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Le tourisme sexuel menace le Sénégal

15 janvier 2004, 20:00

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<B>SALLY-PORTUDAL</B>, la principale station balnéaire sur la ?petite côte? sénégalaise, à moins de 100 kilomètres au sud de la capitale, Dakar, est devenue un haut lieu du commerce sexuel. ?Ça devient comme à Bangkok?, résume Tidiane Mbaye, un antiquaire venu s?installer il y a près de dix ans.

Créée au début des années 1980 pour développer la côte atlantique sénégalaise, Sally-Portudal est victime de son succès. Avec près de 200 000 visiteurs en 2003, la station fait travailler plus de 100 000 personnes dans la région, selon le ministère du tourisme. Elle attire prostituées et trafiquants.

?Sally est devenu le carrefour national du tourisme sexuel?, constate Ousmane Sow, le directeur de l?association Avenir de l?enfant (ADE), dont l?Observatoire pour la protection des enfants contre les abus ? installé en 2002 à proximité de Sally ? attribue toutefois moins de 20 % des actes pédophiles aux touristes et aux résidents étrangers.

Chaque jour, des dizaines de jeunes hommes sénégalais s?entraînent pourtant sur les plages pour séduire une hypothétique toubab (blanche), souvent plus âgée qu?eux, synonyme d?argent ou de visa pour l?Occident. Des jeunes filles se vendent aux touristes en mal de sensations. Et des enfants sont victimes d?actes de pédophilie.

?La semaine dernière, avec un ami, on a surpris un vieux Blanc sur la plage, le pantalon baissé. Il était avec un petit-de 12 ans?, rapporte, sous couvert d?anonymat, un commerçant sénégalais. Avec son compère, ils ont frappé le satyre avant de le délester de son argent. ?Depuis ce jour, il n?est pas ressorti de son hôtel?, ajoute-t-il.

Khadim Ndiaye, un vendeur d?objets d?art africains, se souvient quant à lui d?un touriste européen ?avec les cheveux blancs et une queue de cheval? aperçu la veille. "Il était avec une fille qui n?avait pas encore de poitrine", vitupère-t-il. ?On sait bien que des vieux font la fête avec des petites filles ou des petits garçons à Sally, poursuit M. Ndiaye, mais on ne peut rien faire tant qu?ils sont dans leurs chambres.?

Epinglés par la population, les gérants d?hôtel affirment lutter contre la pédophilie en contrôlant l?âge et l?identité des prostitué(e)s.?Si une fille est mineure, nous informons le client. Si celui-ci insiste, ce qui n?arrive jamais, nous appelons la police?, explique un hôtelier.

?Chez nous, on ne laisse pas monter d?enfants?, se défend le directeur d?un autre établissement. Et de rejeter la faute sur les particuliers et autres responsables de chambres d?hôtes, moins respectueux de la loi. ?Lorsque les gens sont propriétaires, ajoute-t-il, ils peuvent faire ce qu?ils veulent.?

De fait, les abus sur mineurs semblent se multiplier dans le secret des résidences. ?Des toubabs qui se marient avec leur femme de ménage de 17 ou 18 ans, on en voit tous les jours?, confirme Abdou, un serveur. Tidiane Mbaye rappelle qu?un ?vieux Français? venant fréquemment à Sally ne fait monter ?que des jeunes Sénégalais? dans son 4 x4.

Malgré divers cas flagrants de pédophilie, aucun touriste n?a encore été condamné au Sénégal. Un résident français de 61 ans, patron d?un bar, convaincu d?actes de pédophilie sur une fillette de 8 ans, a toutefois écopé de dix années de prison ferme. ?Le Sénégal a déjà condamné. Nous allons continuer pour des faits avérés, avertit Ousmane Masseck Ndiaye, le ministre du tourisme. Nous n?accepterons personne qui ternisse l?image du pays.?

En amont, des brigades de surveillance seront mises en place dans les principales zones touristiques. ?Nous voulons un tourisme sain, martèle le ministre, fort des 700 000 visiteurs recensés au Sénégal en 2003, pas un tourisme qui pervertisse nos enfants et nos s?urs.?

Joris Fioriti

© Le Monde News Service

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