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Le retour des « ismes »

19 novembre 2005, 20:00

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C?est le drame lorsqu?on se donne des dirigeants anachroniques. Il y a, depuis quelque temps, suffisamment d?éléments témoignant d?une lecture manichéenne de la société mauricienne.

C?est paradoxalement au moment où on dit que le socialisme est revenu au pouvoir que la question sociale a été liquidée au profit de toutes sortes de pratiques et de théories surannées. Le plus grand danger est ce retour d?une idée de la nation. Ce retour s?habille de nouveaux clivages qui s?appuient sur la xénophobie, le racisme, l?ouvriérisme, le communalisme primaire, en opposition à l?autre communalisme dit scientifique, le tribalisme? C?est la nouvelle référence nationale et elle se conjugue avec de dangereux « ismes ».

Pendant un peu plus d?une décennie, ce pays a connu, du milieu des années 80 jusqu?au milieu de la décennie suivante, une croissance qui a vu s?installer une grosse classe moyenne entre les deux extrêmes des exclus et des nantis. Parallèlement, on a enregistré une homogénéisation des modes de vie. C?est cette normalisation de la société mauricienne qui semble avoir fait peur à certains. Ils ont vite fait de faire revenir le mythe unificateur entre les communautés. Chacun l?a pratiqué à sa manière. Et évidemment, il n?a jamais été question de la communauté mauricienne. Aujourd?hui, nous en payons le prix double.

D?abord le refus de l?étranger. Surtout s?il est de l?Occident. Le Mauricien, à l?opposé du citoyen du monde qu?il croit être, est devenu un super-citoyen. Il n?a plus besoin de personne. Il est un être parfait. Doué de compétence illimitée, il peut tout faire. Il n?a même pas besoin d?apprendre. Il est naturellement efficace. Alors haro sur les étrangers ! Le nouveau citoyen du monde est arrivé. Il est d?autant plus conforté dans ce sentiment que les dirigeants de son pays ne cessent de l?encenser et de le vendre comme alternatif au modèle occidental.

C?est ainsi que s?installe une nouvelle mentalité. Les symboles ne manquent pas. On désigne des super flics pour « casser les reins » à ceux qui, à tort ou à raison, sont perçus comme étant au-dessus de la loi. Il n?y aura plus d?hyperprivilégiés, clame le nouveau Mauricien. Certes, si cela a été le cas jusqu?ici, à qui la faute ? Qui n?a vu dans la modernité que soumission ? L?écrivain Abhimanyu Unnuth le crie depuis des années : les victimes ont aussi leur part de responsabilité.

Le nouveau modèle est désormais l?orientalisme. On va démocratiser l?économie à coup de symboles. L?ère nouvelle est arrivée. Le nouveau-né mauricien va également s?allaiter ailleurs. Il est déjà « voituré » dans des marques spécifiques. Il va réinventer le monde dans la haine de l?autre. Étrange mutation pour être hybride qui promettait tant du simple fait qu?on le disait ouvert aux vents du grand large et situé au carrefour des cultures. Aujourd?hui, il n?adhère qu?à des valeurs particulières. C?est son imaginaire revisité, réinventé grâce à un révisionnisme idéologique, redécouvert à la sauce communiste.

Hier, nous étions inconscients. Aujourd?hui, nous sommes aveugles sans le savoir. Et « mauricianistes » sans le vouloir. Parce qu?il y a un prêt-à-porter idéologique qu?on nous sert. Comme de bons paresseux, nous ne nous posons pas de question, d?autant plus qu?il y a une grande facilité à se laisser tenter par un plat dont les saveurs font miroiter une identité particulièrement contraire à la contraignante uniformisation occidentale.

Sur tous les plans, nous sommes irrémédiablement en train de vivre un retour au passé. Et nous devenons nous-mêmes de véritables archétypes du passéisme. Il serait autrement difficile d?expliquer certains comportements et certains discours. Aujourd?hui, il y a peu de voix qui s?élèvent contre cette situation, puisque ce serait se mettre en porte-à-faux avec l?idéologie bien-pensante d?un socialisme en fait avarié.

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