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Le refus du cloisonnement ethnique
?Les discours ne reflètent pas la réalité de tous les jours?, affirme d?emblée Tim Taylor, président du comité national sur le gouvernement d?entreprise, en réaction à certaines allusions faisant des blancs mauriciens une communauté fermée qui jouit des privilèges illimitées. Il faut dépasser les lieux communs. Les communautés obéissent certes à certaines règles d?homogénéité, voire de cloisonnement, mais derrière la façade, il y a une grande ouverture propre à toutes les sociétés plurielles. Maurice ne fait pas exception à la règle. Et la communauté blanche mauricienne non plus.
Raison supplémentaire de préciser certains faits. ?Certes, il y a quelques familles blanches qui ont de l?argent. Mais il y a d?autres qui ont peu de moyens et certaines autres encore qui vivent dans la misère. Je connais une association à Curepipe qui recueille de la nourriture pour ces familles. Cela aussi, il faut le savoir?, confie Jacques de Navacelle, président du Joint Economic Council, avant de souligner, dans le même souffle, qu?il ?existe des non-blancs qui sont considérablement plus fortunés que beaucoup de blancs?.
Ce sont des réalités qui sont souvent occultées. Il est plus tentant de faire surgir des frustrations liées à des faits socio-historiques avérés que de s?essayer d?agir sur des plaies passées. Et le pouvoir politique, quel qu?il soit, aussi bien que les lobbies sectaires ne s?en privent pas.
Une fois les a priori mis de côté, une approche plus rationnelle des choses est possible. ?On parle de racisme et on pense immédiatement à l?opposition blanc/noir. Or, le phénomène est généralisé et il existe à l?intérieur d?une même communauté, quelle qu?elle soit. C?est lorsqu?on entend dire qu?il y a des jeunes amoureux qui se suicident parce qu?ils ne sont pas de la même caste ou de la même ethnie qu?on prend la mesure d?un mal qui transcendent les poncifs?, affirme ainsi Jean-Michel Pitot, chef d?entreprise qui intervient en tant que citoyen mauricien.
C?est justement cette citoyenneté mauricienne que revendiquent tous les habitants de cette île et dont les politiques semblent faire l?impasse. ?Nos politiques ne nous aident pas à dépasser le racisme. Il y a une certaine tentation à attiser le feu racial pour s?assurer quelques petites voix électorales. C?est ce même clientélisme qui pousse certains à se faire recevoir en héros à des manifestations dites socio-culturelles?, estime, en ce sens, Jean-Michel Pitot. Le fait de se retrouver devant certaines assistances portent à des discours surdéterminés.
Y a-t-il un moyen de surmonter l?obstacle? Le seul espoir demeure les générations futures. ?Il faut qu?il y ait quelques jeunes politiques qui montent au créneau pour dire que cela suffit avec les discours racistes. Je suis peut-être un peu naïf mais je ne vois pas d?autre issue. Mais il ne faut pas non plus devenir fataliste et se dire qu?il n?y a pas d?autres discours possibles?, estime Jean-Michel Pitot. ?Le problème est alimenté par des politiques qui veulent s?en servir comme argumentaire?, confirme, de son côté, Jacques de Navacelle.
Haro donc sur ces politiques qui profitent du déchirement de la société pour asseoir leur pouvoir. Il a été toujours facile de régner parmi les médiocres. Et certains politiques ont fait ce choix. Il importe pourtant de revenir à l?essentiel.
Dans les faits, la communauté blanche n?est pas plus portée au repli sur soi que les autres communautés du pays. Et il n?est que trop aisé de faire valoir des arguments historiques pour ?cibler? cette communauté. A un moment ou un autre, il importera de cesser de prendre ses fantasmes pour des réalités. Autant qu?il reviendra aux descendants du pouvoir colonial d?assumer les dysfonctionnements dont la société contemporaine a hérités. Il demeure qu?à tous les niveaux de la vie quotidienne, les faits contredisent les geignements classiques.
?Dans son lieu de travail, on peut témoigner de l?interaction et du fait que toutes les ethnies travaillent ensemble?, rappelle, en ce sens, Tim Taylor. ?C?est réducteur de penser que des compagnies sont exclusivement composées d?un personnel de telle ou telle communauté. Aujourd?hui, il y a une ouverture car les compétences viennent de toutes les communautés?, ajoute Jean-Michel Pitot. ?Il n?y a pas de ségrégation ethnique dans les entreprises mauriciennes. L?élite socio-économique est composée de gens de toutes les couleurs qui font du business entre eux, qui travaillent très bien ensemble. Mais lorsque chacun rentre chez soi, il y a une prédisposition à se sentir bien dans son environnement culturel?, analyse Jacques de Navacelle. De la même manière, il y a toute une série d?idées reçues qui surplombent le débat sur les clubs privés même s?il est aussi vrai que le racisme peut être un élément dans le regroupement des gens. ?Je trouve malheureux que des personnes se retrouvent sur la base de la couleur de leur peau. On doit se réunir à partir des intérêts communs?, insiste, à cet effet, TimTaylor.
C?est une réalité et elle transcende nombre d?affirmations sur les comportements qui seraient spécifiques à telle ou telle communauté. En fait, les attitudes sociales sont souvent soumises à des grilles. ?Il y a une vérité qui fait que chaque communauté est un peu fermée sur elle-même. La famille joue pour beaucoup en ce sens. Les cercles sociaux ont ainsi tendance à être du même groupe ethnique?, fait remarquer Tim Taylor. ?Il est logique de se sentir bien avec les gens qui ont les mêmes centres d?intérêt, les mêmes loisirs, les mêmes préoccupations intellectuelles? Il peut y avoir problème lorsqu?on agresse l?autre parce qu?il est différent. Cela relève de la peur. Lorsqu?on ne connaît pas quelque chose, on a a priori peur d?elle. Le cloisonnement ethnique peut être une réalité sur le plan géographique mais il est aussi vrai qu?on vit bien ensemble avec chacun respirant pleinement son identité. Les gens s?accommodent assez bien de leurs différences?, précise, pour sa part, Jacques de Navacelle.
?Il faut qu?il y ait quelques jeunes politiques qui montent au créneau pour dire que cela suffit avec les discours racistes. (...) Haro donc sur ces politiques qui profitent du déchirement de la société pour asseoir leur pouvoir. Il a été toujours facile de régner parmi les médiocres.?
Plus de rationalité et de recherches sociales feraient voler en éclat bien de préjugés. ?Depuis quelques années, les Indiens ont cessé de tout mettre sur le dos du pouvoir colonial et on a vu comment ils ont évolué. Moi, je reste optimiste. Je crois qu?on avance vers la raison. La présente rechute à Maurice n?est que ponctuelle?, estime Tim Taylor.
Les choses se calment donc mais un sentiment d?injustice émerge. C?est le complexe d?être exclu. ?Il y a un sentiment que les blancs sont des boucs émissaires désignés. Il y a tant d?images faussées à ce niveau. On a tendance à simplifier les choses même au plan historique?, assure Jean-Michel Pitot. ?Les blancs ont aujourd?hui un peu le sentiment que l?objectif est de les éliminer. Il y a la perception qu?il existe une stratégie en ce sens?, conclut Jacques de Navacelle.
Aux héros de la justice et de l?équité de prouver le contraire. De faire, entre autres, le choix entre une société qui traite les rapports sociaux comme des phénomènes d?une certaine rationalité qu?on peut analyser scientifiquement et une société qui profite des différences pour mieux balkaniser les groupes sociaux.
QUESTIONS À?
<B>Michel de Spéville, ?Executive Chairman? du groupe Food and Allied</B>
● <B> Quelle analyse faites-vous du phénomène des élites financières et ethniques fonctionnant en vase clos ? </B>
Je ne comprends pas la question dans la mesure où elle n?a aucun rapport avec la réalité. L?île Maurice est composée d?un peuple d?immigrés, chacun étant arrivé, guidé par l?histoire avec sa culture. Je prends personnellement un grand plaisir à côtoyer et à avoir des amis de toutes les origines. La vraie valeur de Maurice réside dans la diversité de sa population et dans la richesse que représente le pluriculturel. Nous devons être fiers d?être une nation d?origines diverses, ayant grandi ensemble sur les bancs d?école, partageant les valeurs citoyennes en dépit de nos racines culturelles différentes.
Je ne comprends pas le concept d?élite financière ou ethnique. Chacun est libre d?entreprendre et de progresser et il n?y a pas de barrière même s?il est vrai que parmi les citoyens de toutes les communautés, il y a certains qui sont nés avec des avantages. Il est dangereux de catégoriser le succès en termes d?ethnie. Dans une même famille d?une même ethnie, il y a des membres qui ont un parcours complètement différent pour de multiples raisons. La question de vase clos est un mythe utilisé par certains qui pensent que la réussite est un don d?héritage. C?est ignorer complètement ce que représentent la volonté d?entreprendre et le concept des risques calculés.
● <B> Comment, de manière générale, la communauté blanche ressent-elle les déclarations faites par le Premier Ministre ces derniers temps ? </B>
Je ne prétends pas et je n?ai aucun mandat pour représenter la communauté blanche, mais à titre personnel je dis que les déclarations du Premier Ministre sur la communauté blanche ou quelque autre communauté telles que rapportées dans les journaux sont incompréhensibles et inacceptables. Il est, en effet, difficile de réconcilier les discours de rassembleur avec des déclarations insultantes envers une section de la population qui a largement contribué au développement et au progrès du pays. Je refuse de croire que ce qui est rapporté dans les journaux reflète vraiment ce que le Premier ministre pense. Si tel était le cas, il y aurait lieu de se demander si certains citoyens sont exclus. Non, je refuse de penser qu?il n?y ait pas de malentendu.
● <B> Comment sortir des stéréotypes qui minent les relations sociales, voire professionnelles, à Maurice ? </B>
La cohésion sociale existe et est bien présente. Il revient aux leaders d?opinion de la préserver et de la faire grandir. L?île Maurice est un pays merveilleux, d?une grande richesse culturelle avec des valeurs bien ancrées. Nous avons ensemble un grand avenir et il nous revient à tous d??uvrer pour la promotion sociale et la valorisation de chacun.
<B>Le racisme... Ce qu?ils en pensent</B>
<B> Jacques de Navacelle</B>
?Le racisme est une maladie. Même si je le voudrais, je n?arriverai pas à être raciste. Je me vois naturellement une Africaine noire que mon fils me présenterait comme sa fiancée. Quelquefois, je me pince en me disant que peut-être je suis anormal.? (...) ?Si on faisait un inventaire des pouvoirs économiques et des fortunes, on aurait une autre image de la réalité.?
<B>Jean-Michel Pitot</B>
?C?est réducteur en 2007 de penser que les blancs se sentent supérieurs. Moi, je suis Mauricien. C?est mon île et je continue à y croire.? (...) ?Que les esprits alimentent une énergie collective, une véritable justice sociale. C?est notre pays et il fait bon y vivre. On a déjà bâti quelque chose de fabuleux.?
<B> Tim Taylor</B>
?Ce n?est pas un argument rationnel que de dire qu?on va prendre d?un groupe pour donner à un autre groupe. A l?avenir, je crois qu?on va être plus raisonnable.? (...) ?Personne n?aime être ciblée. Franchement, je ne crois pas que le Premier ministre soit raciste. Je crois que les choses se calment.?
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