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?Le SIT a réussi une démocratisation harmonieuse?

27 janvier 2005, 00:00

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● Le Sugar Investment Trust (SIT) vient de célébrer ses dix ans. Quelles sont ses principales réalisations et les difficultés majeures connues durant son parcours ?

? Le SIT a été créé par une loi votée au Parlement en 1994, à la suite d?un accord entre le gouvernement de l?époque et les producteurs sucriers. Cet arrangement impliquait, entre autres, l?élimination de la taxe de sortie qui représentait un lourd fardeau financier sur l?industrie sucrière.

En contre-partie de ces avantages, les producteurs avaient accepté de céder 20 % de l?actionnariat des sociétés usinières au SIT. Nous avions aussi obtenu deux sièges sur les conseils d?administration de ces entreprises pour un représentant des petits planteurs et un représentant des travailleurs.

Nous avons connu un début très difficile. L?industrie sucrière a fonctionné pendant des décennies, sinon des siècles, dans un climat de préjudice et de méfiance parmi les différents partenaires sociaux. On a émis des actions destinées à 75 000 personnes, soit tous les employés de l?industrie et tous les petits planteurs. L?achat d?actions était financé à moitié par une subvention et à moitié par un prêt. La personne n?avait rien à débourser au moment de devenir actionnaire.

Malgré toute cette flexibilité, nous avons dû repousser la date de clôture de l?émission à trois reprises. On a dû faire du porte-à-porte pour convaincre les gens. Ils ne croyaient pas dans le projet. Nous avons finalement pu démarrer avec 39 000 actionnaires.

● A partir de quel moment avez- vous sérieusement songé à diversifier votre portefeuille ?

? On s?est dit qu?avec 39 000 actionnaires on pouvait bâtir quelque chose de grand. En 1997, nous avons effectué nos premiers investissements dans la production de l?énergie à partir de la bagasse. Pour cela, nous avons dû rechercher des fonds additionnels auprès de nos actionnaires. Là aussi nous avons rencontré des difficultés. L?émission a été souscrite à moitié seulement. Nous avons donc dû réduire l?envergure de notre projet et adopter une politique de dividendes prudente. Nos investissements dans l?énergie ont été financés en partie par des capitaux frais et en partie par des bénéfices non distribués.

Nous avons ensuite créé le parc nautique de Belle-Mare qui est opérationnel depuis décembre 2000. En 2001, il y a eu le fameux deal Illovo qui a considérablement changé la donne.

● Le projet de Belle-Mare a fait l?objet de nombreuses critiques à cause de sa performance commerciale et financière peu convaincante?

? Nous nous étions basés sur des hypothèses avant de concrétiser cette initiative. L?étude de marché que nous avions entreprise montrait clairement qu?il existait une lacune en matière de loisirs à Maurice. Il est vrai que nous n?avons pas pu obtenir le succès escompté. Nos prévisions par rapport au marché touristique ne se sont pas matérialisées. Nous avions visé un objectif de 66000 touristes par an. Nous nous sommes retrouvés avec moins de 10000 visiteurs étrangers en moyenne annuellement.

A ce jour, quelque 673 000 personnes ont visité le parc. Environ 590000 sont des Mauriciens. Même si, au niveau commercial et financier, le site n?a pas atteint les buts fixés, il a beaucoup contribué à démocratiser les loisirs dans le pays.

● Qu?envisagez-vous pour engranger des bénéfices ?

? Nous avons fermé le centre l?année dernière pour rénovation. Nous avons appliqué un plan d?économies qui nous permet cette année d?atteindre le seuil de rentabilité en termes de cashflow. Nous nous sentons mieux aujourd?hui. Cela nous permet d?envisager avec plus de sérénité des projets de développement à Belle-Mare.

Nous comptons construire un village de vacances, un hôtel et des espaces de loisirs et de shopping sur les terres avoisinant le site actuel. La création d?un centre nautique est au programme. Tout sera entièrement réalisé par le SIT seul, à l?exception du complexe hôtelier qui bénéficiera de l?apport d?un partenaire stratégique. Tout cela fait partie d?un plan de re-engineering qui devrait aider notre filiale de loisirs à devenir rentable.

● Quel aura été l?impact du ?deal Illovo? sur l?orientation stratégique du SIT ?

? Le deal Illovo a eu une incidence inimaginable sur le plan financier, stratégique et celui de la démocratisation économique. Le SIT est devenu le plus gros actionnaire du consortium BBHM Holdings, qui a repris le package d?Illovo, avec 35 % de l?actionnariat. Nous avions emprunté Rs 175 millions pour effectuer cet investissement. Grâce aux dividendes qu?il a rapportés, nous avons pu rembourser la totalité de l?emprunt.

Le SIT a fait l?acquisition de 7000 arpents de terres agricoles dans le cadre de ce deal. Cela a fait partie d?un vaste programme de démocratisation de l?accès à la propriété foncière. Nous avons déjà mis sur le marché trois morcellements agricoles et deux morcellements résidentiels, avec beaucoup de succès.

Nous avons pu mener une démocratisation de l?économie dans l?harmonie. Nous n?avons jamais pris les richesses des uns pour les redistribuer aux autres. Nous avons distribué la richesse que nous avons nous-mêmes créée.

● Comment comptez-vous réduire vos activités dans l?industrie sucrière, en déclin ?

? Nous avons entrepris une réflexion stratégique à ce sujet. Nous sommes confiants que les mesures que nous avons prises nous permettront de faire face aux défis. En 1994, lors de notre création, nous étions à 100% dans l?activité usinière. Aujourd?hui, la fabrication du sucre ne représente que 11 % de notre portefeuille.

Nous sommes toutefois conscients que nous allons subir de manière négative les changements annoncés sur le marché du sucre.

● Une impression prédomine que les stratégies du SIT émanent plutôt du cabinet que de votre conseil d?administration ?

? Il existe effectivement une grosse perception selon laquelle le SIT serait un organisme parapublic, géré selon les directives du gouvernement. Cette impression est complètement inappropriée. Nous avons toujours fonctionné de manière indépendante. Notre conseil d?administration comprend, d?ailleurs, six représentants d?employés et de planteurs sur un total de neuf membres. On ne peut parler de mainmise du gouvernement dans ces conditions. Le recrutement du personnel se fait de manière transparente. Il n?y a jamais eu d?ingérence politique dans les affaires du SIT.

Cela dit, nous avons le soutient du gouvernement, dans la mesure où nous avons 55 000 actionnaires. Il nous aide beaucoup et facilite notre tâche dans diverses opérations. Il est pour nous un partenaire privilégié tout comme le sont les autres partenaires, dont nos actionnaires.

● Le SIT court le danger d?être récupéré de manière partisane d?ici les prochaines élections. Comment pensez-vous prévenir ces dérives ?

? Le SIT est une société de grande envergure, et nous nous efforçons de maintenir une image aussi apolitique que possible. Nous ne nous associons à aucune manifestation religieuse non plus.

Propos recueillis par Akilesh ROOPUN

Nous avons connu un début très difficile. L?industrie sucrière a fonctionné pendant des décennies, sinon des siècles, dans un climat de préjudice et de méfiance parmi les différents partenaires sociaux.

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