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Le sacrifice qui mène à Dieu
Le Thaipoosam Cavadee, c?est dix jours de jeûne qui culminent avec le jour du recueillement et de rupture de jeûne. Le premier jour, les fidèles débutent les célébrations avec le rituel de la levée du pavillon sur le kodi (le poteau) près du temple. Le drapeau porte les dessins du vel ou saktivel, soit la lance qui tua Idumban, et un paon ou un coq. «Le saktivel nous inspire à combattre notre ignorance et à développer notre sagesse. Lorsque notre sens de discernement est bien éveillé, nous observons tout ce qui se passe autour de nous avec un esprit positif et compréhensif. La forme du saktivel nous indique que le développement humain et nos progrès spirituels doivent être larges, profonds et stimulants», explique Retnon Velvindron, travailleur social très actif au sein du kovil de la région de Port-Louis.
Ainsi commence le jeûne mais aussi la soumission à des rituels précis comme les purifications régulières, l?attache du cordon safrané au poignet des fidèles ou encore le lever du drapeau? Il existe en fait plusieurs célébrations de la fête mais celle qui est la plus populaire est le Thaipoosam Cavadee, célébré en janvier ou en février, en pleine lune de thai. C?est un jour particulier pour les Tamouls à travers le monde et à Maurice. Il marque la fin des dix jours de jeûne mais surtout cette période pendant laquelle les fidèles purifient leurs corps et leurs âmes. L?abstinence et les prières animent leur quotidien.
Ceux qui veulent porter le cavadee se soumettent à un régime de vie basé sur le recueillement continu. Ils se préparent spirituellement et physiquement. Le bracelet qu?ils portent au poignet est synonyme de leur engagement. Les dévots se rendent quotidiennement au temple pour des prières et déposent des offrandes, des noix de coco, des fruits, du lait...
Au-delà du rituel, il y a la philosophie intrinsèque qui habite le Thaipoosam Cavadee. «Nos sages nous disent que le seigneur Muruga (et aussi Ganesha) est une émanation ou une extension bénie et mystique de Sivaperuman ou Siva-Sakti? Tout comme Siva-Sakti, les seigneurs Ganesha et Muruga ne prennent pas de corps physique. Ils existent toujours dans leurs corps de lumières resplendissantes? Le seigneur Muruga inspire et soutient nos satgurus dans leurs nobles missions? C?est pourquoi nous le considérons comme le Satguru primordial ou le Guru des gurus? La célébration du Cavadee est une occasion sacrée où les fidèles à travers le monde réaffirment leur foi, leur amour et leur confiance absolue dans le seigneur Muruga. C?est une occasion spéciale où, disent nos rishis, il projette ses saktis ou énergies spirituelles en abondance sur toute l?humanité», fait ressortir Retnon Velvindron.
Se purifier l?âme
Le Thaipoosam Cavadee est l?occasion pour les fidèles tamouls de se débarrasser des karmas négatifs et d?entreprendre la purification de leurs âmes. Le jeûne tend en ce sens. «Nous cherchons à bien contrôler nos pensées, nos paroles et nos actions pour pouvoir accomplir tout ce qui est bon, juste, positif, constructif et bénéfique à nous-mêmes, à notre famille, à la société et à notre pays par la grâce du seigneur Muruga», confirme Retnon Velvindron.
La pénitence est à la base de l?ascèse, de la transcendance que représente le Thaipoosam Cavadee. C?est ce qui explique que même les femmes se percent la langue avec une aiguille et portent sur leurs têtes des cruches de lait sacré. Avec les autres fidèles, sous le soleil ou la pluie, elles font partie du cortège qui se dirige vers le temple où après à la fin des cérémonies, on consomme du riz et currys végétariens disposés sur des feuilles de bananiers. Si le lait n?a pas caillé, il est versé sur le dieu et distribué aux fidèles. L?extraction des crochets se fait en chants et prières. La purification est ainsi complétée et le lendemain le drapeau sera descendu, synonyme de fin de la cérémonie.
«Que le Thaipoosam Cavadee nous inspire à renforcer notre foi et notre conviction dans le seigneur Muruga? et nous motive à étudier, à observer et à assimiler les riches enseignements spirituels et philosophiques de nos sages pour nous soutenir dans notre vie de tous les jours et dans nos engagements sociaux envers les nécessiteux. Aum Saravanabava», conclut Retnon Velvindron.
Après dix jours de jeûne et de prières, les fidèles tamouls auront entrepris la grande aventure de la pureté. Une quête infinie qui se fait dans la voie du sacrifice comme cette liturgie pénitentielle qui caractérise le geste des marcheurs portant leurs aiguilles pour capter l?énergie cosmique, écartant la douleur physique. Le Thaipoosam Cavadee, c?est cette autre manière de nous dire que la souffrance terrestre n?est en fin de compte qu?une illusion qui peut être vaincue par la foi. C?est cet effort continu pour nous rapprocher de Dieu en puisant dans l?humilité, le courage et la bonté qui devraient habiter chaque être humain.
LES PALANCHES
La confection du cavadee, palanche qui peut être de tailles différentes pour les uns et les autres, obéit à des pratiques éprouvées. Symbole du temple du Dieu Muruga, il est composé de bois et de bambous et peut faire jusqu?à trois mètres de haut. Feuilles de cocotier, fleurs, tissus bigarrés et de petites icônes du Dieu ornent le cavadee. Deux petits pots en cuivre sont attachés aux deux extrémités du cavadee. Ceux qui le portent, sont habillés en fuchsia et sont soumis à un rituel sacrificiel au cours duquel de fines aiguilles, des piques de métal ou d?argent ? les «vels» ? traversent leurs corps, de la joue au front en passant par la langue. C?est une manière pour les fidèles de faire v?u de silence. D?autres «vels», symbole de la lance de Muruga, sont plantés dans le dos, le ventre, les jambes et le torse des dévots. Les «vels» prennent des formes diverses. Synonyme de la victoire du bien sur le mal, le Cavadee est célébré dans la piété et la douleur n?y a pas sa place car Dieu récompense ceux qui savent souffrir pour lui, car dans la douleur l?homme s?éloigne du mal pour se rapprocher de Dieu.
LA LEGENDE
C?est une constante des fêtes religieuses. Il faut leur trouver des origines dans des légendes. Le Cavadee fait partie également de cet imaginaire. On y retrouve le personnage d?Idumban (l?orgueilleux), un bandit repenti, qui doit, sur l?ordre de son maître Agattiyâr, se rendre sur le mont Kaïlash. Il doit ramener les sommets de deux montagnes mitoyennes. Accompagné de sa femme, Idumban exécuta avec succès l?ordre de son guru. Il ramena les deux cimes en les accrochant aux extrémités d?une palanche (cavadee). Heureux de l?exploit d?Idumban, le Dieu Muruga, fils de Shiva et d?Ouma, voulut l?honorer. Il se déguisa en petit garçon et grimpa sur l?un des deux sommets que transportait Idumban, alourdissant ainsi la charge de ce dernier. Idumban découvrit l?astuce et se mit à se battre contre son Dieu qui le transperça de sa lance. Les événements prirent une tournure tragique car Idumban perdit la vie. Dieu le ressuscita néanmoins sur l?intervention de ses proches et décréta que ceux qui porteraient le Cavadee jusqu?au temple obtiendraient sa grâce. Le symbolisme est celui des difficultés qui ponctuent le chemin vers la spiritualité.
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