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Le prix Nobel d’économie à des théoriciens des jeux
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Le prix Nobel d’économie à des théoriciens des jeux
L’attribution du prix Nobel d’économie, en 1994, à trois éminents représentants de la théorie des jeux avait constitué un événement majeur qui avait réjoui, en son temps, la communauté économique scientifique. Mais qui, en même temps, l’avait plongé dans une relative incompréhension que l’Académie royale des sciences de Suède n’ait pas associé les noms de Robert Aumann et Thomas Schelling, tant leurs travaux sont fondateurs en la matière.
Le premier sentiment après l’attribution du prix Nobel de cette année est donc celui d’une injustice réparée. Le Nobel 2005 récompense deux pionniers dont les travaux indépendants sont issus d’une conviction commune et profonde qu’une finalité essentielle des sciences sociales est de comprendre pourquoi et comment les interactions dans les groupes humains, les organisations ou entre les pays peuvent conduire aussi bien à des stratégies conflictuelles qu’à des comportements coopératifs. C’est “pour avoir amélioré notre compréhension du conflit et de la coopération” que le prix Nobel d’économie de 2005 leur a été attribué en commun.
Robert Aumann a exercé une influence profonde en théorie des jeux et a fondé une véritable école internationale. On retiendra trois de ses multiples contributions.
L’ouvrage essentiel de Thomas Schelling, Stratégie du conflit, paru en 1960 et traduit en 1986, a connu un succès considérable. Ses messages nous sont devenus tellement familiers qu’on a du mal à percevoir aujourd’hui leur nouveauté. Prenons l’exemple d’une course aux armements nucléaires, thème qui nourrira deux autres ouvrages de 1961 et 1966. Schelling explique pourquoi disposer d’une force nucléaire est une forme de coopération, certes imparfaite, mais qui ne se comprend que dans une logique de dissuasion. Eviter les coûts de l’arme nucléaire aurait été meilleur pour tous, mais ceci est pratiquement inatteignable en raison d’une absence de confiance mutuelle. Disposer de l’arme nucléaire apparaît être une menace dont Thomas Schelling a cherché à identifier les deux caractéristiques qui en assurent la crédibilité.
<B>David Encaoua (professeur à l’Université Paris-I)
Le Monde 2005. Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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