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Le RPL de Philo ou l’échec d’une autre politique

24 avril 2007, 20:00

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Les fidèles lecteurs des réminiscences d’il y a un quart de siècle de l’antépénultième page de l’express connaissent désormais le profil du gouvernement idéal, élaboré par Action civique (voir l’express des 16 et 17 avril 2007). Il n’est pas exagéré de soutenir que le Rassemblement pour le Progrès et la Liberté (RPL), un parti politique émergeant à la veille des législatives de juin 1982, est l’enfant de cette Action civique et d’une association de contribuables mauriciens, très active et célèbre depuis son exploit de 1979, contraignant l’infortuné Ringadoo à présenter, à trois reprises, la copie de son budget national pour l’année 1979-80. Le RPL possède à sa tête quelques-uns des anciens promoteurs et dirigeants d’Action Civique dont Mervyn North-Coombes. Il demeure le symbole de l’échec d’une autre politique, incapable de résister à l’affrontement des deux principaux blocs, regroupant les partis les plus opportunistes de 1982.

En 1982, l’attention générale se concentre sur l’inéluctable fin du règne ramgoolamien et de la vieille garde du Parti travailliste (PTR), composée de ses Ringadoo, Walter, Boolell et autres Jagatsingh. Une vague de renouvellement de la classe politique dirigeante se dresse alors, à laquelle il est difficile de résister car elle promet de faire table rase. Une nouvelle génération de politiciens, composée de Paul Bérenger, de Kader Bhayat, de Cassam Uteem, de Madun Dulloo, de Jean-Claude de l’Estrac, de Vidula Nababsingh, de Swalay Kasenally, mais aussi d’Harish Boodhoo, de Kailash Ruhee, de Kishore Deerpalsingh, d’Armoogum Pursooramen, de Jayen Cuttaree, de Rajesh Bhagwan, de Rama Poonoosamy, de Sylvio Michel, fait son apparition, suscitant sur son passage un espoir sans précédent d’une politique autre que celle de la fin de règne travailliste. Il est difficile de courir derrière deux espoirs de renouveau à la fois. Le peuple choisit d’instinct le bloc qui mérite davantage qu’on lui fasse confiance.

Tout plaide alors en faveur de la nouvelle alliance MMM-PSM que conduit certes un vieux de la vieille, Anerood Jugnauth, déjà ministre IFB de Ramgoolam avant l’Indépendance, mais tout auréolé par la résistance qu’il a affichée à certaines menées d’un travaillisme trop opportuniste, par son incompréhensible démission ministérielle pour aller prendre un modeste emploi de magistrat et par son ralliement courageux au MMM après l’année de braise 1971 et au moment où les principaux dirigeants mauves moisissent dans les prisons ramgoolamiennes et duvaliennes, en tant que détenus politiques. L’électorat mauricien sait que le MMM espère bien récolter, le 11 juin 1982, les fruits de trois lustres de militantisme et de syndicalisme incessants, héroïques même ou presque. Il ne récuse pas pour autant la politique nouvelle et surtout plus sincère prônée par Action civique et le RPL mais chacun son tour, fait-il savoir. Il entend d’abord donner sa chance au MMM-PSM de prouver à tous qu’il est capable de gouverner démocratiquement l’île Maurice, sans glisser dans les ornières travaillistes habituelles. En cas d’échec du MMM-PSM, il sera toujours temps de reporter les meilleurs espoirs de la nation mauricienne sur cette nouvelle politique si elle perdure toujours. Mais pas question, en 1982, de diviser une vague d’espoir sans précédent, avec le risque de provoquer un énième come-back de la vieille garde travailliste qu’une lutte à trois pourrait avantager.

La pression militante est aussi trop forte pour que le MMM puisse faire même une petite place au RPL. Certains mauves et non des moindres encaissent déjà fort mal les 18 tickets électoraux offerts au PSM d’Harish Boodhoo. Il n’est donc pas question de décevoir encore trois ou quatre autres militants pour faire de la place à des nouveaux venus, à des politiciens de la dernière heure, n’ayant aucune assise populaire ou presque, et faisant même figures de parachutés de la bourgeoisie capitaliste et même sucrière. Le RPL finira par prendre place dans le corbillard travailliste de 1982, s’exposant prématurément à un enterrement de première classe, sans aucun espoir de résurrection politique.

En avril 1982, Philo Blackburn s’accroche pourtant à l’espoir, choisi comme titre de l’hebdomadaire servant gentiment d’organe au parti. Il confie ses états d’âme à la presse. Il ne récuse pas la contribution efficace des corps intermédiaires et de leurs porte-parole. Elle ne saurait pour autant remplacer adéquatement l’action directe des politiciens actifs, capables à tout moment de modifier le cours de l’histoire. Il a toujours voté PMSD par fidélité à Jules Koenig. Il a essayé à plusieurs reprises de réformer le PMSD de Gaëtan Duval mais ce dernier lui a toujours fait comprendre qu’il entend diriger son parti comme il l’entend, sans devoir rendre compte à qui que ce soit. L’autre politique qu’il prêche respecte la vérité, l’électorat et même ses adversaires. Il récuse l’étiquette de droite car il milite dans les banlieues ouvrières. Le RPL est le think tank qui fait défaut à Harish Boodhoo.

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