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Le Syndicat des sucres en ligne de mire

2 avril 2005, 00:00

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Les pourfendeurs du Syndicat des sucres continuent leur croisade : allégations de malversations et mauvaise gestion, dépositions à la commission anti corruption, et des manifestations à prévoir. Les petits planteurs sont sur le qui-vive et le Syndicat des sucres s?active à rétablir les faits.

Créé par acte de loi en 1951, le Syndicat des sucres est l?unique organisme écoulant le sucre mauricien sur le marché mondial. Le bilan financier 2003-2004 indique que cette vente a rapporté Rs 9,14 milliards. Somme qui, après les déductions usuelles, est distribuée entre planteurs et usiniers. Un tiers revient aux petits planteurs.

Le brouhaha étalé sur la place publique découle de la suspension du Chief Finance Officer (CFO) Sachitanand Maudhoo, le 8 février dernier. Le Board avait estimé qu?une lettre adressée au président Hansraj Ruhee ternit l?image du Syndicat. La correspondance contient les points de vue du CFO sur la gestion du Syndicat des sucres. Il est d?ailleurs passé devant un comité disciplinaire hier après-midi. Il a de nouveau été convoqué vendredi prochain.

A la suite de la lettre et la suspension, deux membres, Heeralall Prayag et Deodass Boodram, représentants gros et petits planteurs, démissionnent. Les départs n?affecteront néanmoins pas la représentativité des planteurs, qui sont toujours au nombre de six sur le Board.

Mais les petits planteurs n?entendent pas se laisser taire. Ils haussent le ton à la mi-mars et comptent manifester dans les rues ce mois-ci. Ils réclament une commission d?enquête sur le Syndicat des sucres. En tête de liste des arguments : l?exportation du sucre vers la Grande-Bretagne. Ils estiment que la différence entre le volume exporté de Maurice et la quantité reçue par les raffineurs est trop importante. Et ils en concluent que le Syndicat des sucres se livre à des «pratiques illégales».

La Mauritius Planters? Association, allègue que, de 1994 à 2003, le cumul des pertes s?est élevé à 16 057 tonnes, équivalant à quelque Rs 294,8 millions. De ce volume, affirme Juqdish Goburdhun, un total de 9 644 tonnes «a disparu» lors du transport vers la Grande-Bretagne. «C?est du vol», s?insurge-t-il.

Des explications officielles démentent cette affirmation. En fait, la totalité du sucre à l?exportation transite par les dépôts du Bulk Sugar Terminal. Lorsque ce sucre arrive aux Salines, il est pesé, comparé au volume à l?usine et débarqué si tout est conforme, ou bien renvoyé au cas où les différences de poids sont trop importantes. A l?embarquement, indique un officiel, il s?avère que le sucre s?échappe des tapis roulants, entre autres.

Quand le navire arrive en Grande-Bretagne, au débarquement, le volume est inférieur. Scandale ? Logique, indique les raffineurs Tate & Lyle, principal acheteur du sucre mauricien. «The difference between shipped and landed weights is normal and is recognised internationally in the shipment of sugar. (?) The Mauritius Sugar Syndicate appoints for each cargo a professional supervisor whose responsibility is to ensure that all sugar shipped is fully discharged and correctly weighed», a fait ressortir à l?express, Ferne Hudson, Public Relations Manager des raffineurs britanniques.

Dans un communiqué en date du 21 mars 2005, le Syndicat, sur les allégations de différences de poids, précise : «Elles se situent dans une fourchette de 0,225 % à 0,282 %, ces différences n?ayant aucun caractère exceptionnel.»

Cependant, un démissionnaire, Heeralall Prayag, brandit le procès-verbal du Mauritius Sugar Syndicate Chatering Committee, datant du 11 mars 2000. Le directeur d?alors, Michel Hardy, avait tiré la sonnette d?alarme sur les pertes à Londres, qui étaient de 0,306 % alors que la «limite acceptable est de 0,2 %».

A entendre les petits planteurs évoquer les millions, le scandale serait immense. Tout comme la compensation versée aux raffineurs locaux pour maintenir les raffineries en état. Selon Heeralall Prayag, le Syndicat des sucres a casqué plus de Rs 150 millions en faveur des raffineurs au cours des neuf dernières récoltes. D?ailleurs, le CFO critique la composition du sous-comité dans sa lettre au président.

En sus du quota destiné à l?Union européenne (au prix de 523,7 euros), Maurice bénéficie d?un Special Preferential Sugar Agreement. Au lieu d?écouler le sucre sur le marché mondial au cours du jour (200 euros), le pays, grâce à cet accord, obtient un prix bien plus rémunérateur (496,8 euros). Profits qui sont distribués parmi les planteurs et les usiniers.

Du coup, le sucre qui devrait être raffiné pour le marché local est exporté vers l?Europe sous cet accord. Et le Syndicat des sucres en importe pour la consommation locale. Et puisque les équipements des raffineurs mauriciens chôment, ces derniers ont demandé et obtenu une compensation additionnelle.

Contre ces accusations de maldonne des planteurs et du CFO ? compensation de Rs 626,80 par tonne contre des recommandations de Rs 230 ? une source proche du Syndicat estime que cela est justifié. «La plus- value réalisée est équitablement distribuée parmi les petits planteurs et les usiniers. Nous avons besoin de ces raffineurs», explique un officiel de l?organisme.

Selon cette même source, les petits planteurs n?assurent que la production de quelque «115 000 tonnes de sucre». Le reste vient des usiniers et de gros producteurs. De fait, souligne-t-elle, il est évident que ces derniers auront une plus belle part des recettes.

A ces facteurs, s?ajoutent d?autres attaques contre la direction même du Syndicat des sucres. Notamment sur des contrats signés avec des organismes locaux, les exercices de promotion, la politique salariale? Tant de zones sur lesquelles la commission anti-corruption (Icac), saisie par les planteurs, cherche des explications. Le CFO suspendu a d?ailleurs consigné une déposition jeudi.

Certains pourraient interpréter le silence du Syndicat des sucres comme un aveu de culpabilité. Tel n?est pas le cas car l?organisme est actif à plusieurs niveaux. D?une part, sur le plan légal, pour chercher un dédommagement auprès des accusateurs. De l?autre, il s?affaire à se lancer dans une vaste campagne d?explications auprès de ses partenaires directs.

«Les petits planteurs estiment que la différence entre le volume exporté de Maurice et la quantité reçue par les raffineurs est trop importante. Ils concluent que le Syndicat se livre à des ?pratiques illégales?.»

«La plus-value réalisée est équitablement distribuée parmi les petits planteurs et les usiniers. Nous avons besoin de ces raffineurs.»

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