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Le retour du roi le bouquet final
<B>QU?il</B> est triste d?arriver à la fin de ce film ! Ce n?est pas que la fin de cette histoire soit triste en elle-même, bien au contraire, c?est juste que cette histoire est magnifique, qu?elle est si bien racontée. C?est un récit dans le style de la ?chanson de geste? des temps anciens, une grande histoire d?héroïsme et de loyauté portée de bout en bout par un souffle épique. C?est une histoire largement et profondément humaine aussi, construite autour de valeurs universelles et intemporelles.
C?est aussi un conte initiatique : l?histoire à plusieurs niveaux, d?un passage de l?âge de l?insouciance à l?âge adulte. Qui sait si ce cette saga née de l?imagination d?un écrivain (ou d?un conteur) du siècle dernier et composée d?éléments sortis touts droits de mythes les plus anciens, ne deviendra pas à son tour une légende pour le prochain millénaire ? Toujours est-il qu?une fois arrivée au bout, cette histoire a malheureusement une fin ; c?est dommage.
La saga du Seigneur des anneaux, fidèle adaptation de l??uvre de J.R.R. Tolkien par Peter Jackson, cinéaste jusque-là largement inconnu des grandes foules, aura tenu ses promesses jusqu?au bout.
?Le Retour du roi est un concurrent sérieux pour la récompense du meilleur film?, dit l?hebdomadaire Newsweek parlant de la prochaine remise des Oscars d?Hollywood. ?Mieux que cela, il se pourrait bien que ce soit la toute première entreprise de ce genre à ne pas laisser tomber le public ? que ce soit pour cause d?indigence, de prétention, de rapacité ou de quelque autre menace fantôme. Ce qui est une possibilité des plus affligeantes à un moment où nous sentons toujours la fumée émanant des ruines de Matrix.? C?était en décembre dernier.
Le succès de la trilogie du Seigneur des anneaux est phénoménal, tant du point de vue commercial qu?artistique et cela va même plus loin lorsque l?on constate que des publications ne se spécialisant pas a priori dans le cinéma portent un intérêt au sujet. Le magazine Science & Vie Junior, par exemple, dans son numéro 171 (décembre 2003) consacre un article de fond au Retour du roi en particulier et à toute la saga d?une manière générale.
Une des sections offre à ses jeunes lecteurs quelques ?clés? pour une meilleure interprétation de l??uvre (le pouvoir de l?Anneau, un monde tout en nuances, le libre arbitre, la fin et les moyens, etc.) et la totalité de cet article est à recommander aux plus jeunes spectateurs.
Le film, avec chacun de ses trois épisodes, a frappé les imaginations comme le livre (peut-être de manière moins spectaculaire) au cours de ces cinquante dernières années et pour une fois, cela n?est pas dû uniquement qu?à une campagne de publicité agressive. Le produit a réellement de la valeur. Le récit en lui-même ? celui d?un personnage presque ordinaire (si ce n?est qu?il s?agit d?un hobbit) et de ses proches tirés d?une existence insouciante pour aller vivre des aventures gigantesques dans un environnement les dépassant totalement ? est fort, et ceux qui ont vu les deux tomes précédents ou lu le livre savent qu?il va en s?intensifiant.
Le Retour du roi est l?aboutissement de tous les enjeux avec la perspective d?une confrontation finale entre forces du Bien et forces du Mal. Ce qui normalement signifie plus de spectacle et plus d?émotions, mais qui dans le cas présent signifie aussi plus de réflexion. Pour ce qui est du spectacle, il y a des paysages encore plus incroyables (s?agit-il d?effets numériques ou est-ce réellement la Nouvelle Zélande ?), des orques, trolls, Narzgûls, etc. encore plus effrayants, des cités magnifiques et terribles construites sur des sites incroyables, de splendides costumes? et bien sûr, des batailles. Sur ce point, la comparaison se fera avec cette bataille du Gouffre de Helm dans, Les Deux tours : cette scène où, saisi d?angoisse on voyait toute une plaine couverte d?ennemis à perte de vue, et puis l?immense bataille qui s?ensuivit avec diverses actions d?éclat qui furent de véritables morceaux de bravoure.
Cette bataille, à côté de celles du Retour du roi, aura l?ampleur d?une émeute de quartier. ?90 000 photos de tournage, 48 000 pièces d?armes et d?armures fabriquées, 20 602 participations de figurants au total?? dit le dossier de presse. Production colossale, et Peter Jackson filme la bataille pour Minas Tirith en se déplaçant d?un secteur à l?autre selon les plans du roman (pourtant, Tolkien n?avait pas prévu d?adaptation cinématographique) plaçant à chaque fois le lecteur et donc le spectateur au c?ur de l?action.
Trajet périlleux
Le cinéaste reste donc fidèle à l?écrivain (nous gratifiant au passage de quelques grands morceaux de bravoure dont une action de Legolas-Orlando Bloom), mais il va plus loin : ses caméras saisissent au vol les émotions des personnages et il y met au passage beaucoup de sa propre vision de l??uvre. Lorsque Faramir (David Wenham) et ses hommes partent pour ce qui ressemble à une mission suicide juste avant la bataille, ces femmes qui les regardent partir dans un silence glacial font penser à ces images de réfugiés des Balkans. Il y a dans leur regard cette douleur et ce ressentiment qui dit que dans les batailles, ce sont les populations civiles qui sont les plus exposées sans la possibilité de se défendre.
Il y a Pipin (Billy Boyd) participant à la bataille, tuant un orque, sauvant Gandalf (Ian McKellen) et lui, le plus insouciant des hobbits, découvrant avec les horreurs de la guerre, que tout cela est très sérieux. Au c?ur même de cette bataille, on aura aussi, à travers la prestation d?un figurant anonyme et de son nourrisson, la surprise d?une allusion (involontaire ?) au cinéma de D.W Griffiths : Naissance d?une Nation.
Suivant aussi les plans du roman, le film de Peter Jackson se déplace des batailles au trajet de Frodon Saquet (Elijah Wood, toujours porteur de l?Anneau, vers le Mont du Destin; un trajet périlleux à travers le Mordor avec à ses côtés son ami Sam, le jardinier et Gollum, un allié des moins fiables. Là aussi, fidélité totale au roman mais on appréciera le fait que le cinéaste ait mieux réussi que l?auteur à donner une vraie intensité dramatique à cette partie du récit.
Le public saisit mieux la souffrance et le désarroi ou la solitude des trois personnages. On pourra aussi applaudir la qualité des effets pour l?araignée monstrueuse et celle des décors pour le repaire de la bête comme pour l?aspect sinistre de cette terre du Mordor. A ce propos : ces orques, créatures bestiales affublées des pires des défauts humains, n?en deviennent-ils pas pour cela terriblement humains ? Plus que dans le roman, le film donne un aspect réellement effrayant au feu du Mont du Destin et lorsque Frodon y parvient finalement pour accomplir sa mission, la confrontation avec Gollum ? qui aurait pu tourner au comique ? est tout ce qu?il y a de plus tragique.
On ne dévoilera pas grand-chose en disant que cette histoire se termine par le couronnement du roi du Gondor (l?acteur Ian McKellen donnant un rire de Gandalf si en rapport avec la description du livre). L?ablation d?une bonne partie du dernier chapitre a soulevé un tollé chez les inconditionnels de Tolkien, l?acteur Christopher Lee qui était un ami de Tolkien, faisant part en public de son indignation. Ce qui n?a pas empêché quelques-uns de trouver que les vingt dernières minutes du film étaient de trop.
Sans vouloir prendre parti, on dira qu?il fallait bien une sorte de coda à une histoire pareille et qu?en fait le public est libre de choisir entre deux conclusions. L?une dans le style de Wagner, avec le bateau des elfes qui s?éloigne vers le soleil couchant. L?autre, toute simple, avec un jardinier qui rentre à la maison. Comme pour nous dire que ce n?est qu?après, une fois rentré chez soi, qu?on vit réellement une aventure.
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