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Le prétoire plutôt que le bureau
«L?offshore et le droit commercial sont passionnants mais continuer sur cette voie aurait été l?équivalent de courir avant d?apprendre à marcher. J?imagine mal ma vie loin des tribunaux et sans la plaidoirie», confie Sharmilla Bhima qui nous reçoit dans le salon feutré de la maison familiale à Quatre-Bornes.
La jeune femme s?exprime de façon si posée et ce, malgré nos questions parfois dérangeantes, qu?à notre tour, nous l?imaginons mal en bouillante avocate capable d?arguer et tenir tête à un magistrat ou à un juge, si elle se sait dans son bon droit.
Mais tout n?est qu?une question de style. Même si l?on a affaire à une jeune personne calme, au fil de l?entretien, l?on découvre que, comme tout bon avocat, elle sait raisonner, argumenter et étayer ses propos et que, quand elle y croit, elle ne lâche pas prise facilement.
Même si en surface, Sharmilla n?en laisse rien paraître, elle n?apprécie pas que sa nomination soit associée à l?appartenance politique de Dan Bhima, membre influent du Parti travailliste et président de la Cargo Handling Corporation, dont elle est la fille. «Je suis Sharmilla, point barre. Je suis une professionnelle avant tout et je tiens à avoir mon identité propre. Mes parents m?ont élevée en ce sens et m?ont appris à garder la tête haute, les pieds sur terre et à rechercher l?épanouissement personnel.»
<B>Associations à éviter</B>
Tout comme elle précise avoir été désignée présidente du tribunal de la propriété industrielle après avoir répondu en bonne et due forme à un appel de candidatures. Certes mais ce choix intervient sous un régime travailliste. Tout en ne se départant pas de sa sérénité, elle déclare que la question ne se pose pas.
«Je ne considère pas avoir été nommée mais sélectionnée après avoir répondu à un appel de candidatures où les critères demandés étaient : un avocat comptant au minimum cinq ans de pratique et une expérience en propriété industrielle. C?était mon cas en septembre dernier. Ledit tribunal a été créé en 2002 et si je n?ai pas fait acte de candidature à l?époque, c?est que je n?avais pas encore cinq ans de pratique.»
Sa conscience des inégalités sociales s?éveille lorsqu?en tant que cadette de Dan Bhima, à l?époque commandant de la Special Mobile Force, elle intègre le mouvement des guides formé par l?épouse d?un policier et qu?elle rend visite aux enfants de l?Association des parents d?enfants inadaptés de l?île Maurice. Perception qui s?aiguise au Queen Elisabeth College qu?elle intègre après s?être classée 25e au Certificate of Primary Education et où elle découvre que «sous le même uniforme se cachent des réalités différentes».
Sa passion pour les débats scolaires finit par la convaincre qu?elle est davantage faite pour le droit et que sa mission est de défendre et d?établir la justice. Classée 6e après les lauréates, elle s?envole pour la Grande-Bretagne et étudie le droit anglais pendant trois ans à l?université de Reading et peaufine ses connaissances en faisant une année supplémentaire en droit français. C?est là qu?elle est, entre autres choses, initiée au droit à la propriété intellectuelle qui chapeaute la propriété industrielle.
<B>L?heure de la spécialisation</B>
Elle passe à la BPP Law School pour ses examens du «Bar» et effectue ensuite son «pupillage» au Thomas More Chambers. C?est à Maurice qu?elle choisit de prêter serment et de travailler.
Sharmilla accepte l?offre qui lui est proposée de se joindre au Clarel Benoît Chambers qui fait beaucoup de droit lié à l?offshore et au droit commercial. Elle a aussi l?occasion d?animer plusieurs ateliers de travail sur la propriété intellectuelle pour le compte de la force policière et de certaines entreprises privées. Si le travail lui plaît, le tribunal lui manque car elle a moins l?occasion de s?y rendre. Au bout de deux ans, elle fait une pause avec l?offshore et le droit commercial au profit du droit pénal et civil. Elle intègre alors le cabinet de Me Gavin Glover avant de se joindre à celui de Me Maxime Sauzier où elle est encore attachée.
Elle est comblée par ce choix car en tant que junior de ces avocats, elle apprend beaucoup d?eux et dans la foulée, elle retrouve ses chers prétoires.
«Même si une cause semble perdue d?avance, elle mérite toujours d?être écoutée et considérée. Le défi est d?essayer de faire pencher la balance mais pas à n?importe quel prix car il y a des principes à respecter.»
Elle ne pense pas qu?il y a trop d?avocats à Maurice. Par contre, elle croit le moment venu pour plus de spécialisation. «Plusieurs cabinets d?avocats se spécialisent déjà dans certaines filières telles que le droit fiscal ou l?offshore mais c?est encore timide. On pourrait canaliser les jeunes peu portés pour le droit civil ou pénal vers d?autres filières du droit dépendant de leurs compétences. Je crois que le moment est venu pour cela.»
Sharmilla se sent très concernée par les bouleversements sociaux, notamment un effritement des institutions telles que la famille. Quand on lui fait remarquer que cette réalité du moment fait toutefois le bonheur des avocats, elle est catégorique: «leur bonheur non. Cela leur apporte du travail, c?est vrai mais dans ce genre d?affaires en particulier, beaucoup d?avocats plaident pour des gens sans leur réclamer des honoraires. Quoi que l?on puisse penser de la profession légale, elle demeure une profession noble.»
<B> «Apporter ma petite contribution» </B>
Si elle est heureuse de présider le tribunal de la propriété industrielle ? il s?agit d?un tribunal d?appel où toute personne se sentant lésée dans le rejet de sa demande d?enregistrement de marque, entre autres, peut faire appel ? elle est ravie que cette responsabilité ne soit qu?à mi-temps.
«Cette nomination n?est pas une occasion de me faire connaître ou de me valoriser. C?est une façon d?apporter ma petite contribution et de tenter d?établir la justice. Comme ce n?est pas un poste à plein temps, je pourrai continuer à plaider en Cour.»
Eu égard à ses choix, certains pourraient arguer qu?en quittant le monde de l?offshore et du droit commercial au profit du droit civil et pénal, elle a dédaigné une filière prestigieuse. «Je n?ai fait qu?une pause avec ces filières. Jusqu?à présent, j?estime avoir fait le bon choix. Je ne me vois pas exister dans le monde légal loin des tribunaux et sans plaidoirie?»
Tenace la demoiselle !
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