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?Le Zimbabwe a forcé d?autres pays à revoir la question de la réforme agraire?

8 avril 2005, 00:00

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● Vous vous attendiez que les élections au Zimbabwe se passent dans des conditions saines ?

Oui, pour trois raisons. La première, c?est qu?il y a eu beaucoup d?efforts des partenaires et pays frères, tant internationaux que régionaux, pour assurer un dialogue constructif entre les tenants du pouvoir, le président Mugabe et son parti la Zanu, et l?opposition, la MDC. Il s?agissait d?amener les deux partis à jouer le jeu en termes de règles d?engagement. Ce travail a été très bien fait par l?actuel président de la Southern African Development Community (SADC), Paul Bérenger, par le président sud-africain, Thabo Mbeki, par des organisations internationales, des ONG et l?Union africaine.

La deuxième vient du fait que des pays comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont levé le pied après des prises de position, des ingérences et des campagnes médiatiques contre Mugabe et la Zanu.

Enfin, au sein même du Zimbabwe, il y a eu une volonté politique et un travail de la société civile qui ont fortement contribué à assainir la situation et à amener les deux protagonistes à gérer correctement les règles d?engagement. Il faut aussi souligner que le temps a fait son ?uvre et a mis la MDC dans une disposition moins agressive.

● Ce qui se passe au Zimbabwe peut-il être étendu à l?ensemble des pays africains ?

Oui et non. Oui, dans la mesure que c?est la démonstration d?une démarche très forte des organisations continentales et régionales et des leaders du continent pour amener une meilleure gestion des conflits, qu?ils soient armés ou non, entre les parties concernées. Non, parce qu?il y a des spécificités propres à l?Afrique australe qui font que les acteurs de la région, tenant compte de ces spécificités, veulent assurer que cette région demeure stable et exempte de conflits, mais tiennent en même temps en considération des questions profondes qui affectent l?ensemble de la région.

● La réforme agraire mise en place par Mugabe a suscité des sentiments contradictoires. Comment l?aborder de manière rationnelle ?

Ce débat, surtout lorsqu?il est animé par des gens hors de la région, m?agace profondément. Parce que des concepts fortement idéologiques ont été utilisés, tels les droits de l?homme, droits à la propriété ou ?démocratie?, dans le but évident de maintenir le statu quo. Cette démarche est opposée à la logique des autochtones qui considèrent qu?ils ont été dépourvus de leurs biens par le biais d?un racisme institutionnalisé.

Les choses se sont, d?autre part, compliquées parce que certains acteurs comme la Grande-Bretagne n?ont pas joué le jeu ou encore à cause du fait que Mugabe a dû mettre sous l?éteignoir l?initiative de la réforme agraire pour ne pas compromettre les choses pendant les négociations entre le régime d?apartheid et l?ANC en Afrique du Sud. La création d?une bourgeoisie non blanche au Zimbabwe, qui passait par une répartition des biens économiques en termes fonciers ou capitaux, en a été retardée. Aujourd?hui, la situation est différente parce que la réforme agraire a eu lieu et cela ne peut être changé.

Le cas du Zimbabwe a forcé les autres acteurs à revoir leur manière de gérer et de résoudre ce problème dans les autres pays. Certains pays européens également, totalement opposés à la réforme agraire au Zimbabwe, sont plus disposés à aider à une telle réforme dans d?autres pays de la région. Alors que les Blancs du Zimbabwe ont stupidement enfoncé leurs sabots dans la terre et refusé de lâcher du lest, les Blancs d?autres pays sont aujourd?hui plus enclins au dialogue.

● Les organisations de la région sortent-elles grandies de ces événements ?

Sans aucun doute, elles sont mieux armées pour gérer les conflits et prendre des positions dans d?autres pays, sans hypothéquer des principes et des objectifs fondamentaux.

● Les Mauriciens établis ou faisant affaire au Zimbabwe ont souffert. Votre réaction.

Il y a des Mauriciens qui se sont installés dans ce pays comme fermiers sous le régime de Ian Smith (celui qui avait introduit le régime de gouvernement blanc) et qui ont perdu une partie, sinon la totalité, de leurs biens. Mais ceux qui sont arrivés au Zimbabwe en tant qu?investisseurs n?ont pas été affectés de la même façon. Ils l?ont été par une situation économique déclinante.

● Est-ce que la question de la démocratisation économique à Maurice recèle les mêmes implications qu?au Zimbabwe ?

C?est une situation différente du Zimbabwe, de l?Afrique du Sud ou de la Namibie, dans la mesure où il n?y avait pas à Maurice d?autochtones auxquels des colonisateurs avaient confisqué les biens. C?est une différence de taille. Mais la question de la démocratisation économique n?est pas une mode. Elle est bien réelle. Elle est aussi importante pour assurer l?harmonie sociale que le développement économique du pays. C?est un dossier qui comprend des enjeux essentiels auxquels on ne peut échapper. Certes, il n?y a pas eu de racisme institutionnalisé à Maurice, mais on ne peut pas dire qu?il n?y a pas eu de racisme et de pratiques racistes.

La façon d?aborder la question doit être différente mais elle doit surtout engager la volonté de ceux qui sont concernés à entamer un dialogue et à se montrer plus conciliants. Il ne leur servira à rien d?essayer d?évacuer le problème sous toutes formes de discours.

La réaction populaire par rapport à la situation à la Mauritius Commercial Bank démontre clairement le niveau de ressentiment existant à Maurice. Toutefois deux mises en garde sont très importantes. La première : il ne faut pas que des détenteurs du pouvoir politique ?uvrent à la destruction de la bourgeoisie nationale qui a été un moteur important du développement économique. La deuxième : la bourgeoisie nationale doit résister à la tentation de faire des concessions uniquement dans le but d?accommoder le pouvoir politique et ceux qui représentent la bourgeoisie d?Etat. La démocratisation économique doit réellement ouvrir à tout le monde l?accès aux possibilités.

Propos recueillis par Nazim ESOOF

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