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Le prix des choses

10 janvier 2006, 20:00

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Il est vraiment temps que les électeurs mauriciens grandissent. Si possible avec l?aide pédagogique des leaders politiques. Les conditions du moment se prêtent bien à ce besoin de maturation.

Si les électeurs de l?Alliance sociale s?étaient imaginé qu?un gouvernement est capable de changer leur vie en finançant sans cesse leurs besoins, en baissant les coûts de leurs achats, en administrant les prix des produits importés, c?est qu?ils sont des imbéciles qui n?ont tiré aucune leçon de leurs expériences politiques passées.

Depuis toujours les partis politiques gagnent les élections en faisant, au plan économique, des promesses qu?ils savent ne pas pouvoir tenir. Ils les perdent ensuite parce qu?ils déçoivent leurs électeurs, immanquablement. C?est le système électoral qui est la cause première de ce cycle infernal. Pour recueillir des voix, il faut plaire. Pour plaire, il faut promettre que la vie sera plus belle. Le système pousse ainsi les politiques à la démagogie et au cynisme ; l?infantilisme des électeurs les incite à la duperie.

C?est ce vieux système que le leader de l?opposition dénonce ces jours-ci lorsqu?il affirme que ?l?Alliance sociale ine coquin eleksyon?. Paul Bérenger dit son amertume en dénonçant la campagne ?hystérique et démagogique? qui a permis au Parti travailliste et à ses alliés de revenir au pouvoir. Pour l?essentiel, Bérenger a raison. Beaucoup de critiques des travaillistes à l?égard de l?ancien régime étaient injustes et effectivement démagogiques. Comme l?ont été, et le sont, celles du leader de l?opposition qui dénonce à son tour le gouvernement accusé d?autoriser des augmentations de prix. ?Putting prices first?, ironise-t-il. Ce faisant, Bérenger laisse entendre que, lui au pouvoir, les choses se passeraient autrement. C?est naturellement faux, mais pour redorer son blason aux yeux des électeurs déçus, il redevient démagogue à son tour. Ainsi le cycle recommence.

Pour éduquer les citoyens et les mener à une plus juste appréciation des enjeux, il est urgent de dépolitiser l?économie. Il faut que les politiques reconnaissent que leur capacité d?action dans le champ économique est de plus en plus limitée. Sur le plan intérieur et plus encore par des facteurs exogènes. C?est Bruxelles qui fixe le prix du sucre fabriqué à Savannah. Les politiciens doivent apprendre la modestie. Entre autres raisons, Paul Bérenger a perdu les dernières élections parce que les électeurs ont bien compris, qu?en matière de performance économique, le leader du MMM est aussi ?intellectuellement limité? que les autres. Rama Sithanen fera la même mauvaise expérience s?il ne parvient pas à sortir du discours pour produire les actes. Sa réussite me paraît d?autant plus problématique que je sens se muscler le clan du travaillisme à l?ancienne.

Un gouvernement est capable de peser réellement sur la vie économique quand il s?occupe essentiellement de créer les conditions permettant aux entrepreneurs de produire des richesses. Ce sont eux qui font la force des nations. Le mot est galvaudé mais il dit bien ce dont il s?agit : le gouvernement n?est qu?un facilitateur. Son intervention est tolérable et même souhaitable une fois les richesses produites. Parce que lui ne produit rien, il ne sait pas faire.

Au fait, ceux qui méritent d?être ?put first?, ce sont les entrepreneurs. Et pour qu?ils existent, qu?ils soient pétroliers ou boulangers, ils doivent pouvoir vendre leurs produits.

Et faire des profits. Voyez Dewa !

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