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Le « gandia » fait sa rentrée
«J?ai fumé mon premier ?joint ? à l?âge de 12 ans chez moi avec des amis. Et 14 ans, c?est l?âge que j?avais quand j?ai fumé du cannabis pour la première fois à l?école. » C?est ce que déclare Natacha (prénom fictif), élève dans un établissement de Curepipe.
Et fait inquiétant, la majorité des institutions scolaires abritent des jeunes consommateurs. « On assiste à un ra-jeunissement de la population consommatrice de gandia. On constate aussi que de plus en plus de filles s?initient au phénomène », souligne Gérard Lesage, Chairman de la National Agency for the Treatmentand Rehabilitation of Substance Abusers (NATReSA).
Ainsi, pour de simples étudiants se procurer du gandia n?est pas insurmontable. En effet, un élève sert d?intermédiaire entre le groupe et le dealer. « Il y a un garçon au collège qui est connu pour être celui qui peut nous fournir en cannabis. Ainsi, lorsqu?on veut quelque chose, on va vers lui. On lui donne de l?argent et il nous ramène ce qu?on lui a demandé », explique Natacha.
Parallèlement, l?argent est loin d?être un obstacle à cette « mode ». « Comme on est plusieurs à fumer, on se cotise pour acheter. Personnellement, mes parents me donnent Rs 50 d?argent de poche par jour, ce qui fait qu?en cinq jours j?ai Rs 250 en poche. Sachant qu?on peut s?acheter du gandia à partir de Rs 150, l?argent ne nous pose donc pas un problème », souligne t-elle.
Un coin tranquille pour fumer
« Ces jeunes ont de l?argent. Ils ont les moyens de s?offrir des téléphones portables hors de prix, alors, se procurer du gandia à Rs 200 n?est pas impossible », explique Danny Philippe, coordinateur du cen-tre de prévention Noubaz.
C?est dans les coins les plus calmes de l?établissement que les élèves se retirent afin de fumer « un p?tit joint ».
« On part fumer aux toilettes, c?est un en-droit assez tranquille où on ne risque pas d?être dérangé par un professeur ou n?importe quel membre du personnel de l?école », explique Nicolas (prénom fictif), qui est élève en Form V, dans un collège de Curepipe.
« Dans mon ancien collège, la cour de récréation était assez vaste. C?était beaucoup mieux parce qu?on pouvait alors se retrouver dans un coin discret, à l?abri des regards des profs, et on fumait tranquillement entre potes », ajoute Brian (prénom fictif), qui est collégien dans un établissement de l?Ouest.
D?autres étudiants, qui se veulent prudents, avouent consommer du cannabis à l?extérieur du collège ou pendant les événements extrascolaires.
« Beaucoup d?élèves essaient pendant des événements excursions ou un music day. Ce sont des moments où l?attention des professeurs se relâche, mais aussi où l?élève a plus de chances de se retrouver seul. C?est à ces moments précis que j?ai fumé à l?école. ça s?est passé dans les vestiaires ou dans les loges pendant les spectacles. On s?éclipse discrètement dans des lieux laissés sans surveillance », explique Kévin (prénom fictif), élève dans un établissement de l?Ouest.
Toutefois, le risque d?être surpris par un professeur ou le recteur du collège est présent. En effet, il faut savoir qu?en juin 2007, six élèves d?une institution secondaire de l?Ouest comparaissaient devant le tribunal pour une affaire de possession de gandia dans l?enceinte de l?établissement. Ces derniers avaient une certaine quantité de substance illicite mélangée avec du tabac, et ils se sont fait surprendre par des professeurs. Ces élèves ont alors été livrés aux limiers de l?Anti-drug and Smuggling Unit (ADSU).
Toutefois, une telle vigilance du personnel d?établissement n?est pas systématique et l?ensemble des collèges est concerné. « Il est vrai qu?il existe un certain laxisme de la part des collèges sur le contrôle de leurs élèves. J?en connais certains qui vont dans des établissements five stars et qui consomment du cannabis », mentionne Imran Dhannoo, directeur du centre de prévention antidrogue Idriss Goomany.
L?ignorance des parents
Fort heureusement, certains collèges n?hésitent pas à tirer la sonnette d?alar-me lorsqu?il le faut. « Nous avons eu des cas chez nous. Mais très vite, nous en avons informé l?opinion publique et la presse. Nous sommes aussi allés vers des ONG, et nous avons organisé des campagnes de prévention et des causeries afin de sensibiliser les élèves, mais aussi les parents à l?existence de la drogue et du cannabis dans les écoles », déclare Jacques Mallié, directeur du collège Saint-Esprit.
En effet, l?ignorance des parents est un phénomène à prendre en compte et elle facilite, indirectement, l?accès de ces jeunes au gandia. « Les parents sont un gros problème. Ils sont très souvent ignorants sur les effets nocifs du cannabis et du réel danger que leurs enfants courent. Ils sont démissionnaires de leur rôle parental. Par exemple, certains d?entre eux sont peu regardants sur les dépenses de leurs enfants et donnent facilement Rs 200 d?argent de poche sans demander aucune explication », s?indigne Danny Philippe.
Par ailleurs, à Maurice, la loi sur les stupéfiants est assez répressive. « Toute personne prise en possession d?une drogue illégale consommée ou en vue d?être con-sommée, est passible d?une amende n?excédant pas Rs 50 000 et d?une peine de prison n?excédant pas deux ans », souligne un inspecteur de l?ADSU. De plus, une disposition de la loi ajoute : « Si le délit est commis avec violence ou une circonstance aggravante, c?est-à-dire vente à un mineur, un handicapé ou dans un lieu institutionnel (hôpitaux, établissements scolaires?), la peine maximale est doublée. »
239 cas impliquant des jeunes
Pourtant, on dénombre pas moins de 239 cas impliquant des jeunes de moins de 25 ans dans une affaire liée au cannabis pour la seule année 2007. Ces chiffres représentent 41 cas de plus par rapport à 2006, selon les statistiques de l?ADSU. Un tel phénomène s?explique, en partie, par le fait que le gandia est l?unique drogue illicite cultivée à Mau-rice. Il est donc plus facile de s?en procurer et par conséquent, cette drogue est la plus répandue dans la jeunesse mauricienne.
Et qu?on se le dise, le gandia, contrairement aux idées reçues, est loin d?être une drogue douce. « Dans les années 80, les recherches sur le cannabis démontraient qu?il s?agissait d?une drogue douce, moins nocive que l?alcool ou la cigarette. Mais les études récentes contre-argumentent ces faits. Aujourd?hui nous savons que le gandia se révèle plus cancérigène que la cigarette et peut provoquer un cancer très jeune », commente Danny Philippe.
« Il ne faut pas oublier que le cannabis con-sommé à l?adolescence, à un moment où le corps se forme, peut affecter le cerveau des jeunes », renchérit Imran Dhannoo.
Mais hélas, les campagnes de prévention sont encore loin d?avoir atteint l?ensemble de la jeunesse mauricienne, puisque vendredi, un élève de Form V de la Dr Régis Chaperon School, à Rose-Hill, s?est fait surprendre en possession d?une feuille qui semblerait être du gandia. Le recteur, Raouf Nogib, a aussitôt alerté la police. Aucune décision con-cernant le sort de l?élève de 17 ans n?a encore été prise. Entre-temps, il faut réagir au plus vite face à ce phénomène qui est loin d?être? fumeux.
Alexandra ORAISON
C?est face à l?évolution du comportement de jeunes de plus en plus attirés par les stupéfiants que Noubaz a été créé. « C?est un centre de prévention et d?écoute qui accueille des adolescents et leurs familles touchés par la toxicomanie », déclare Danny Philippe, coordinateur de Noubaz. D?abord une unité de prévention basée à Rose Hill, depuis 1998, Noubaze devient un centre de prévention en novembre 2005.
Situé à Curepipe dans la cité Pitot, le centre fonctionne avec un psychologue depuis le mois de janvier : « À défaut d?avoir des structures pour la « detox » des mineurs, le centre reçoit, conseille et prépare leurs proches souvent désorientés », souligne Danny Philippe. Le psychologue assure une permanence les mercredis et vendredis de 14 heures à 18 heures, et le samedi de 9 heures à midi.
Parallèlement, les volontaires effectuent un travail de prévention dans les établissements scolaires, mais aussi sur le terrain, dans les cités dites « sensibles » du pays. Noubaz travaille sous l?égide de la National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Substance Abusers (NATReSA). Cette dernière finance les 2/3 du capital du centre, le reste étant assuré par des fonds privés.
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