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Le virus qui cible les gosses

23 février 2006, 00:00

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Quelque chose tourne à l?envers au sujet de la réforme éducative. Politiciens, religieux et dirigeants de mouvements sectaires détournent le débat de son vrai objectif. Chacun le considère sous l?angle de son choix et ignore la question fondamentale : faut-il opérer une sélection à l?âge de 11 ans ?

Certes, il n?y a pas de réponse simple à cette question. Elle suscite des controverses très vives dans plusieurs pays. Il est normal qu?elle divise l?opinion à Maurice également, sauf que chez nous les arguments évoqués n?ont souvent rien à voir avec les intérêts des élèves, ni ceux du pays en général.

Pour avoir une opinion informée sur la compétition en milieu scolaire, il faut se documenter sur l?expérience des pays qui ont le mieux réussi en matière d?éducation. A ce propos, un lecteur a attiré notre attention sur un article susceptible d?enrichir notre réflexion. Il traite des choix éducatifs de la Finlande, dont l?économie est la plus compétitive au monde selon Davos. Cet article est disponible sur le site de la BBC à l?adresse suivante, http://news.bbc.co.uk/1/hi/education/4031805.stm.

La ministre finlandaise de l?Education, Tuula Haatainen, y explique que dans le but d?élargir la base à partir de laquelle l?on peut répérer les meilleurs talents, son pays refuse de ?divide at an early stage between students who do well and those that don't manage so well in schools.? L?article ajoute qu?en Finlande, ?this divide comes at the age of 16, when pupils will decide whether to go to academic upper secondary schools or into vocational education?.

Ce pays dont les spécialistes disent que sa philosophie d?inclusion a produit de brillants résultats sur le plan économique possède un système similaire à celui des ?Form VI colleges?. Le ministre Gokhool a néanmoins décidé d?abolir ce type de collèges. Faisant allusion à ces établissements, un communiqué émis hier par son ministère parle même de ?déficiences organiques et de graves lacunes laissées en héritage par l?ancien gouvernement?.

Parmi les experts, il y a un consensus sur la nécessité d?opérer un écrémage à l?âge de 16 ans. La majorité de pédagogues dénonce toute compétition qui conduit à trier trop tôt. En outre, ils condamnent le principe qui consiste à mettre en compétition les jeunes sur la base de certaines compétences purement académiques. ?Mérite professionnel et mérite scolaire diffèrent sensiblement?, rappelle la pédagogue Marie Duru-Bellat dans l?édition du 9 février du ?Nouvel Observateur? pour soutenir l?argument que ?la méritocratie représente un bel idéal en soi mais c'est une illusion.?

Ces remarques aident à démontrer à quel point certains s?écartent des vrais enjeux. Les travaillistes, qui ont trouvé en l?Eglise catholique un allié objectif, profitent de la communalisation excessive des débats. De part et d?autre, les partisans se rallient avec enthousiasme derrière leurs leaders respectifs. Des responsables de mouvements sectaires s?amusent, eux, à renforcer les stéréotypes raciaux d'une autre époque. Le ministre de l?Education déploie, pour sa part, des efforts laborieux pour éviter d?appeler son système de classement par son nom : ?ranking?. Tant d?énergie gaspillée !

Dans le communiqué qu?il émet hier pour justifier la réforme éducative, le ministère de l?éducation invoque ?les résultats des élections législatives, municipales et villageoises?. Si le débat descend à ce niveau, Dharam Gokhool ne manquera certainement pas d?offrir à nos gosses, un ?WC (world class) education?.

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