Publicité
Le va-tout de Pravind
Les élections générales sont derrière la porte. Le chef de parti est tiraillé entre deux options : transformer le budget 2005/2006 en un exercice comptable pour se faire réélire ; ou faire la démonstration de sa volonté de consolider le socle économique du pays et de l?inscrire dans une logique de croissance économique et de développement social dans le long terme.
Le choix est fait. C?est, en quelque sorte, un pré-programme électoral que présentera Pravind Jugnauth demain.
« La démocratisation de l?économie » était la clef de voûte et la principale priorité de son premier budget de l?an dernier. Pour son second budget, le ministre des Finances change. Il partagera sa vision de « l?île Maurice moderne » avec la nation lors de son discours.
Dans la réflexion initiale, et « non-électoraliste » de Pravind Jugnauth, l?esquisse d?une île Maurice moderne renvoyait à un pays débarrassé de ses problèmes majeurs : mauvais aménagement du territoire, congestion routière, métro léger? Cette nouvelle île devrait également connaître un nouvel ordonnancement de ses impôts directs et indirects. Sur sa feuille blanche de départ, Pravind Jugnauth avait prévu de coucher ses solutions. De faire rêver les Mauriciens en leur faisant voir à quoi pourrait ressembler Maurice dans 10 ans? Si les bonnes décisions sont prises.
Mais entre ces bonnes intentions affichées presque au lendemain de son premier budget et maintenant, beaucoup d?eau a coulé sous les ponts. Le parti du ministre des Finances a connu une petite vague de départs. L?alliance au pouvoir semble reculer dans l?estime de ses électeurs d?hier. Et l?opposition semble déjà en train de savourer une victoire qu?elle croit acquise aux prochaines élections générales. Le réalisme guide désormais Pravind Jugnauth. Ce sera un budget pré-élection général drapé de la vision de « l?île Maurice moderne ».
Pour cet exercice, Pravind Jugnauth a quelques atouts à conserver et une image à préserver. L?année dernière, il avait abordé un virage résolument politique et social, faisant de la redistribution des richesses et de la démocratisation de l?économie le socle de sa politique. Il va poursuivre dans cette voie demain. Ainsi, le ministre des Finances dessinera précisément les contours de l?Equal Opportunities Act que l?alliance gouvernementale compte mettre en place si elle est réélue. Les détails de l?approche de Pravind Jugnauth à ce sujet sont toutefois jalousement préservés.
L?accès à la propriété demeure une chose à laquelle tient particulièrement Pravind Jugnauth. Dans son précédent budget, il s?était inspiré du Sugar Investment Trust pour créer le Real Estate Investment Trust (REIT) au coût de Rs 350 millions. Ce fonds devait permettre aux contribuables de l?Employees Welfare Fund de détenir des actions leur permettant d?acquérir des biens fonciers. L?initiative n?ayant pas bénéficié d?une importance adéquate, Pravind Jugnauth annoncera vraisemblablement des mesures pour améliorer et dynamiser le REIT demain.
Dans un souci de continuité, Pravind Jugnauth pourrait également durcir des initiatives prises l?an dernier. Ainsi, lors du budget 2004/2005, il avait annoncé que les conditions d?allocation et de renouvellement des baux sur le littoral allaient être revues. Mais depuis quelque temps, une ligne encore plus dure aurait été suggérée au ministre : le renouvellement des baux sur le littoral afin de libérer des espaces pour en faire des plages publiques et pour le développement d?infrastructures de loisirs bénéficiant aussi bien à la population locale qu?aux touristes
Tandis que les gros projets hôteliers prennent des hectares entiers à Bel-Ombre et ailleurs, le gouvernement penserait libérer des espaces publiques à d?autres endroits. Mais la portée d?une telle décision ferait réfléchir au ministère des Finances. Ce n?est pas une question de revenus, ces baux ne rapportant pas énormément à l?Etat. Mais au gouvernement, on ne veut surtout pas faire naître un syndrome zimbabwéen dans le pays. Pas de mesure pouvant être perçue comme une volonté « d?exproprier » certains de terres?qui ne leurs appartiennent pas. Pravind Jugnauth livrera son verdict sur le sujet demain.
Cette mesure pourrait avoir un effet par ricochet sur le tourisme. Mais Pravind Jugnauth songerait également à une autre mesure qui pourrait toucher plus directement le secteur touristique. Voici l?un des rares secteurs économiques à bien se porter à Maurice? et qui ne reverse pas assez d?argent dans les caisses de l?Etat sous forme de Corporate Tax, selon certains au ministère. Cela devrait vraisemblablement changer avec ce budget.
<B>Taxer les possédants pour redistribuer</B>
L?Investment Allowance consentie aux hôtels pourrait être revue. Cet abattement fiscal permet aux groupes hôteliers de déduire 15 % de leurs investissements des impôts qu?ils payent. Pour l?année calendaire 2004, 15 % des investissements du secteur hôtelier représenteraient un abattement fiscal de Rs 798 millions. Le taux de 15 % devrait dégringoler de quelques points. Cette mesure suit la ligne tracée par Pravind Jugnauth dans son dernier budget : taxer davantage les possédants pour pouvoir redistribuer aux pauvres.
Redistribution il y aura. A travers un ajustement des impôts sur les revenus. Les tranches de revenus imposables devraient être revues significativement cette année. Dans le dernier budget, Pravind Jugnauth avait créé de nouvelles tranches d?imposition. Par exemple, une personne disposant de Rs 25 000 de revenus était taxée à 10 % au lieu des 15 % d?auparavant. Cette direction va être maintenue cette année. Les tranches seront revues afin d?alléger davantage la charge fiscale sur la classe moyenne. En même temps, les abattements consentis aux personnes imposables seront aussi généreusement augmentés dans certains cas.
Au chapitre impôts sur les revenus, le budget fera des heureux. Mais il ne faut pas croire les récents poissons d?avril. Il ne faudra pas compter sur une baisse des taxes indirectes. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 15 % ne risque pas de baisser. Pour l?exercice budgétaire 2004-2005, Pravind Jugnauth a annoncé pouvoir recueillir Rs 25,3 milliards à partir de la TVA. Cela représente plus du triple de ce qui sera recueilli sous forme d?impôts directs pour le même exercice ! Pravind Jugnauth et ses cadres réalisent toute l?importance de préserver une source aussi importante de revenus.
C?est donc ailleurs, vers les droits de douanes, qu?on doit se tourner pour commencer à parler de labouss dou. Mais là aussi, il ne va pas falloir s?attendre à un déluge de baisses. Le grand chantier île Maurice duty-free sera désormais enclenché en phases qui vont courir sur près de 5 ans. Le ministère des Finances aura vite réalisé que l?économie ne pourrait pas résister au choc d?une baisse soudaine des revenus douaniers. C?est donc une petite liste de produits ne rapportant pas énormément à l?Etat qui vont être détaxés. Sur la liste figurent la maroquinerie, la parfumerie et cosmétiques, l?horlogerie et une petite portion de l?électroménager. Si vous voulez acheter un téléviseur, patientez encore un peu. Le même conseil serait peut être valable pour les motos.
L?Etat sacrifiera donc sur ses revenus à travers ces baisses, mais Pravind Jugnauth compterait également introduire de nouvelles dépenses dans des domaines très emblématiques. Ainsi, une des mesures très sérieusement envisagées depuis quelque temps est la mise en place d?un système étendu de bourses d?études. Une mesure dont le coût dépassera la centaine de millions de roupies par an. Mais qui est perçue comme un investissement dans l?avenir par le ministère des Finances.
Un autre projet sectoriel concerne l?agriculture. Où le concept de clustering pourrait également être mis en place. Dans le secteur des petites et moyennes entreprises, cette initiative tarde à prendre son envol. Pour l?agriculture, cela se traduirait par la création d?une sorte d?Agricultural Parks of Mauritius Ltd, un clone de Business Parks of Mauritius Ltd. Cette entité, contrôlée par l?Etat, serait chargée de développer de véritables lieux de concentration où les agriculteurs pourraient se regrouper pour cultiver des légumes sous serre ou en faisant appel à une autre technologie adaptée. Des frais d?utilisation peu élevés devraient être payés par les utilisateurs.
Au chapitre sécurité sociale et santé, d?importantes mesures devraient être annoncées. Celles que l?on annonce justement comme les points forts du budget. Mais impossible d?avoir des renseignements complémentaires sur la nature de ces mesures. D?autres décisions plus ciblées transpirent toutefois. Ainsi, les policiers, surtout ceux aimant se déplacer à moto, seront satisfaits. Le ministère envisage d?introduire un système de duty-free total sur les motos dont bénéficieront exclusivement les policiers du pays.
Toutes ces mesures, prévues et surprises, devront être financées. Et justement, la santé financière de l?Etat n?est pas extraordinaire. Comment Pravind Jugnauth pourra-t-il financer ces nouvelles mesures tout en contenant le déficit budgétaire et en essayant de réduire la dette publique ? Au ministère des Finances, on répond par une autre question : et si nous choisissions de ne pas satisfaire les objectifs de déficit que nous nous sommes fixés ? Voilà qui est intéressant !
<B>Maintenir le déficit budgétaire </B>
Si les objectifs budgétaires énoncés par Pravind Jugnauth l?an dernier sont atteints, l?année financière 2004/2005 devrait se terminer par un déficit budgétaire équivalent à 5 % du produit intérieur brut (PIB). Paul Bérenger, lors de son premier budget 2001/2002, avait fixé l?objectif de 3 % de déficit à atteindre pour le dernier budget de ce mandat. A l?impossible nul n?est tenu. Le gouvernement n?a pu tenir cet engagement à cause, avance-t-il, de contraintes internationales et locales. Mais au lieu de prévoir un déficit en baisse pour la dernière année financière de son mandat, Pravind Jugnauth aurait choisi de maintenir le déficit budgétaire au niveau actuel.
Mais en même temps, certaines dépenses courantes et d?investissement de l?Etat ont reculé. L?Etat ne réduira donc pas ses dépenses parce qu?il ne souhaite pas réduire le déficit. Par ailleurs, des sommes seront économisées, car certains projets ont été entièrement financés. Selon certaines estimations, la somme ainsi dégagée pourrait avoisiner et même dépasser le milliard de roupies. C?est fort de ce capital et de cette marge de man?uvre additionnelle que Pravind Jugnauth appréhende son budget 2005/2006. Il a certains moyens à sa disposition ; nous saurons demain comment il a choisi de les utiliser concrètement.
Publicité
Publicité
Les plus récents