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Le réseau DEELCHAND

10 avril 2004, 20:00

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Vinay Deelchand tirait-il profit de sa position de notaire pour mener des activités mafieuses ? Avait-il des « protections » qui font qu?il n?a jamais été inquiété ? En tout cas, les aveux d?Antoine Chetty, son garde du corps, semblent mettre en cause une véritable association de malfaiteurs. Un gang où tous les délits y passent : « bakchish » aux ripoux, incendies criminels, enlèvements, missions d?intimidation, usage de faux pour l?appropriation de terrains appartenant à autrui, tentatives d?assasinats?

Le roman noir débute après la saisie des Rs 8 millions d?héroïne, censée appartenir à Vinay Deelchand, chez Antoine Chetty le 24 mars 2004. Au fil de ses aveux, Antoine Chetty démêle davantage l?écheveau du réseau de Deelchand mis en place il y a plus de dix ans. Alors clerc du notaire Rajkumar Lallah, Vinay Deelchand s?intéresse à la vente des terres. Un business qui rapporte gros à qui sait s?y prendre. Avec l?aide d?un groupe de courtiers, de « tapères » et d?agents immobiliers, il s?intéresse aux propriétaires fonciers d?un âge avancé. Lorsque ces derniers meurent, des contrats de ventes sont tirés en leur nom et leurs signatures falsifiées. Mis devant les faits accomplis, les héritiers n?avaient d?autres alternatives que d?accepter que Vinay Deelchand et ses acolytes s?attellent à morceler leur patrimoine.

Les récalcitrants, eux, sont mis au pas. C?est là qu?intervenait Antoine Chetty, qui agissait sous les ordres de son patron voire des directeurs de l?agence Agnis, Sandeep Appadoo, Mahendra Choonea et Dharmanandah Sambon. Avec Veeren Mooraghen, ils tentaient de faire taire les « grandes gueules » qui gênaient leurs « projets ». C?est ainsi qu?en janvier 2000, Antoine Chetty et Veeren Mooraghen ont tenté de trucider un pauvre laboureur habitant Le Bouchon, Philippe Calou (voir hors-texte) parce qu?il ne voulait pas reconnaître Veeren Mooraghen comme étant le propriétaire des terrains mis sous sa responsabilité.

Deux ans plus tôt, un autre scénario se joue. Il s?agit du cas de Laldeo Gujadhur. Deux hommes de main, Cyril César et Mario Vythilingum, ont été recrutés par Antoine Chetty pour le tuer. La cible n?a jamais avalé la version des comparses de Vinay Deelchand à savoir que son père a pu vendre différentes portions de terres situées à proximité de l?hôpital Candos. L?acte de vente aurait été signé par son père alors qu?il était à l?article de la mort. Le 15 juin 1998, Cyril César et Mario Vythilingum ont agressé Laldeo à l?arme blanche alors qu?il marchait à Quatre-Bornes.. Heureusement, quelques bons Samaritains ont entendu ses appels à l?aide.

Mais comble d?ironie, souligne Antoine Chetty, au lieu de reconnaître Mario Vythilingum comme son agresseur, Laldeo Gujadhur l?a mépris pour une personne ayant acheté son terrain aux complices de Vinay Deelchand, Jayeprakash Sobha. Ce dernier se retrouve malgré lui accusé en cour. Laldeo a toutefois reconnu la Peugeot d?Anju Lallah comme étant le véhicule utilisé par ses agresseurs. Cyril César a été interpellé cette semaine dans le cadre de cette affaire alors que Mario Vythilingum est actuellement derrière les barreaux.

Autre affaire : le cas Anwar Toorabally. Antoine Chetty accuse les directeurs d?Agnis, Sandeep Appadoo, Mahendra Choonea et Dharmanandah Sambon, de lui avoir ordonné d?incendier la maison de Toorabally le15 août 2000. Auparavant, lors d?une réunion avec Vinay Deelchand, il avait même été question de l?attaquer avec de l?acide, révèle le garde du corps. Mais la cible et sa famille ont échappé à l?attentat lorsqu?un voisin les a alertés que le garage où leur véhicule se trouvait était en flammes. Le contentieux avec Anwar Toorabally porte sur la vente d?un terrain lui appartenant à Bois Pignolet, Terre-Rouge.

En 1994, l?homme d?affaires avait vendu 3 hectares de terres à un particulier pour Rs 3 millions. Ce dernier a sollicité l?agence Agnis, dont le siège est à côté du cabinet de Vinay Deelchand, pour le morceler. Cependant, au lieu de recevoir la moitié de la somme qui lui était due, Anwar Toorabally s?est vu dire que son terrain ne lui appartenait pas mais à un habitant de Pailles et que la superficie vendue n?était pas celle inscrite sur le contrat de vente. Le notaire dans cette transac-tion : Vinay Deelchand.

Dans le cadre de la réouverture de l?enquête sur ce cas, des faits troublants pourraient permettre d?élucider une mort suspecte. Celle du chef agent du Parti travailliste ( PTr) à Plaine-des-Papayes, Rajeshwar Indur, empoisonné au cyanure, en février 2003. Proche d?Anwar Toorabally, partenaire en affaires avec Vinay Deelchand et Sandeep Appadoo à travers Agnis, il a été retrouvé mort à son domicile à morcellement St.-André quelques minutes après avoir pris un verre de whisky avec quelques individus. Peu avant sa mort, l?agent rouge était cité dans un supposé scandale de terres de l?Etat à Melville.

Les noms des directeurs d?Agnis reviennent dans l?affaire Buglah. Antoine Chetty était le principal accusé dans un procès où la police lui reprochait d?avoir agi avec la complicité de Joseph Désiré Soyfoo (voir hors-texte) pour dissimuler de la drogue chez Mamad Fezal Buglah, un partenaire d?Agnis. Vinay Deelchand voulait le mettre hors circuit pour sa gestion d?une entreprise textile qu?ils avaient montée à Madagascar. Comme il ne voulait pas prendre sa retraite sans dédommagement, il a été décidé de l?éliminer dans la Grande île. C?est ainsi qu?Antoine Chetty s? embarque pour Madagascar où un contact du notaire devait lui remettre une arme à feu.

L?idée de le piéger avec de la drogue dans sa cour émerge lorsque le projet d?assassinat échoue. (voir « l?express-dimanche » de la semaine dernière). Le 25 avril 1999, Joseph Désiré Soyfoo se rend au poste de police de Beau-Bassin et balance un colis aux policiers. Il affirme avoir acheté de l?héroïne à Mamad Fezal Buglah et que ce dernier ne lui a pas remboursé Rs 500 lorsqu?il lui a remis une coupure de Rs 1 000? Mais le piège est déjoué lorsque Ralph Bégué, une des personnes contactées auparavant pour faire le sale boulot, dévoile la machination à Mamad Fezal Buglah.

Même si son nom a été mentionné dans cette affaire, Vinay Deelchand s?en est tiré à bon compte. Il a plus d?un tour dans son sac pour se protéger. Il l?a prouvé lorsque des hommes de l?assistant surintendant de police Pierre Moorghen et de l?inspecteur Hector Tuyau de la brigade antidrogue l?ont cueilli à sa descente d?avion. « Bizin saye asté avocat la ou éne so bane zom », écrit-il dans un message remis à un compagnon de voyage et destiné à un de ses hommes de main?

« Empoisonné au cyanure, l?agent rouge Rajeshwur Indur était un partenaire du notaire. »

VINAY DEELCHAND (Notaire)</B>

Le cerveau présumé d?un empire du crime organisé. Ancien élève du Collège Royal de Curepipe, il est entré à l?étude de Rajkumar Lallah il y a plus de dix ans. Il serait un parent du notable dont il a repris la succession. Deelchand a ensuite beaucoup fait parler de lui pour ses menaces et certains de ses contrats de ventes dont l?authenticité est débattue devant les tribunaux. Selon Antoine Chetty, son modèle ne serait autre que le narcotrafiquant colombien, Pablo Escobar. Marié, il est père d?un enfant adoptif et vit dans une somptueuse villa à Solférino No. 5.

CYRIL CESAR (Homme de main)

Son casier judiciaire est bien chargé. Il aurait agressé Laldeo Gujadhur en 1998 pour une affaire de terrain à Quatre-Bornes. Il menait des « missions commandées » pour Chetty avec Mario Vythilingum, maintenant incarcéré.

ANTOINE CHETTY (Garde du corps)

L?exécuteur des basses oeuvres est un amoureux des fleurs. il maîtrise parfaitement les arts martiaux et les armes blanches. Il a roulé sa bosse en Arabie Saoudite avant d?entrer au service de Vinay Deelchand, alors clerc.

MAHENDRA CHOONEA (Homme d?affaires)

Il a monté l?agence immobilière Agnis avec son ami de classe, Sandeep Appadoo. Habitant GRNO, il est cité par Antoine Chetty comme étant un de ceux ayant comploté pour incendier la maison d?Anwar Toorabally.

VEEREN MOORAGHEN (Homme d?affaires)

Il est impliqué dans l?agression de Philipe Calou. Homme de confiance de Vinay Deelchand, après un différend avec ce dernier, il s?est doté de gardes du corps pour se protéger. Il comparaît avec le notaire devant les tribunaux pour des cas d?escroquerie.

SANDEEP APPADOO (Homme d?affaires)

Le directeur d?Agnis et le fils d?un ancien assistant commissaire de police. Selon Chetty, il serait de mèche avec le notaire dans l?affaire Toorabally et Buglah. Il a monté une usine textile à Madagascar et possède Online Properties, firme impliquée dans le réseau Deelchand.

D. SAMBON (Homme d?affaires)

Habitant Floréal, Dharmanandah Sambon est un des fondateurs d?Agnis. Antoine Chetty soutient qu?il a comploté avec Appadoo, Choonea et Deelchand afin d?assassiner Toorabally. Selon Chetty, l?idée était d?incendier sa maison ou de l?agresser avec de l?acide.

Dobah, victime collatérale

La disparition d?Ismaël Dobah, ancien secrétaire du président Cassam Uteem, survenu il y a un an ne serait pas liée aux transactions foncières de Vinay Deelchand. En fait, il ressort dans le milieu des Casernes centrales que le suspect principal dans cet enlèvement serait un homme de l?entourage d?Ismaël Dobah et qui serait lié à la bande du notaire. Le disparu aurait eu maille avec lui au sujet d?une dispute domestique. Des éléments versés au dossier de l?enquête policière présentent cet homme comme le « prime supect » dans la disparition du retraité.

Gujadhur à l?Icac

Le frère de Laldeo Gujadhur, Dhiraj, allègue que lui aussi a été visé à un certain moment par la bande de Vinay Deelchand. S?il avait lui aussi disparu, il n?y aurait eu personne pour contester la « vente » de leurs biens, les deux frères étant les deux seuls héritiers de leur père. Vendredi, Dhiraj s?est rendu à l?Icac pour consigner une déposition relative à l?acquisition frauduleuse de leurs patrimoines. A Lall Bahadur Shastri Lane, il montre une maison construite sur ses terres achetées par le frère d?un courtier proche du notaire?

La vengeance de Chetty

Les proches des directeurs d?Agnis Property Ltd mènent leurs enquêtes pour établir l?alibi des suspects dans l?affaire Toorabally. L?ancien ACP Rajaram Appadoo déplore l?arrestation de son fils, Sandeep, sur les bases des aveux d?Antoine Chetty car l?enquête policière n?a pu confirmer les faits. Il estime que le garde du corps se venge de son fils et de ses partenaires parce qu?ils ont refusé de continuer à lui verser une « protection money ». Antoine Chetty, qui touche déjà plus de Rs 30 000 comme garde du corps de Vinay Deelchand, exigeait Rs 2 000 de chacun des directeurs d?Agnis afin de veiller sur leurs bureaux qui jouxtent ceux du notaire.

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