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Le service dans la peau
Pas commode d?aller au restaurant avec lui. Qu?il soit en famille ou entre amis, tout est observé. La façon de prendre la commande, la rapidité du service. Discrètement, il pose sa fourchette pour diriger le serveur vers ce client là-bas au fond, qui lui fait signe. ?A l?époque où j?étais directeur d?hôtel, c?était un gros problème, maintenant, il y a des réflexes qui restent?.
Il est comme ça Claude Narain. Il ne peut pas s?en empêcher. Comment le pourrait-il, après toute une vie dans l?hôtellerie ? A grimper tout en haut de l?échelle, lui qui a commencé en faisant la plonge à la cuisine de Le Chaland. Une riche carrière où vient s?ajouter la casquette de président du conseil d?administration de l?école hôtelière SGD. Un fauteuil où Claude Narain s?est installé la semaine dernière.
Mais il est encore tôt. Il préfère prendre ses fonctions avant de parler de ses priorités. Quand on lui demande si c?est un couronnement, il joue sur deux tableaux. Oui et non. ?C?est la première fois que l?école hôtelière aura un président qui vient de l?hôtellerie. C?est sûr que l?attente sera plus grande?.
Claude Narain attend avec impatience de fêter les dix ans de la Constance Academy, l?année prochaine. Ecole de formation où, insiste-t-il, ?la partie théorique et pratique est exactement comme à l?école hôtelière?. Une décennie qu?il est à la tête de cette institution. Dix ans qu?il a eu cette ? promotion surprise? alors qu?il était directeur général du Belle Mare Plage Resort.
Claude Narain a une mémoire bien entretenue. Il n?a pas oublié les sourcils qui se sont haussés quand il a accepté de diriger la Constance Academy. ?On disait que c?était une voie de garage. Les gens ne comprenaient pas trop. La reconnaissance est arrivée. L?académie est maintenant reconnue comme un lieu d?excellence. Je ne regrette pas?.
Face aux ondes négatives, Claude Narain a depuis longtemps levé son bouclier. Lui, sait d?où il vient (Cité-La-Chaux à Mahébourg) et où il va. Se souvient de ce qu?on disait quand il a arrêté l?école en Form IV au collège Verity à Mahébourg ? aujourd?hui disparu ? pour être apprenti maçon. Orphelin de père, avec une mère vivant de sa pension, il avait besoin de financer son senior private.
Nous sommes en 1964. Les temps sont durs. En attendant les résultats, il fait la plonge. ?On disait à ma mère, tu as envoyé ton fils à l?école et maintenant tu vas l?envoyer laver les assiettes?. De ces remarques, Claude Narain a enfoui les intimes blessures. ?Mais que voulez-vous ? Il fallait que l?on mange. Cela m?a donné la rage de réussir?.
Dans ces années pré-indépendance, ?on a trois options : instituteur, policier ou infirmier. Moi je voulais être prof?. Ses yeux pétillent. ?On peut dire que la boucle est bouclée avec l?académie?. Cela c?est avec le recul. A l?époque, Claude Narain sort de la cuisine pour devenir serveur, puis sommelier, puis réceptionniste. En 1968, il postule pour devenir policier. ?Parce que les parents disaient que c?était la sécurité, la retraite assurée?.
Le jeune homme, tiraillé, demande l?avis de son directeur. ?Je lui ai dit : je suis réceptionniste depuis deux mois et je dois entrer à la Training School dans un mois?. Claude Narain se souvient encore de la réponse. ?Il m?a dit : je ne peux pas te dire que tu deviendras directeur d?hôtel, fais pour le mieux?. Pour contenter la famille, il démissionne. Quatre mois au poste de police de Curepipe suffiront pour qu?il comprenne qu?il n?est pas fait pour l?uniforme.
?Je suis redevenu réceptionniste en me disant que j?allais y faire carrière. A l?époque ce n?était pas évident. Il n?y avait pas beaucoup d?hôtels, on s?en méfiait?. Persévérance payante. Trois ans plus tard, en 1971, Claude Narain bénéficie d?une bourse de trois ans pour un cours de hotel management à Wiesbaden, en Allemagne. Son diplôme en poche ? et la maîtrise de l?allemand en prime ? Claude Narain intègre le groupe Beachcomber et devient directeur d?hébergement à Trou-aux-Biches. ?En- suite, j?ai bougé tous les quatre ans?.
On disait que c?était une voie de garage? La reconnaissance est arrivée. La ?Constance Academy? est maintenant un lieu d?excellence.?
De mémoire, il déroule son impressionnant CV. Autour, tout est calme, luxe et fonction- nalité. Pas de photos de famille. Rien qui rappelle ses deux fils, eux aussi dans l?hôtellerie. John, l?aîné qui est Villa Manager au Belle Mare Plage Resort et Erik, qui revient de Londres avec un diplôme de hotel management en poche (?sa spécialité, c?est le bar?). Un cadet, qui en plus, est actuellement en stage à la Constance Academy.
?D?abord c?était, on ne va pas faire comme toi papa?. Claude Narain sourit quand il raconte, avec fierté, le cheminement de sa progéniture. ?Ils ont grandi dans les hôtels, ils s?y sentent à l?aise, un peu comme chez eux?. Avant de confier dans un souffle : ?il y a certains de mes petits-enfants aussi qui s?intéressent à cette filière?.
Ouvert devant lui, un cahier (l?agenda est fermé, posé tout à côté), où il note tout. ?Je suis un maniaque de l?ordre et du rangement?. Tout est à sa place dans son bureau parfumé au thé vert et au bois de santal. Cadre approprié pour passer en revue une vie aux parfums du succès.
Après Trou-aux-Biches, Claude Narain devient directeur de restaurant au Morne, retourne à Trou-aux-Biches comme directeur adjoint. Nous voilà en 1982. Nouvelle bourse en management, à Rome cette fois. Au retour, le boursier est posté au Paradis Brabant. Où il devient directeur d?hôtel. Les années passent. En 1991, Claude Narain quitte Beachcomber pour le groupe Constance et devient directeur général du Belle Mare Plage Resort. Lui n?a pas changé. Sa motto, c?est toujours : ?avancer?.
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