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L?eau potable sous menace
«Je mets quiconque au défi de prouver que l?eau de la Central Water Authority (CWA) a déjà provoqué une épidémie de gastroentérite ou d?autres épidémies d?origine hydrique. Il est, cependant, probable que la qualité de l?eau de Maurice ne durera pas longtemps.» Thoonesswarr Beeharry, responsable du laboratoire de la CWA, persiste et signe. Maurice a la meilleure qualité d?eau au monde. Les impuretés microbiologiques (bactéries, virus et autres protozoaires) peuvent être facilement éliminées de cette eau par filtrage et chloration. Mais les impuretés chimiques, que peuvent provoquer insecticides et pesticides, ne le seront pas.
«Maurice importe 10 000 tonnes de pesticides par an. Où croyez-vous que ces produits, de même que des engrais chimiques, dont le nitrate, finissent leur course ? poursuit Thoonesswarr Beeharry. Aujourd?hui, on est en train de cultiver des légumes dans la région située entre le réservoir de Mare-aux-Vacoas et Grand-Bassin. La qualité de notre eau est menacée par des plantations, des élevages et des usines. Il y a des lois pour contrôler tout cela, mais les fonctionnaires du ministère de l?Environnement ne fonctionnent plus !»
Son laboratoire, qui fait une quarantaine de tests sur l?eau filtrée et chlorée par la CWA, garantit la qualité de l?eau du filtrage jusqu?au compteur du consommateur. Mais son rôle s?arrête là. Pourquoi ? Une eau filtrée et purifiée au chlore peut, en effet, être infectée et provoquer des gastroentérites moins d?une heure après avoir été puisée du robinet.
«L?eau chlorée perd ses propriétés si elle est exposée à la lumière. Or quand la CWA met du chlore dans son eau, elle la pompe dans son réseau, qui est protégé de la lumière, précise Thoonesswarr Beeharry. Maintenant, si le consommateur a, sur son toit, un réservoir d?eau non-couvert et exposé au soleil, cette eau va très vite perdre sa protection de chlore. Rien n?empêcherait alors une prolifération de virus, bactéries et autres protozoaires dans cette eau», explique-t-il.
Le chimiste poursuit : «De toute façon, ces bactéries se trouvent dans l?atmosphère. C?est pourquoi les premières cinq minutes d?eau de pluie sont toujours impropres à la consommation.»
La CWA a, en fait, toujours nié être responsable des épidémies de gastroentérites dans le pays. D?ailleurs, en réponse à une accusation du ministère de la Santé, il y a quelques années, le laboratoire avait démontré, grâce à une analyse d?un échantillon de 158 cas, que son eau n?était pas coupable. «Si cela avait été le cas, on aurait eu 158 cas dans une même région, en non pas un cas à Souillac, un à Rivière-des-Anguilles, un à Piton, etc. Je vous assure que notre eau n?est pas responsable d?épidémies de maladie hydrique à Maurice», affirme le chimiste. Mais pourquoi demande-t-on aux Mauriciens de faire bouillir l?eau après chaque passage de grosses pluies ? «Ce n?est pas nous qui faisons cette demande, mais le ministère de la Santé», rétorque-t-il.
Quoi qu?il en soit, chimistes et spécialistes mauriciens et étrangers reconnaissent la très bonne qualité de l?eau du pays. Un ex-ingénieur de la CWA nous explique que nos nappes phréatiques se trouvent en moyenne à une profondeur de 30 mètres. «L?origine volcanique du pays fait que cette eau est filtrée à travers les roches basaltiques et il n?est même pas nécessaire de la chlorer. Mais la CWA le fait malgré tout», explique cet ex-ingénieur.
«La qualité de notre eau est menacée par des plantations, des élevages et des usines. Il y a des lois pour contrôler tout cela, mais les fonctionnaires du ministère de l?Environnement ne fonctionnent plus !»
Giry Achary et son confrère Ajit, dépêchés à Maurice par Forbes pour assurer le marketing des purificateurs, reconnaissent volontiers la bonne qualité de notre eau par rapport à l?Inde et aux autres pays étrangers. «L?Inde est trop polluée et il faut un purificateur spécial pour ce pays», disent-ils.
Ce type de pollution risque de gagner nos réservoirs et nos nappes sous peu. «Déjà, après la coupe de la canne, nous avons noté une hausse du taux de nitrate dans l?eau. La dernière fois que nous avons fait ce constat, nous avons dilué l?eau en y ajoutant une eau provenant d?une autre région. Il faut dire que ce taux de nitrate qui provient des fertilisants est en dessous de la norme imposée par l?Organisation mondiale de la santé», dit Thoonesswarr Beeharry.
«En dessous de la norme»? pour combien de temps encore ?
LES PURIFICATEURS
L?utilisation de purificateur d?eau gagne du terrain à Maurice. Plusieurs systèmes sont proposés actuellement sur le marché international. La déminéralisation, l?osmose inverse, l?électrodésionisation... sont autant de procédés intégrés dans différents systèmes.
Choisir un purificateur, qui coûte entre Rs 15 000 et Rs 25 000, demande cependant une certaine connaissance technique. Le choix doit se faire sur un système qui permet à la fois de ne pas déminéraliser entièrement l?eau. En effet, les sels minéraux sont importants pour la santé.
Les filtres des appareils doivent pouvoir empêcher la prolifération bactérienne et éliminer toutes les bactéries.
Parmi les appareils pouvant purifier l?eau en éliminant les impuretés physiques, chimiques et microbiologiques, on note celui qui est commercialisé par Tectonic, rue Mère Barthélemy. Connu comme Aquaguard en Inde et Forbes dans d?autres pays, l?appareil s?est fait un nom parmi les plus grands du monde.
A travers son système électronique, il prévient la déminéralisation de l?eau. Il retient les impuretés physiques et chimiques dans ses filtres, empêche la prolifération bactérienne et élimine les micro-organismes avec son ampoule UV.
Fait pour durer, le purificateur Forbes ne consomme qu?environ Rs 15 d?électricité par jour pour une famille comprenant cinq membres. L?appareil est actuellement en promotion à Rs 14 950.
LE BROMATE
Le bromate n?entre pas dans la composition naturelle de l?eau, mais il peut se former lors de la désinfection de l?eau potable par l?ozone ou la combinaison d?ozone et de peroxyde d?hydrogène. La concentration de bromure dans l?eau brute est un facteur essentiel de la formation du bromate. Le brome dans les eaux de puits est essentiellement inorganique. Les principales sources naturelles de bromure dans les eaux souterraines sont l?intrusion d?eau salée et la dissolution du bromure qui peut se trouver dans les roches sédimentaires. Les effluents d?eaux usées urbaines et industrielles ainsi que l?écoulement des eaux provenant des routes et des terres cultivées peuvent également contribuer à la présence de niveaux élevés de bromure dans les eaux de surface. La CWA ne désinfecte pas son eau par l?ozone. Ce procédé est principalement utilisé pour l?embouteillage des boissons gazeuses, d?eau de table et de source.
Un professeur britannique, en vacances à Maurice, avait trouvé, il y a quelques années, un taux élevé de bromate dans une des eaux de table produites et vendues à Maurice. Des analyses sont effectuées régulièrement par des laboratoires étrangers pour surveiller le taux de bromate dans l?eau traitée avec de l?ozone, expliquent les embouteilleurs. Un embouteilleur d?eau de source indique sur son étiquette que son eau répond aux normes américaines et européennes relatives au bromate.
L?HISTOIRE D?UNE CONTAMINATION
Tout fournisseur d?eau, par robinet ou en bouteille, surveille particulièrement trois principaux types de micro-organismes qu?on retrouve dans l?eau potable : les bactéries, les virus et les protozoaires. Ils peuvent exister à l?état naturel ou être le résultat d?une contamination par des matières fécales d?origine humaine ou animale.
Cette contamination peut se faire par plusieurs moyens : déversement direct dans l?eau, ou alors portée par le vent, en période sèche, pour se déposer sur les eaux de surface. Ces derniers, comme les lacs, les rivières et les réservoirs, sont ainsi plus susceptibles de contenir des micro-organismes que les sources d?eau souterraines, à moins qu?elles ne subissent l?influence des eaux de surface.
Le traitement de l?eau potable a, pour but premier, d?éliminer ou de détruire ces micro-organismes en vue de réduire le risque de maladie. C?est l?approche à barrières multiples ? de la source au robinet, à travers des filtres différents, mais aussi des précautions ? qui permet de réduire le nombre de micro-organismes dans l?eau potable.
Cette approche, à Maurice, englobe la protection de la source d?eau, notamment des nappes phréatiques, à travers le contrôle des eaux usées des usines ? principalement les teintureries ? et la mise en place d?un système de tout-à-l?égout. Des traitements appropriés et efficaces, des réseaux de distribution bien entretenus et la vérification systématique de la qualité de l?eau potable font également partie de l?arsenal.
Le consommateur peut vérifier de visu la qualité de la filtration de l?eau potable en surveillant les niveaux de turbidité. Plus une eau est turbide, plus elle apparaît boueuse et plus elle contient des matières telles que l?argile, le limon, les matières organiques et inorganiques fines, le plancton et d?autres organismes microscopiques en suspension dans l?eau. Ces derniers peuvent protéger les micro-organismes pathogènes contre la désinfection chimique ou les rayons Ultraviolets (UV).
Une eau turbide peut être le résultat de l?inefficacité des filtres ? qui peuvent se boucher ? ou alors des fuites dans le réseau de distribution. Ce qui permet aux micro-organismes et à la boue d?infiltrer ce réseau. On cherche surtout à détecter dans l?eau potable la présence de l?Escherichia coli, une bactérie qui se trouve en permanence dans les intestins des humains et des animaux et dont la présence dans l?eau indique une contamination par des matières fécales. La concentration maximale acceptable de cette bactérie dans l?eau potable est établie à «aucun micro-organisme détectable par volume de 100 ml».C?est-à-dire zéro présence.
EFFETS SUR LA SANTE
Les effets sur la santé de l?exposition à des bactéries, virus et protozoaires pathogènes dans l?eau potable peuvent être très graves. Maladies chroniques ? lésions rénales ? et même mortelles. Des complications très graves sont notées chez les personnes sensibles, telles que les bébés, les personnes âgées et les personnes présentant un déficit immunitaire.
Une maladie d?origine hydrique se manifeste le plus souvent par des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements et diarrhée), habituellement de courte durée.
Les bactéries (Shigella, Campylobacter), les virus (les norovirus et l?hépatite A) et les protozoaires (Giardia, Cryptosporidium) peuvent provoquer des troubles gastro-intestinaux graves. D?autres agents pathogènes peuvent infecter les poumons, la peau, les yeux, le système nerveux central ou le foie.
Certains métaux lourds, que peut contenir l?eau potable, sont reconnus comme de dangereux cancérigènes.
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