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Questions à…

Olivier Barbe : «La réforme de la pension constitue une rupture du contrat social»

22 juillet 2026, 17:30

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Olivier Barbe : «La réforme de la pension constitue une rupture du contrat social»

Olivier Barbe, porte-parole du PMSD. © Vashish Sookrah

Réforme de la pension, coût de la vie, sécurité, relance économique et avenir des jeunes : autant de dossiers qui alimentent le débat public depuis la présentation du dernier Budget. Alors que le gouvernement défend ses choix au nom de la nécessité économique, l’opposition exprime de fortes réserves sur la méthode et les priorités retenues. Dans cet entretien, Olivier Barbe, porte-parole du Parti mauricien socialdémocrate (PMSD), livre son analyse du Budget, critique les orientations de l’Alliance du changement et présente les alternatives que son parti aurait souhaité défendre, notamment sur le pouvoir d’achat, l’emploi et la modernisation de l’économie.

La réforme des pensions continue de susciter une vive contestation et plusieurs syndicats sont descendus dans la rue le 11 juillet lors d’une manifestation pacifique. Selon vous, le gouvernement aurait-il dû privilégier davantage le dialogue avant d’engager une réforme aussi sensible ?

La réforme des pensions constitue, selon moi, une rupture du contrat social et un recul de l’Étatprovidence. C’est également une forme de reniement par rapport aux engagements pris pendant la campagne électorale. L’Alliance du changement avait promis une pension de Rs 21 000 et, après son arrivée au pouvoir, elle a fait le choix d’une réforme qui va dans une autre direction.

Une réforme aussi sensible ne pouvait pas être menée sans un véritable dialogue avec les syndicats et les différentes composantes de la société civile. Le gouvernement aurait dû prendre le temps de consulter et d’expliquer ses choix. Je ne reconnais plus aujourd’hui la ligne défendue par le Parti travailliste et par Navin Ramgoolam. Pour un gouvernement historiquement attaché au Welfare State, cette décision marque un changement profond.

Dire maintenant que la Basic Retirement Pension n’est plus soutenable en s’appuyant sur les recommandations du Fonds monétaire international pose également question. Ces recommandations étaient connues avant les élections, alors même que l’Alliance du changement avait pris des engagements en faveur des retraités. Cette situation a créé une rupture de confiance entre une partie de la population et le gouvernement. Or, sur un dossier aussi fondamental que la pension, cette confiance est essentielle pour préserver la stabilité sociale du pays.

Le gouvernement consacre plusieurs milliards de roupies au renforcement des capacités de la police, à l’acquisition d’équipements et à la création d’une «National Crime Agency». Dans un contexte budgétaire présenté comme difficile, estimezvous que ces priorités sont justifiées ou que d’autres secteurs auraient dû être privilégiés ?

La sécurité publique et le maintien de l’ordre sont des priorités essentielles dans une société. Toutefois, les ressources allouées doivent être utilisées de manière stratégique et répondre aux véritables besoins du terrain. Le Budget prévoit des investissements dans les infrastructures et capacités de la police, mais nous regrettons qu’il n’y ait pas eu davantage d’accent mis sur les équipements individuels des policiers, comme le préconise le PMSD. Les forces de l’ordre doivent disposer d’outils modernes et adaptés pour assurer efficacement leur mission et garantir leur propre sécurité. Des équipements tels que la body cam, le gaz poivré ou encore le taser pour certaines unités peuvent constituer des moyens importants dans l’exercice de leurs fonctions.

Nous constatons également une baisse relative des allocations aux équipements et une diminution des effectifs policiers. Le manque de personnel est aussi lié aux conditions de travail auxquelles les policiers sont confrontés au quotidien. Concernant la création de la National Crime Agency, il faut rappeler qu’une institution ne peut être efficace que si ses officiers disposent d’une formation adéquate et des moyens nécessaires. Sans cela, on risque de créer une structure avec des responsabilités importantes, mais sans réelle capacité opérationnelle. Nous regrettons d’ailleurs que le Budget ne fasse pas suffisamment référence à la formation continue de la force policière. Pendant ce temps, les défis liés au law and order continuent de s’intensifier. Des recommandations avaient déjà été formulées en ce sens par Xavier-Luc Duval en 2016 quand il était Premier ministre adjoint.

Le ministre des Finances affirme que ce Budget protégera le pouvoir d’achat grâce à différentes mesures sociales. Pourtant, de nombreux Mauriciens disent craindre une hausse du coût de la vie dans les prochains mois. Partagez-vous cette inquiétude ?

Je partage pleinement l’inquiétude exprimée par de nombreux Mauriciens. À mon avis, ce Budget ne prévoit pas suffisamment de mesures concrètes pour répondre à la hausse du coût de la vie qui affecte les ménages. Le gouvernement évoque des mesures sociales, mais il faut aussi regarder celles qui ont été retirées ou qui ne répondent plus aux réalités du terrain, notamment pour les personnes les plus vulnérables.

Le PMSD avait proposé plusieurs pistes, notamment l’importation parallèle afin de favoriser la concurrence et limiter certaines situations de monopole. Nous avions également proposé de relever le seuil du chiffre d’affaires imposable à la taxe sur la valeur ajoutée pour les Petites et moyennes entreprises (PME) à Rs 9 millions, une mesure qui aurait pu soutenir l’activité économique, favoriser la création d’emplois et avoir un impact positif sur les prix. Une meilleure croissance économique donnerait aussi davantage de moyens à l’État pour accompagner la population face à l’augmentation du coût de la vie.

Si le PMSD avait participé à l’élaboration de ce Budget, quelles auraient été les trois mesures prioritaires que vous auriez défendues pour relancer l’économie tout en préservant le pouvoir d’achat des Mauriciens ?

Dans le contexte actuel, notre priorité aurait été de restaurer la confiance, qui est un élément essentiel pour relancer l’économie. Il faut créer un environnement stable, aussi bien pour les Mauriciens que pour les investisseurs étrangers. Les vacances prolongées à certains postes stratégiques au sein des institutions et les départs enregistrés dans plusieurs organismes publics envoient des signaux qui ne favorisent pas cette confiance. Il faut sortir de cette situation de go-slow qui pénalise l’économie.

Le deuxième axe aurait concerné le tourisme, qui demeure un pilier majeur de notre économie. La performance de ce secteur ne se mesure pas uniquement au nombre d’arrivées, mais aussi aux dépenses effectuées par les visiteurs dans le pays. Pour cela, il faut impérativement améliorer la sécurité, l’environnement et la salubrité afin que Maurice reste une destination attractive et que les touristes aient envie de découvrir davantage notre pays. Enfin, nous aurions accordé une attention particulière aux PME, qui jouent un rôle essentiel dans la création d’emplois et de richesse. Il faut mieux les accompagner, notamment à travers des mesures fiscales adaptées et un encadrement renforcé.

Au-delà de ces priorités, notre vision repose sur la formation continue, la transition technologique, l’innovation, une croissance durable basée sur la productivité et la méritocratie, tout en poursuivant un objectif de justice sociale. Nous aurions également engagé une lutte ferme contre le gaspillage des fonds publics, qui reste un véritable problème pour les finances de l’État.

Le Budget mise fortement sur l’intelligence artificielle (IA), les start-up et la formation. Ces investissements sont-ils suffisants pour offrir de réelles perspectives aux jeunes Mauriciens et à la classe moyenne ou manque-t-il une vision plus globale pour créer des emplois durables ?

Sur ce dossier, le gouvernement manque de cohérence dans son approche. On parle beaucoup d’intelligence artificielle, alors que plusieurs secteurs essentiels, notamment la fonction publique et la santé, n’ont pas encore achevé leur transformation numérique. Avant de développer l’IA, il faut d’abord réussir la digitalisation de base. Concernant les perspectives offertes aux jeunes, il faut une vision plus globale. Le pays fait face à un exode de compétences, mais les réponses apportées ne semblent pas s’attaquer au cœur du problème. Il faut créer un environnement favorable à l’emploi, à l’innovation et à la rétention des talents mauriciens.

Quel message souhaitez-vous adresser aux Mauriciens qui s’inquiètent de leur avenir, de leur retraite, du coût de la vie et de la situation économique du pays ?

Je ressens une réelle inquiétude chez de nombreux Mauriciens depuis la présentation du dernier Budget, notamment après certaines déclarations qui ont pu donner le sentiment que les préoccupations de la population n’étaient pas suffisamment prises en considération. La réforme des pensions a créé des interrogations, et certains citoyens se demandent désormais quelles garanties existent concernant d’autres acquis sociaux comme le transport gratuit, l’éducation ou encore la santé.

Mais il ne faut pas perdre espoir. Les Mauriciens doivent continuer à faire entendre leur voix à travers les moyens démocratiques dont ils disposent. Le PMSD restera mobilisé pour défendre leurs intérêts et porter leurs préoccupations. Les interventions de notre député Adrien Duval à l’Assemblée nationale illustrent cet engagement constant.

L’argument de l’héritage du passé peut-il encore justifier les sacrifices demandés aux Mauriciens, ou le gouvernement doit-il être jugé sur ses propres choix ?

Les Mauriciens ont aujourd’hui le sentiment d’avoir suffisamment entendu l’argument de «l’héritage de l’ancien régime» et de la situation financière laissée par le gouvernement passé. Cet argument ne peut pas, à lui seul, justifier indéfiniment les décisions difficiles imposées à la population. Le gouvernement avait présenté une équipe capable de redresser le pays. Après près de 20 mois au pouvoir, il doit désormais être jugé sur ses propres choix, ses résultats et sa capacité à répondre aux attentes des citoyens. Il doit assumer ses responsabilités face aux décisions prises et aux difficultés rencontrées.

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