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Le sida, au-delà du pathétisme

11 juillet 2004, 20:00

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A quelque douze heures de la cérémonie d?ouverture de la 15e conférence mondiale (NdlR : hier) sur le VIH/Sida, l?Impact and Exhibition Centre de Bangkok où doit se tenir le sommet, ressemblait encore à un vaste chantier. Si le hall principal devant accueillir les séances plénières est fin prêt ? le métal chromé des chaises bleues luit sous les spots alors que les diapositives défilent à toute allure sur l?écran géant installé à côté du podium ? les travaux d?aménagement dans d?autres salles sont encore en cours. Les ouvriers mettent la dernière main aux stands, rabotant des poutres de bois par-ci, emboîtant des partitions par là, collant des morceaux de moquette, fignolant ça et là des installations électriques.

Le hall d?accueil impressionne : outre le nombre de visiteurs qui s?y pressent, notamment pour l?accréditation, il abrite des mini expositions alliant l?esthétisme et le pathétisme. Il y a d?abord les ?uvres de la Brésilienne Adriana Bertini, des tenues exhibées par des mannequins étêtés. La présence de robes, de tailleurs et de tenues de soirée au beau milieu du hall, peut à première vue paraître incongrue, surtout à l?occasion d?un sommet sur le sida. Mais en y regardant de plus près, l?on découvre que le frou-frou des robes jaillit du latex des? préservatifs : une longue robe bustier à effet de frou-frous de teinte orange et grenat, réalisée à partir de 83 120 préservatifs ou encore un bustier assorti d?un pantalon en latex marine avec des franges du même ton a nécessité plus de 7 720 préservatifs? ou encore ce tailleur veste et jupe safran ayant absorbé autant de ces petites morceaux de latex. Toutes ces créations font partie de la campagne Dress Up for Aids.

Adriana Bertini est une artiste qui a longtemps travaillé comme volontaire auprès de la GAPA, organisation brésilienne s?occupant d?enfants vivant avec le VIH/Sida. A la fin de chaque journée, elle recevait une boîte de préservatifs qu?elle devait distribuer à son entourage. Voulant apporter une contribution plus concrète aux personnes séropositives, en 1985, Adriana Bertini a l?idée de réaliser des t-shirts sur mesure à partir de préservatifs. Ainsi, au cours de la Journée mondiale sur le Sida, elle expose ses premières créations à Florianapolis au cours d?une exposition intitulée Espaso Mix. Là, son talent explose au grand jour. Depuis, elle n?a pas cessé de créer, transformant des préservatifs en art fonctionnel, exposant ses travaux notamment au Hilton de Sao Paulo.

Adriana Bertini poursuit en parallèle son militantisme sur le terrain, sensibilisant notamment les tribus indiennes aux méfaits du virus, apportant son soutien aux institutions s?occupant de séropositifs. En 2002, la Brésilienne est présente à la 14e conférence sur le VIH/Sida à Barcelone et expose pour l?occasion des figurines inspirées de Marilyn Monroe, Rita Hayworth ou Audrey Hepburn. Une de celles-ci, vendue aux enchères, a rapporté 14 500 euros, soit Rs 464 000. Les créations actuelles d?Adriana Bertini qui peuvent s?acheter à 500 US$ l?unité, sont le fruit d?une dizaine d?années de recherches. Les techniques utilisées par cette artiste vont du collage à la couture, en passant par la teinture.

L?exposition de photographies attenante laisse un sentiment mitigé au visiteur. On frémit devant les visages et les corps amaigris d?adolescents séropositifs mais on ne peut s?empêcher de répondre au sourire édenté d?un aborigène qui s?est laissé épingler par le photographe. L?on flirte avec le tragique en examinant des autoportraits grandeur nature réalisés en carton pâte par 30 enfants cambodgiens séropositifs. Des travaux parrainés par l?Unesco et l?Unicef, financés par l?Onusida, et exécutés sous la supervision d?artistes et d?un anthropologue. Outre la délicatesse de l?exécution, ce qui frappe avant tout dans ces portraits de personnes aux bras écartés, c?est la tristesse manifeste sur les visages. Les sourires ont disparu pour faire place à des rictus?

Un patchwork composé de différentes toiles en tissu avec appliques aux couleurs multicolores, individuellement exécutées par des enfants et adultes atteints du VIH/Sida qui sont morts aujourd?hui, frappe également. Sur l?immense patchwork, on peut lire des messages poignants : ?Take care of my kids and my mom?, signé Nick, ?People with HIV/Aids felt empty, insane on bed?, ?uvre de Carol, ?Don?t ignore people living with Aids?, est le message de Magda. Pire : ?No one should die alone? ou encore ?Hurts inside, discrimination outside, peace in death!?

Malgré ces notes de tristesse, le thème choisi pour cette conférence est porteur d?espoir puisqu?il est celui de l?accès aux traitements pour tous. Une intention qui doit être désormais traduite dans les faits?

<I>Loga Virahsawmy, Marie-Annick Savripène

(De Bangkok)</I>

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