Publicité

Le symptôme chikungunya

15 mars 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Eric Ng Ping Cheun</B>

Il n?y a pas encore un effet ?chik?, mais il existe quand même un symptôme chikungunya. En ce bel été pour le tourisme mauricien, la Bourse de Port-Louis a déjà commencé à spéculer sur les retombées, réelles ou minimes, de l?existence du chikungunya chez nous. Il a suffi d?un mot ? épidémie ? pour que les marchés paniquent. Mais heureusement qu?une déclaration rassurante du directeur général de l?Organisation mondiale de la santé est venue calmer la communauté des affaires. L?économie mauricienne, déjà très stressée, aurait bien pu se passer de tels signaux, les uns plus contradictoires que les autres.

Il va sans dire que le ?chik? a tourmenté les esprits des analystes économiques et financiers interrogés dans le cadre du présent baromètre. Les résultats sont symptomatiques du chikungunya, un nom qui dérive de l?attitude du malade et qui signifie en swahili ?marcher courbé?. D?une économie que tous les analystes comparent à une malade, les optimistes disent qu?elle se tient sur ses pieds et continue d?avancer, mais les pessimistes soulignent qu?elle courbe sous le poids de nombreuses difficultés.

À 40 % d?opinions favorables ce mois-ci, l?optimisme progresse encore et se rapproche du pessimisme. La remontée de l?optimisme a commencé depuis décembre dernier. Ce n?est qu?une tendance, les optimistes restant minoritaires en nombre absolu. Autant il n?y a pas lieu de relativiser cette tendance, autant il faut éviter de tirer des conclusions hâtives.

Car cet optimisme est fragile. D?abord, il se porte sur les perspectives économiques et ne tient donc pas compte des problèmes sociaux sous-jacents à l?économie. Ceux-ci commencent à inquiéter des analystes qui, tôt ou tard, intégreront le facteur social dans leur ?risk assessment?. Cela ne constitue pas une invite aux autorités à privilégier le social sur l?économique, mais il importe que l?avancement économique rapporte des dividendes sociaux.

Ensuite, les ?trois chocs économiques? (sucre, textile, prix pétrolier) ont tellement été évoqués dans les forums internationaux qu?ils se sont incrustés dans l?esprit des acteurs locaux. La psychologie d?une nation est parfois plus difficile à gérer que le monde réel de l?économie. La perception précède toujours l?action.

On en fait l?expérience actuellement avec le ?chik?. Comme le souligne un analyste, ?real or perceived, the potential effects of chikungunya on tourism cannot be ruled out?. Les prochains mois donneront une indication de ce qu?il en est en termes d?arrivées touristiques et de taux de remplissage des hôtels. Une chose est sûre : le chikungunya est un virus transmissible qui, s?il touche le secteur touristique, pourra mettre à genoux toute l?économie. Le cas échéant, l?effet multiplicateur du ?chik? sera beaucoup plus dévastateur que le cyclone Diwa qui a causé une baisse de prévision de la production sucrière pour l?année 2006.

Qui dit moins d?exportations sucrières dit moins de devises qui rentrent au pays. Aussi, la période creuse des devises s?approche, l?euro se déprécie, les vendeurs d?euros se font rares, et la demande est toujours là, plus pressante. Et trois opérations se suspendent au marché des devises : le rachat de Courts (Mauritius) Ltd, les emprunts à court terme de la State Trading Corporation pour payer la facture pétrolière, et la décision du Central Electricity Board d?annuler ses prêts en devises pour emprunter en roupies.

Les pressions sur la roupie continuent donc sans faiblir. Les anticipations inflationnistes restent fortes mais deviennent, paradoxalement, moins intenses, selon les résultats du baromètre. Au demeurant, le taux d?inflation en rythme annuel, qui était passé à 5 % en janvier, est retombé en février à son niveau de décembre dernier, soit à 4,9 %. Un analyste, expert-comptable, commente ce taux officiel en des termes sévères : ?I begin to lose faith in this number. Petrol bill has shot up and all local cost drivers are blowing through the roof. Price increases have blown holes in my pocket...?

Inflation ou pas, la Bourse de Port-Louis maintient son ascension. Mais on sait que les prix grimpent sur de très petits volumes. Ainsi de ce ?blue chip? sur lequel il y avait au début d?une séance un échange de 200 000 titres, mais qui a clôturé à Rs 2.50 plus cher sur une transaction de 100 titres juste avant la fin de la séance. Que font les autorités responsables de la surveillance du marché ?

D?autre part, ce n?est pas le rôle de la Stock Exchange of Mauritius (SEM), qui est un régulateur, de dire si telle valeur est sous-évaluée ou surévaluée et de faire connaître les ?Top Performers?. Pareilles prises de position sont susceptibles d?influencer le marché. La fonction essentielle de la SEM est d?organiser au mieux le marché boursier : qu?elle travaille à rendre le marché plus liquide et plus transparent, qu?elle augmente le pourcentage maximum d?actions émises pour le public, qu?elle encourage davantage de compagnies à venir en Bourse et qu?elle sanctionne les compagnies cotées qui ne respectent pas la règle de ?timely disclosure of all relevant information?. Ainsi, les agents de change souhaitent que la SEM assure un service qui soit à la hauteur des 0,25 % de commission qu?elle prélève sur toutes les transactions.

La hausse continue du Semdex ne prouve en rien que notre économie va bien. En revanche, le redressement de l?industrie textile, la transformation de l?industrie de la pêche, la bonne santé du tourisme, la relance de l?activité immobilière, les 7 % de croissance dans le secteur financier et la forte expansion des services professionnels sont autant de signes palpables que l?économie ne se porte pas si mal après tout. On ne s?en convainc pas sans doute par manque de mesures qui frappent les esprits. C?est ce vide que doit combler le prochain budget Sithanen. Car, si son devancier n?a pas su ?redresser? l?économie, le présent gouvernement doit tout faire pour qu?elle cesse de ?marcher courbée?.

Publicité