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Le sphinx, le guépard et l?aigle?

20 avril 2008, 00:00

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La stratégie se déroule à deux niveaux, les Mauriciens ne doivent pas se laisser mystifier. À la surface, les principaux partis politiques, en campagne de mobilisation pour les meetings du 1er Mai, sont dans un discours de détestation réciproque et de rejet mutuel. Au fond, tous, Parti travailliste, MMM et MSM, sont déjà dans la logique de l?inévitable reconfiguration qui mènera deux d?entre eux à s?allier contre le troisième.

C?est parce qu?il le sait, parce qu?il sait que rien n?est encore joué, que le MMM a laissé ses encombrantes béquilles au vestiaire. Les électeurs, eux, ont bien raison de rester sur leurs gardes et de refuser d?affirmer, à ce stade, une préférence partisane qu?ils pourraient devoir diluer ou peut-être même renier, quand les chefs de parti auront conclu leurs marchandages. Une juste intelligence des man?uvres en cours devrait éviter des déceptions pathétiques aux électeurs, et d?inutiles tensions au pays.

Pour bien comprendre ce qui est en jeu, il faut connaître les ambitions des chefs politiques et déterminer ensuite dans quelle mesure elles correspondent à leurs forces et à leurs moyens. L?enjeu, c?est le pouvoir. Le conserver ou le conquérir. De préférence seul ; si nécessaire, le partager, mais le moins possible. Ici, le pouvoir est conçu comme un exercice personnel et comme une récompense que l?on s?attribue. Le style des hommes varie, mais leur relation jouissive avec ce pouvoir est la même : Ramgoolam est un sphinx méfiant, calculateur et méprisant ; Bérenger est un guépard agité, cynique et dominateur. Jugnauth junior, est un aigle tapi, patient et arrogant. Les autres, comme le dit parfois Bérenger, sont « insignifiants ». Tous aspirent ardemment au pouvoir. Ramgoolam et Jugnauth comme de droit divin. Bérenger, le mal né, peut se contenter de l?exercer par procuration, à condition que cela se voie et se sache.

Pour la prochaine joute, c?est Ramgoolam qui possède le plus d?atouts, même s?il est affaibli sur le plan électoral. Sa principale force réside dans une espèce de légitimité mythique et dynastique que ses adversaires semblent prêts à lui concéder. Cette position gravitationnelle lui permet de rester le maître du jeu et d?entretenir avec ses opposants un rapport ambivalent et apaisé qui lui autorise toutes les options. Il est plus que probable que c?est lui qui déterminera la configuration de la prochaine alliance électorale. Je reste persuadé qu?en dépit de toutes les dénégations publiques, Bérenger et Jugnauth sont des partenaires potentiels, extrêmement bien disposés à l?égard de Ramgoolam. Et réciproquement !

Que fera-t-il ? Il fera ce qui lui semblera pouvoir servir son ambition première, qui est de revenir au pouvoir, sans donner le sentiment d?un quelconque reniement. Mais s?il faut aussi se renier pour se maintenir au pouvoir, je crois la bête politique prête à tous les accommodements. Ce qui est une autre manière de dire que dans l?idéal, son premier choix est le MSM, qui le met davantage à l?aise, lui et son électorat, qui sauvegarde la cohérence de sa stratégie et de son discours politiques. Mais il n?a pas encore exclu Bérenger, même s?il redoute une cohabitation explosive.

À écouter le très véhément leader du MMM ces jours-ci dans les meetings publics, ses partisans auraient du mal à l?imaginer demain à la droite de Ramgoolam. Mais je ne sais s?ils l?imaginent vraiment à la gauche de Dulloo ou de Lutchmeenaraidoo. Je ne crois absolument pas à ce scénario. Je postule que si Bérenger a renoncé à jouer lui-même le premier rôle - ce qui est le cas -, le plus légitime, le plus digne souverain demeure à ses yeux son « ami Navin ». Il serait capable de lui trouver d?incommensurables vertus si seulement le leader des travaillistes voulait se défaire de quelques-uns d?entre eux, de ce « bouffon » de Jeetah, de cet « imbécile » de Gokhool? Peut-être pas, quand même, de ce « crétin » de Sithanen, qui est pour lui un allié objectif.

C?est uniquement parce qu?il a des doutes sur les intentions définitives de Ramgoolam que Bérenger est bien obligé de considérer toutes les autres options. En toute justice, il faut reconnaître que cette préférence pour le Parti travailliste n?est pas le fait du seul Bérenger. Beaucoup de ses lieutenants proches sont dans le même état d?esprit. Il est facile de les reconnaître : plus ils flagornent en coulisses, plus ils discourent au vitriol dans les meetings?

Puisque Ramgoolam restera insaisissable jusqu?au bout, Bérenger travaille sa deuxième option. Et là encore, contrairement à ce qui se dit sur les estrades publiques, au MMM, quelques nostalgiques gardent le secret espoir que le leader du MSM se laissera finalement amadouer et acceptera une nouvelle formule de partage du pouvoir avec Bérenger. À première vue, l?affaire paraît jouable et Pravind Jugnauth peut y trouver son compte.

Mais c?est oublier ce qui pèse lourd en politique : l?amour-propre et l?orgueil. Le MSM est né d?une blessure d?orgueil. Le père Jugnauth a pris sa revanche d?une humiliation politique et d?une blessure d?amour-propre. Et voilà que le fils est victime d?une tentative d?humiliation de même nature, au prix, cette fois, de l?implosion d?une famille. Pravind n?a pas oublié, les gardiens du temple n?ont pas pardonné. Bérenger risque de payer très cher cette man?uvre irréfléchie. Le guépard court vite et ses griffes ne sont pas rétractiles?

Il n?est question ici que de ce qui convient aux hommes, de leurs ambitions, de leurs motivations. Il n?est question dans les meetings que de guerre des places et de récriminations plus ou moins démagogiques. Il faudra peut-être, après les vociférations du 1er Mai, revenir quand même à l?essentiel : quelle alliance pour quel programme ?

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