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Le Voyage en couleurs de Gilberte Natchoo

28 novembre 2004, 20:00

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Après avoir reçu ?l?appel au large?, Gilberte Marimootoo-Natchoo, toujours accrochée à ses rêves et à sa quête de l?absolu, poursuit son itinéraire thalasso-artistique, naviguant entre les vagues picturales. Le Voyage continu, tel est le titre de son exposition de peinture qui durera six mois à la galerie du restaurant ?Les Terrasses du Lagon? ? ancienne demeure de José Rama, le fameux maquettiste de bateaux ? à Trou-d?Eau-Douce.

Au total, une quinzaine de tableaux inédits, réalisés à la technique mixte et ayant le voyage pour thème majeur et le voilier pour symbole, sont exposés à la galerie. De ces toiles aux couleurs vives qui se résument à une quête de sensations fortes, se dégage, comme toujours, une force intérieure de nature spirituelle qui est celle même de l?artiste, décidée à vivre de son art.

Rappelons que Gilberte occupe depuis 1997 un point d?expo-vente au Craft Market au Caudan, à Port-Louis; un coin qu?elle considère, avec fierté et reconnaissance, comme un carrefour qui lui ouvre bien des portes vers l?extérieur. Pour prendre conscience de la dimension et de la valeur de cette ouverture au monde extérieur, il faut pouvoir ressentir ce moment de bonheur qu?elle témoigne en ouvrant avec délicatesse son livre d?or qui renferme les signatures de tant d?illustres personnalités d?ici et d?ailleurs, qu?elle a eu le privilège de rencontrer. Cet endroit, réservé à des artisans, a fini par donner gracieusement à l?artiste qu?elle est devenue, cette renommée florissante.

Aux ?Terrasses du Lagon?, à Trou-d?Eau-Douce, les tableaux de Gilbert Marimootoo-Natchoo sont, dans leur profondeur, l?expression artistique d?un désir. Les coups de pinceau de l?artiste ont laissé des traces évidentes d?un ailleurs imaginaire mais idéalisé sous les traits informels, naissant à la frontière du réel et de l?imaginaire.

Peindre, c?est partir à la conquête de cet ailleurs. Tous les autres désirs de l?artiste convergent vers cette perspective et se résument donc au seul désir de posséder l?absolu, perdu dans le réel mais retrouvé dans l?imaginaire artistique.

Seulement, et puisque l?art a sa part de traîtrise, toute reproduction de l?être idéal est accomplie dans sa forme la plus irrégulière. Chaque tableau devient ainsi la représentation voulue d?un instant choisi, mais brouillé. Dans l?ensemble, on est presque tenté de croire que l?artiste manie ses pinceaux sous l?emprise d?un éternel dilemme.

D?une part, il y a chez elle la nette volonté de transposer sur toiles le fruit de son imagination, la richesse de ses rêveries nébuleuses, voire cette redoutable sensation indéfinie qui jaillit des sombres abîmes de l?inconscient, et d?autre part, il y a en elle une force invisible mais pressentie, qui la guide et la retient devant la tentation de coïncider l?imaginaire à son réel opposé.

C?est peut-être là, ce même dilemme artistique qu?on retrouve à la fois à l?origine de son art et au c?ur de ses créations. Cette incapacité de donner forme à ce qui marque le rapport entre ce qui est et ce qui est désiré, c?est cette part de rêve qui oriente discrètement la main de l?artiste tout en la trahissant.

Voilà pourquoi Gilberte manifeste toujours cet irrésistible besoin d?un ailleurs imaginé. Pas étonnant que la peinture chez elle est l?art qui exprime par excellence une éternelle quête. Mais la grande affaire dans cette perpétuelle quête, c?est que l?artiste, en naviguant entre les vagues, va toujours vers elle-même. L?art devient ainsi une expression lointaine de soi-même.

Si le ?voyage continu?, l?on ne peut que craindre sa nature éternelle. Car, aussi longtemps que ses bateaux ne jettent pas l?ancre, l?artiste sera prisonnière de son voyage infini. Mais, ce sera au grand bonheur de son public. Car elle sera toujours créatrice, et son public aura toujours de quoi se régaler.

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