lors de discussions entre Paul Bérenger et Pravind Jugnauth, le leader du MSM, que les données changent. L?arrivée de Meenowa et Roopun au Conseil des ministres auraient nécessité le départ d?un ministre et le remplacement de Mookhesswur Choonee. De sources sûres, on indique que Motee Ramdass, ministre des Arts et de la culture, était dans le collimateur. Il devait être nommé Deputy Speaker. Dans les deux cas, Pravind Jugnauth a sorti des arguments pour convaincre Paul Bérenger du contraire : la révocation de Ramdass gênerait le vice-Premier ministre dans sa circonscription à Rose-Belle? Vieux-Grand-Port alors que la démission de Mookhesswur Choonee de l?Assemblée nationale provoquerait une partielle que personne ne souhaite au gouvernement.

À partir de là s?ensuit tout un remue-ménage. Des représentations sont faites au leader du MMM par le biais d?une personne influente qui évolue dans son giron. Finalement, Paul Bérenger décide de laisser vacant le poste de Mookhesswur Choonee et de ne pas muter Motee Ramdass. Pradeep Roopun, le député MSM, restera en stand by, comme on le lui avait demandé et l?élu MMM, Meenowah devra prendre patience avant d?être nommé ministre.

Mais ce statu quo n?arrange pas les choses pour Pravind Jugnauth Le problème reste entier pour lui. Le poste ministériel laissé libre par l?ancien Premier ministre Sir Aneood Jugnauth, aujourd?hui président de la République, revient à un élément MSM. D?ailleurs, l?alliance gouvernementale avait déjà indiqué que Prakash Maunthrooa, le candidat MSM, à l?élection partielle occuperait un ministère important. Mais l?électorat de Piton-Rivière-du-Rempart a décidé autrement en choisissant le travailliste Rajesh Jeetah.

Dans l?attente d?un signal

Le leader du MSM avait donc le choix de proposer que Leela Devi Dookun assume des fonctions ministérielles. Cette nomination aurait été dans le sens d?un autre courant qui avait fait connaître ses attentes au Premier ministre. En effet, certains éléments, tant du MSM que du MMM ainsi que leurs sympathisants, avaient fait comprendre aux dirigeants qu?une importante frange de l?électorat rural attendait un signal fort après le départ de Sir Anerood Jugnauth. Ils estimaient juste qu?un fauteuil ministériel fut réservé pour Prakash Maunthrooa. D?où leur attente que Leela Devi Dookun soit nommée ministre après la défaite du candidat MSM. Le député MMM, Ajay Gunesh a été, lui, plus explicite en déclarant que « la communauté majoritaire est déçue après ce remaniement ».

Mais Pravind Juganauth avait déjà pris des engagements auprès d?autres groupes d?électeurs constitués en lobby. C?est ainsi que le nom de Prithviraj Auroomooga Putten, Deputy Speaker et député MSM de Belle-Rose-Quatre-Bornes, est apparu sur la liste des ministrables.

Les deux leaders trouvent dans la nomination de Putten à une fonction ministérielle une porte de sortie et des solutions à plusieurs problèmes. Cela leur permet de satisfaire une attente d?un électorat particulier et de libérer un poste au sein de l?Etat. Ils décident de nommer au poste de Deputy Speaker Prithviraj Roopun, député MMM de Mahébourg ? Plaine Magnien et frère de Pradeep Roopun. Cette nomination arrange les deux leaders. Elle permet de calmer l?ardeur des protestataires et elle donne au leader du MMM un argument pour expliquer que le MSM ne peut avoir un ministre en moins au cabinet. Avec la nomination de Prithviraj Roopun au poste de Deputy Speaker, deux éléments du parti du Premier ministre occupent les deux plus importantes fonctions de la législature car le Speaker, Dev Ramnah, est un nominé MMM.

La composition du nouveau Conseil des ministres arrêtée, le Premier ministre et son adjoint croient être au bout de leurs peines. Mais tel n?est pas le cas car dès l?annonce de la nouvelle équipe ministérielle, une vague de protestations venant tant des rangs du MMM que du MSM fait surface. Les commentaires, surtout ceux venant des élus MMM, sont virulents. Et les interventions des ministrables déçus se font entendre sur les ondes des radios privées et dans la presse. « Le leader a raté une belle occasion de relancer son équipe en envoyant un signal fort au pays. Nous sommes au lendemain d?une défaite électorale, on ne doit rien à personne en particulier dans ce contexte », laisse entendre un important dirigeant du MMM. Veda Baloomoody, député MMM, avance à visage découvert et demande à son leader d?aller consulter le Hansard ? procès-verbaux des débats ? à l?Assemblée nationale pour voir si Prithviraj Putten a été un élément performant. Les déçus du MMM promettent de demander des explications à leur leader à la prochaine réunion du bureau politique.

En vacances

Toutefois, en fin de semaine la tempête s?est calmée. Les plus bruyants ont choisi de prendre des vacances et de s?absenter de la réunion du bureau politique du MMM samedi. Ivan Collendavelloo, qui a décidé de « fermer sa gueule », comme il le dit, est parti à Paris. « Je suis en vacances », ne cesse-t-il de répéter en guise de réponse à toutes les sollicitations pour une déclaration. Veda Baloomoody, lui, est à Dubayy depuis vendredi. « J?ai décidé d?emmener ma famille à l?étranger pour les fêtes », nous a-t-il déclaré. Ajay Guness, non plus n?a pas assisté à la réunion du bureau politique du MMM. « Je me repose. J?ai dit dit ce qu?il fallait dire. Comme je suis un homme de parti, je dirai davantage à l?intérieur des instances», déclarait-il hier.

C?est Paul Bérenger qui doit se frotter les mains. Les protestations se sont tues d?elles-mêmes. D?aileurs, le leader du MMM relativise les choses

« Ces protetations sont derrière nous » disait-il hier matin. Mais le leader du MMM n?a pu s?empêcher d?annoncer des sanctions à l?égard des protestatatires. « Ivan Collendaveloo et Veda Baloomnoody ne sont pas sérieux. Ils soulèvent des problèmes et ensuite, ils partent en vacances. Ceux qui assisteront au bureau politique auront des explications sur ma démarche. Quant à Ajay Gunness, son attitude soulève la colère des militants. Il y a aura des sanctions » , déclarait-il à l?express dimanche, hier.

Si Paul Bérenger a voulu détourner l?attention de la défaite de l?alliance MSM-MMM à la partielle de Piton ? Rivière-du Rempart, il a réussi. Toutefois, le prix qu?il a consenti à payer est exorbitant. Ce n?est plus la sérénité au sein de son parti.

Un cacique du MMM qui requiert l?anonymat résume la situation en une phrase lapidaire : « Paul Bérenger n?a pas besoin d?ennemis, il se blesse à mort tout seul. Il traînera la bévue que constitue ce remaniement jusqu?à 2005. » Constat sans appel d?une opération de communication qui a eu un effet boomerang.

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