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Le traitement des prisonniers séropositifs critiqué
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Le traitement des prisonniers séropositifs critiqué
Des détenus qui ne seraient pas protégés par la législation en vigueur, la confidentialité sur leur état de santé violée? Dans le cadre du 10e anniversaire de l?élaboration des directives internationales sur le VIH/Sida et les droits humains (1996-2006), l?AIDS and Rights Alliance for Southern Africa (ARESA) a effectué une recherche entre septembre et novembre derniers dans les 14 pays de la Southern African Development Community (SADC), dont Maurice. Et parmi ces pays qui regroupent plus de 60 % des personnes vivant avec le VIH/Sida dans le monde, notre bilan n?est pas sans reproche. Pourtant comme tous ces Etats, nous sommes déjà signataires de déclarations et de codes par rapport au virus.
L?objectif d?un tel exercice était de voir dans quelle mesure lesdites directives étaient appliquées dans ces pays. Pour les experts, ces recommandations élaborées par l?UNAIDS et le bureau du haut-commissaire des Nations unies pour les droits humains font aujourd?hui référence pour répondre efficacement contre l?épidémie.
Implication limitée des malades
L?ARESA a donc distribué des questionnaires aux organisations non gouvernementales (ONG) qui traitent le VIH/Sida comme une question de droits humains. Sur les 67 questionnaires distribués par fax ou courriel aux ONG dans les pays de la SADC, 20 ont été retournés.
À Maurice, c?est l?ONG Prévention, Information et Lutte contre le Sida (P.I.L.S.) qui a rempli ledit questionnaire. Les deux autres méthodes d?investigation ont été la conduite d?interviews téléphoniques et en face-à-face entre l?ARESA et ses partenaires, de même que la consultation de toute la littérature publiée sur le VIH/Sida et les droits humains dans la région, parue sur l?internet, dans les journaux, les publications des ONG et les revues.
Vu que l?HIV and AIDS Bill mauricien n?avait pas encore été voté à l?époque où cette étude a été entreprise, plusieurs des remarques de l?ARESA concernant Maurice sont aujourd?hui caduques. Si Maurice est louée pour certaines mesures prises, notamment l?accès gratuit aux antirétroviraux, des questions restent en suspens comme la consultation des personnes vivant avec le VIH/Sida pour l?élaboration de politiques et de programmes les concernant. Le rapport laisse entendre que cette implication est limitée à Maurice du fait qu?il n?y a que deux personnes vivant avec le VIH/Sida à en avoir publiquement fait état et à être disponibles pour participer aux consultations.
Le rapport reconnaît que l?HIV and Aids Bill interdit la discrimination envers les personnes vivant avec le VIH/Sida mais précise que dans sa forme actuelle, cette législation est limitée dans la mesure où elle ne peut être utilisée pour protéger les prisonniers séropositifs qui sont groupés dans la New Wing à la prison de Beau-Bassin. Il y est dit aussi que les tests de dépistage sont effectués sans le consentement des détenus et sans counselling préalable. Les familles découvrent le statut sérologique de leur parent incarcéré quand ils réalisent que ce dernier a été placé dans la New Wing. La confidentialité est ainsi violée. L?ARESA note aussi qu?il est impossible de savoir si des préservatifs sont distribués par les autorités pénitentiaires aux détenus.
Le rapport fait remarquer que Maurice n?a pas intégré la nécessité d?avoir un environnement légal favorable pour réduire la vulnérabilité de certains groupes hautement à risque face au virus, notamment les hommes ayant des rapports sexuels avec d?autres hommes. De tous les pays de la SADC, neuf d?entre eux, dont Maurice, ont encore des législations pénalisant ce groupe spécifique alors que la directive internationale est de réduire les violations humaines à leur égard.
Protection pour les femmes
L?ARESA estime que les femmes des pays de la SADC ne sont pas suffisamment protégées contre les abus et qu?à Maurice, un grand nombre sont encore subordonnées aux hommes et victimes de violence domestique. Il faudrait selon cet organisme davantage de programmes de prévention destinés aux femmes.
En matière d?aide légale spécifique aux personnes vivant avec le VIH/Sida, le rapport souligne que contrairement à la directive internationale, l?Etat n?offre pas ce service. L?ARESA pense que le sous-comité parlementaire sur les droits humains, mentionné dans le rapport annuel de la National Human Rights Commission mauricienne, pourrait débattre de la question d?abus sur les personnes vivant avec le VIH/Sida.
Pour finir, le rapport mentionne aussi le fait que l?Etat mauricien n?organise pas de sessions de formation continue pour changer les attitudes discriminatoires vis-à-vis des personnes vivant avec le VIH/Sida alors que la directive internationale le stipule.
Nicolas Ritter, fondateur et porte-parole de P.I.L.S., qui a pris connaissance de la totalité du contenu du rapport, est d?avis qu?il permet ?aux ONG, aux associations des droits humains et aux décideurs de mieux appréhender le SIDA dans la perspective des droits humains et qu?il peut améliorer les réponses par rapport à l?avancée du virus. Vu que le rapport fait état des meilleures pratiques dans les pays de la SADC, Maurice peut s?en inspirer?.
P.I.L.S. a d?ores et déjà envoyé une copie du rapport à Rama Valayden, Attorney General et ministre des Droits humains. Une autre copie sera expédiée à Satish Faugoo, ministre de la Santé. ?Ce document pourra aussi être utilisé comme outil de référence lors des discussions visant à définir le National Strategic Plan sur le VIH/Sida, qui devraient avoir lieu à la fin du mois?, ajoute notre interlocuteur.
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