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?Le taux de mortalité des start-up est très élevé?

6 septembre 2006, 00:00

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● <B>Le gouvernement veut donner une nouvelle impulsion aux PME. Ressentez-vous cette volonté politique au sein de votre fédération ? </B>

Le gouvernement a certes annoncé plusieurs mesures en faveur des PME dans le dernier budget. Je pense qu?il n?avait pas d?autre choix.

Le gouvernement doit relancer la croissance, créer de nouveaux emplois et en même temps démocratiser l?économie. Il doit compter beaucoup sur les PME afin de réaliser ces objectifs. Celles-ci contribuent à la hauteur de 11% au produit intérieur brut (PIB) et offrent de l?emploi direct à 120 000 personnes. La valeur ajoutée est encore très faible dans la mesure où 120 000 employés contribuent seulement à 11% du PIB.

En Suisse, par exemple, neuf entreprises sur dix sont considérées comme des PME (des boîtes qui emploient jusqu?à 200 salariés, selon la définition d?une PME en Suisse), et elles contribuent jusqu?à 57 % du PIB.

Le secteur des PME à Maurice a donc un gros potentiel à exploiter. Une PME à Maurice est une société qui emploie un maximum de 50 personnes. Elle génère un chiffre d?affaires maximal de Rs 50 millions par an et dont l?investissement en équipement est de Rs 50 millions. Mais pour développer ce secteur, il faut une évaluation exhaustive des faiblesses et des obstacles qui l?empêchent de décoller et générer la richesse et l?emploi.

● <B>Quelles sont justement ces failles qui empêchent les PME à jouer pleinement leur rôle dans l?économie mauricienne ? </B>

La plus grande faiblesse des PME est le manque de formation des entrepreneurs. La SMEF est pleinement consciente de ce problème et veut apporter sa contribution dans ce domaine. Nous envisageons la création d?une école pour les entrepreneurs. Nous sommes à la recherche d?un terrain dans la région d?ébène.

Nous avons déjà approché le ministre des Terres, Asraf Dulull, à cet effet. Nous allons bientôt faire la demande officielle.

Nous voulons nous lier avec des institutions de formation spécialisée en entrepreneuriat dans le cadre de ce projet. Nous avons déjà eu des discussions avancées dans ce contexte avec l?Institut de la francophonie pour l?entrepreneuriat.

La formation est primordiale dans le processus d?empowerment des petits opérateurs. Sans un encadrement et un accompagnement appropriés, les PME ne peuvent pas s?épanouir convenablement.

Le taux de mortalité des start-up est très élevé. Huit nouvelles petites entreprises sur dix ne survivent pas au-delà de trois à quatre années. Enterprise Mauritius (EM) et la Small Enterprises and Handicraft Development Authority (SEHDA) ont un rôle crucial à jouer à ce niveau.

Mais il ne faut pas oublier les PME existantes connaissent pas mal de difficultés. Celles-ci sont pénalisées à divers niveaux. Par exemple, le ministre des Finances, Rama Sithanen, avait annoncé en août de l?année dernière que les pénalités sur les emprunts contractés à la Development Bank of Mauritius (DBM) allaient être abolies dans un souci d?apporter un soulagement financier aux opérateurs. Or, les entrepreneurs existants n?ont pas bénéficié de cette mesure car les facilités étaient destinées aux nouveaux demandeurs de financement, nous fait-on comprendre à la DBM. Les finances demeurent un problème aigu.

● <B>Dans quelle mesure la création de l?Empowerment Fund Ltd (EFL) apporte-t-elle une solution au problème d?accès aux finances ? </B>

Il faut bien comprendre le paysage dans lequel évolue les PME pour mieux comprendre la pertinence des facilités de financement proposées. Il existe plusieurs tailles d?opérateurs : les micro-entreprises, les petites entreprises, les petites, les moyennes et les grandes PME.

L?avènement de l?EFL est certes une bonne chose, mais le fonds ne couvre pas toute la gamme des entreprises que je viens d?évoquer. L?EFL avance des sommes entre Rs 300 000 et Rs 3 millions aux investisseurs. Il exige une participation majoritaire de la part des promoteurs des sociétés. Le fonds touche essentiellement les PME qui sont de taille moyenne et grande.

Les petits opérateurs ne peuvent pas accéder à ces facilités financières. D?autre part, les plans de financement de la DBM restent rigides. Celle-ci exige comme garanties des charges fixes sur les biens de l?entrepreneur qui se retrouve ainsi les mains liées. Même si la DMB a fait beaucoup sous la direction de son managing director, Benyram Chooramun, il reste encore beaucoup à faire pour que les plans deviennent plus accessibles aux petits opérateurs.

Je pense aussi qu?il faut mieux communiquer les nouvelles mesures de financement et d?accompagnement aux entrepreneurs. La Sehda, EM, l?EFL et la DBM devront entreprendre plus d?efforts sur le plan de la communication. à la Smef, nous accordons une priorité à la diffusion de l?information auprès des petits entrepreneurs en particulier. Nous comptons organiser vers la fin du mois d?octobre une grande conférence sur les facilités disponibles avec la participation des institutions concernées.

● <B> À part les facilités financières, l?état prévoit aussi la création des SME Villages?

Tout cela est une bonne chose. Mais il n?existe pas de plan stratégique en faveur des PME. C?est-à-dire dans quels secteurs de nouvelles PME doivent être créées et comment les accompagner dans ces activités. La Human resources development council doit pouvoir développer les compétences entrepreneuriales et managériales dans les nouveaux secteurs d?activité.

Mais il incombe aussi aux entrepreneurs de bien s?organiser pour s?attaquer aux nouvelles opportunités. Les petits opérateurs pèchent par manque de synergie et de collaboration. Par exemple, beaucoup de petits exploitants d?un secteur spécifique peuvent se regrouper pour créer un central d?achats et ainsi s?approvisionner à moindre coût. Des fabricants de meubles peuvent se regrouper pour importer leur bois et leurs accessoires. Les producteurs pourront bénéficier des économies d?échelle et vendre à des prix plus compétitifs.

● <B>Les PME mesurent-elles l?importance d?opérer en réseau afin de rehausser leur compétitivité ? </B>

Les entrepreneurs n?ont pas le temps de faire de la recherche et de développer leur capital intellectuel. Ils ont tendance à s?isoler et ne réalisent pas qu?ils doivent faire face à la concurrence mondiale. Le concurrent, ce n?est pas l?entrepreneur d?à côté, mais le producteur qui se trouve en Chine ou en Inde.

Aussi longtemps que les PME locales ne réalisent pas cela, elles n?accorderont pas d?importance aux notions de networking et de collaboration.

Lorsqu?on parle d?empowerment, il faut tenir tous ces éléments en ligne de compte. C?est la raison pour laquelle nous demandons un siège sur le steering committee sur l?Empowerment Programme car nous sommes le plus gros acteur non étatique dans le secteur des PME. Nous voulons apporter notre contribution à la mise en opération des projets identifiés.

<I>?Sans un encadrement et un accompagnement appropriés, les PME ne peuvent pas s?épanouir convenablement.?

● <B> Le gouvernement introduit plusieurs initiatives pour déréguler le cadre institutionnel et administratif du business. Les PME devraient pouvoir profiter de cette ouverture?</B>

Il y a plusieurs nouvelles initiatives pour faciliter les affaires. L?idée de pouvoir lancer un business dans un délai de trois jours suivant les formalités nécessaires est très intéressante. Mais il faudra voir comment cela se passe sur le terrain.

Déjà, nous enregistrons certaines doléances de la part de certains de nos membres suite au nouveau système en place. Les vérifications des services de la Santé et de l?Environnement interviennent après l?octroi des certificats d?opération. Certains de nos membres se plaignent à l?effet que ces inspections sont très strictes et entravent les activités. Cela ne sert à rien d?avoir un régime de régulation plus léger.

Il y a des retouches à apporter au nouveau système. Les mesures de facilitation devront se vérifier sur le terrain.

Par ailleurs, il y a encore beaucoup à faire pour rendre les opérations plus conviviales au business à la douane.

● <B>Le gouvernement veut aussi élargir les opportunités pour les PME en préconisant des villages touristiques. êtes-vous prêts à prendre avantage de ces mesures ? </B>

L?idée de créer des villages touristiques est une bonne chose pour les petits exploitants. Les touristes sont trop cloisonnés dans les hôtels. Même lorsqu?ils partent visiter le pays, ils sont pris en charge par les tour- opérateurs. Ces derniers choisissent des endroits spécifiques pour les emmener faire du shopping. Il y a un système de commission qui favorise certains magasins et fournisseurs par rapport à d?autres.

Lorsque les touristes viendront visiter les villages touristiques, ils seront exposés à un large éventail de produits et services proposés par les petits entrepreneurs.

● <B>Il est aussi question de demander aux hôteliers d?ouvrir leurs chaînes logistiques (?supply chain?) aux PME?</B>

J?espère que les opérateurs hôteliers feront preuve de sincérité. Il reste à vérifier comment cette philosophie se traduira dans les faits. Je pense que l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice a un rôle important à jouer à ce niveau auprès de ses membres.

Mais je dois dire que je suis très déçu de constater le manque de progrès réalisé par rapport à la volonté déclarée du gouvernement de favoriser les PME dans sa politique d?approvisionnement. Le gouvernement avait indiqué qu?il allait nous donner une certaine préférence lors des appels d?offres pour l?achat des meubles, des chaussures pour la police et des uniformes, par exemple. Mais nous n?avons rien vu de concret sur ce plan.

● <B> Peut-on prévoir l?éclosion des PME dans les activités des services et de technologie à haute valeur ajoutée ? </B>

Nous ne sommes plus compétitifs dans le secteur manufacturier. Il nous faut tourner vers les services à haute intensité de technologie et de connaissance. Je pense que nous avons une nouvelle race d?entrepreneurs qui sont prêts à relever le défi.

Propos recueillis par <B>Akilesh ROOPUN</B>

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