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Le Vrac reçoit ses 1ers camions-sucriers
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Le Vrac reçoit ses 1ers camions-sucriers
Port Louis s’équipe aujourd’hui de nouveaux portiques pour permettre au transbordement de conteneurs de pallier la baisse de volume des exportations textiles de la zone franche. On parle, de nos jours, de nouveaux parcs de conteneurs à Fort Williams, sinon au Pleasure Ground, de « seafoods hub », de pont routier pour relier les Salines et le rond-point de l’Albion Dock. Il y a 25 ans, à la fin de juin 1980, il est surtout question du « Bulk Sugar Terminal », recevant ses premiers sucriers, autrement dit des camions équipés de bacs standardisés pour recevoir le sucre fabriqué par les usines sucrières, le transporter par route au Port Louis et le décharger, toujours automatiquement, sur les bandes transporteuses du Vrac afin que ce sucre roux devienne des pyramides dorées, en attendant le moment d’être chargé dans les cales des vraquiers, à destination des raffineries de Tate and Lyle et européennes. Impossible d’imaginer le retour au sucre chargé par sacs de 80 kilos à dos d’hommes, réduits au rôle tenu ailleurs par des bêtes de somme.
Signe des temps indiscutable : en cette année 2005 de la 25e année de la mise en service du chargement du sucre en vrac, le gouvernement sortant à la brillante idée de décréter que le Grenier est désormais un bâtiment historique. Le voilà désormais à l’abri de tout risque de démolition intempestive et de devoir céder stupidement la place à des bureaux, à des espaces commerciaux ou pire encore à un hôtel de luxe où se seraient pavanés des clients pleins aux as, là où ont sué sang et eau des générations de travailleurs portuaires, reconnaissables entre tous grâce à leur bosse de graisse durcie à la naissance de la nuque.
La presse de l’époque s’inquiète, mais à tort, de la prochaine présence de ces camions mastodontes, sur les routes mauriciennes. Les plus longs auront 52 pieds de long et pèseront 47 tonnes. Les usines sucrières ont eu à s’adapter à ce nouveau type de chargement de sucre en vrac. A la sucrerie, les bacs ou entonnoirs, surélevés et équipés d’un système de trappe, rempliront désormais les bacs sucriers par le haut. Ils le déverseront par le côté sur les bandes transporteuses du Bulk Sugar Terminal aux Salines. Fini donc le folklore amusant des ensacheuses cousant automatiquement le haut des sacs de sucre. Fini, et merci bien, le folklore inhumain des êtres humains devant transporter des sacs de sucre de 80 kilos jusqu’à l’entrepôt et puis jusqu’au camion. Chaque sucrerie s’est équipée de bacs d’entreposage de sucre selon ses besoins : 700 tonnes pour FUEL S.E. (sa production journalière), idem pour Médine S.E. mais 100 tonnes pour Rose Belle S.E. Chaque sucrerie dispose à présent de bande transporteuse en caoutchouc. Elle relie le trembleur à l’élévateur déversant le sucre, ainsi remonté, vers le silo.
Fin juin 1980, seules trois usines roulent. Elles sont FUEL, MTMD et Savannah. Les autres ont subi divers retards dus, entre autres, aux modifications à apporter à l’entreposage et au transport en vrac du sucre produit.
Le Sud s’organise en matière de transport sucrier. MTMD, Britannia et Riche-en-Eau font appel à la STL, une compagnie de transport mettant à leur disposition des camions et remorques faisant 52 pieds de long et développant une capacité motrice de 350 chevaux. Ils sont équipés de deux réservoirs d’une contenance totale de 140 gallons de carburant. Le tout pèse 20 tonnes à vide et 46 tonnes avec un plein chargement de sucre. Ici et là, l’Etat a eu à renforcer certains ponts paraissant un peu justes comme solidité pour des véhicules approchant la cinquantaine de tonnes.
Mon Loisir S.E. innove en s’équipant d’un œil électronique pour régler l’ouverture et la fermeture des trappes. Objectif : ne pas perdre un seul grain de sucre car il n’y a jamais d’économies trop petites pour être dédaignées. Les Forges Tardieu sont sollicitées de toutes parts. A peine ont-elles réussi ici une innovation qu’elles sont appelées ailleurs. Les ensacheuses n’ont pourtant pas droit à la retraite. Elles serviront dans un premier temps pour le sucre blanc et ensuite pour les sucres spéciaux.
On estime à Rs 53 millions l’économie réalisée par les seules usines sucrières sur le coût de production par la mise en place de la manutention en vrac du sucre « made in Mauritius ». Cette économie pourtant appréciable, pour l’époque, ne dit pas la fin de l’angoisse portuaire de savoir, chaque année, si le quota sucrier de 500 000 tonnes, destiné au marché européen, sera ou non embarqué à temps.
Mauvaise nouvelle pour Médine S.E. et Bel Ombre S.E. : le pont de la GRNO est trop vétuste pour pouvoir supporter leurs mastodontes routiers. Ils sont priés de passer par Quatre-Bornes et l’autoroute. La presse appréhende enfin les difficultés créées par un chapelet de ces mastodontes montant Lapeyre à la vitesse tortue, pour reprendre l’expression chère à Cyril.
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