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Le pouvoir à tout prix

2 juillet 2008, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les supputations ont repris. Le Budget 2008-2009, pour de nombreux observateurs politiques, ouvre la voie aux tractations politiques. Les avis sont partagés sur la question mais il n?empêche que la rumeur politique enfle. Dans le fond, il n?y a que des nuances sémantiques tant la politique locale est un infini manège de flirts et de liaisons dangereuses. Et, cela, même lorsqu?on n?est pas en fin de mandat, période propice aux consultations secrètes. C?est qu?il faut dire que les politiques ne perdent pas leur temps. Ils aiment bien se fixer sur les configurations électorales les plus à même de leur garantir l?accès au pouvoir. C?est une tradition qui remonte dans le temps et qui obéit à des conditions objectives.

En effet, si les alliances se construisent, c?est parce que la société politique et l?organisation sociale le commandent. «Dans toutes les sociétés, il y a des intérêts multiples. Les groupes sociaux et humains sont relativement hétérogènes. Pour réaliser leurs aspirations, ils s?expriment à travers des lobbies au départ. A l?époque d?une île Maurice coloniale, les négociants et les planteurs vont ainsi constituer des groupes de pression pour essayer d?influencer le pouvoir politique.

Plus loin dans le temps, avec la nouvelle Constitution de 1885, on aura des regroupements définis avec, d?un côté, les oligarques et, de l?autre, les gens de couleur. Ils vont évoluer vers des structures politiques avec le Parti de l?Ordre qui représentera les intérêts de l?oligarchie économique et le Parti des démocrates qui prend en compte les intérêts des gens de couleurs et des petits commerçants», explique Sadasivam Reddi, historien et président de l?université des Technologies.

Le pluralisme politique s?inscrit donc dans le temps. Les particularités de la société mauricienne justifient, pour de nombreuses personnes, la multiplication des partis. Ce foisonnement est d?autant plus perceptible aujourd?hui avec un nombre élevé de petits partis qui gravitent autour des grandes formations traditionnelles. Il faut dire que la société mauricienne contemporaine s?inscrit désormais dans une logique de fragmentation.

Outre l?obsession ethnique, il y a des critères plus objectifs comme le rayonnement d?un individu dans une région ou encore une cause à défendre ? ce qui devait culminer aux dernières élections à la création d?une formation féministe, le Parti de la Majorité ? qui expliquent l?émergence d?une kyrielle de partis.

«Les différents partis politiques représentent l?hétérogénéité de la société. Un seul parti ne peut prétendre représenter les intérêts de toute la société. Il y a des pressions ethniques, religieuses, sociales, culturelles, idéologiques? qui poussent à la création des partis. Les petits partis se construisent à travers des affinités et aussi à partir des personnalités. Seul, on n?a pas le pouvoir. On le voit déjà en 1948 lorsque le Parti travailliste était surtout un regroupement de progressistes. Lorsqu?il deviendra véritablement un parti politique, il s?alliera au Comité d?action musulmane en 1959», précise Sadasivam Reddi. Il existera avant cette période déjà une tradition en ce sens. En effet, antérieurement à 1959, le gouverneur de l?île procédait à des nominations pour siéger aux côtés des élus au sein du Conseil exécutif.

Le système électoral, insiste l?historien Reddi, ne peut assurer une représentation de tous les intérêts. Ce serait la raison pour laquelle les grands partis s?adjoignent le soutien des petites formations. «Ils sont tous forcés à des alliances. Un grand parti peut passer à côté des intérêts spécifiques qu?un petit parti, lui, s?efforce de prendre en compte. Ce jeu d?alliance est typique de la société mauricienne. On retiendra que suite à son expérience de 1976, le MMM avait compris qu?il lui fallait composer des alliances pour pouvoir remporter les élections», rappelle Sadasivam Reddi.

Poussant l?obsession de représentativité ethnique à son extrême, les partis politiques vont donc constituer des plate-formes qui permettent à toutes les communautés d?identifier des candidats ou des partis porte-voix. Ces derniers sont, d?autre part, toujours récalcitrants à se fondre dans les grands partis car ils perdraient ainsi leur pouvoir de marchandage.

C?est ce même mercantilisme politique qui va ponctuer les deux dernières années du présent mandat de l?Alliance sociale. Après trois années où il a été question de rigueur et de sacrifice, le gouvernement donne désormais l?impression vouloir mettre les sacrifices de côté.

<I>«Un grand parti peut passer à côté des intérêts spêcifiques qu?un petit parti, lui, s?efforce de prendre en compte. Ce jeu d?alliance est typique de la société mauricienne.»</I>

Avec les recommandations du Pay Research Bureau (PRB) appliquées in toto, un sentiment accru qu?on est en période pré-électorale perdure. Même s?il est vrai, comme le souligne le professeur Raj Mathur de l?université de Maurice, que c?est après la quatrième année de pouvoir qu?un parti au pouvoir commence à préparer les élections. «Avec le Budget 2008-2009 et le PRB, la population a le sentiment que les élections sont derrière la porte. Elle se dit qu?on ne présente pas sans raison un budget qui est perçu comme étant électoraliste par certains. Cette perception devient plus forte lorsqu?un gouvernement, comme c?est le cas actuellement, fait un pas vers les petits planteurs. Et cela s?accroît lorsque c?est le PTr qui le fait car les petits planteurs constituent une part importante de son électorat. Mais il y a d?autres éléments qui vont influer sur l?événement politique», estime Raj Mathur.

En effet, il faudra attendre la décision du Conseil Privé dans l?appel interjeté par Ashock Jugnauth suite à la décision de la Cour d?invalider son siège de parlementaire. D?autres rappellent que la tournure que prendra l?actualité politique dépend aussi de ce qui sera décidé lorsque le mandat de sir Anerood Jugnauth en tant que président de la République arrivera à terme en septembre. Mais l?agenda des leaders ne correspond pas toujours aux échéances objectives. Il y a parfois des nuances sémantiques qui disent davantage que les grandes déclarations d?intention.

Les représentations populaires et les discours des partis aussi visent à convaincre que les alliances garantissent une stabilité. Dans les faits, il y a un risque que les grands partis ne veulent pas courir : se présenter seul et être quasiment sûr de ne pas réussir la conquête du pouvoir. Donc une fois le jeu lancé, les uns et les autres vont insister sur le fait qu?ils ne sont pas demandeurs et que c?est les autres qui courtisent. Pourtant, une fois l?alliance réalisée, ils vont tous s?époumoner à essayer de convaincre qu?ils ont trouvé la formule gagnante. En un mot, ils sont tous des partis d?alliances.

<B>Neuf consultations</B>

■ En quarante ans de démocratie, les Mauriciens ont été conviés aux urnes à neuf reprises pour des élections législatives. Sauf pour les élections de 1976 lors d?une lutte à trois entre le MMM, le PTr-CAM et le PMSD, les électeurs ont toujours eu à choisir entre des alliances pré-électorales. A deux reprises des alliances post-électorales ont été contractées. D?abord en 1969 lorsque le PMSD a rejoint le PTr au pouvoir dans des circonstances particulières. Il s?agissait, entre autres, de constituer un gouvernement d?unité alors que le pays venait de passer au statut d?Etat indépendant. En 1976, le PMSD avait à nouveau contracté une coalition post-électorale avec le PTr pour former le gouvernement. Hormis ces deux consultations, les alliances se font généralement avant les élections. Elles traduisent une volonté des principaux partis de se rattacher une plate-forme la plus élargie possible pour accéder au pouvoir.

QUESTIONS À?

<B>Jocelyn Chan Low</B> <I>Historien et chargé de cours à l?université de Maurice</I>

● <B>L?histoire politique incite-t-elle aux arrangements électoraux ?</B>

Dès les années 1950, les autorités britanniques craignaient, en raison de la nette domination du Parti travailliste (PTr), que l?existence d?un système des partis ne soit hypothéquée. Les autres partis, comme le Ralliement mauricien, voire d?autres regroupements étaient relativement faibles.

De l?autre côté, avec à sa tête Guy Rozemont et sir Seewoosagur Ramgoolam, le PTr faisait office de parti national. C?était une situation qui inspirait la crainte dont celle de sir Razack Mohamed du Comité d?action musulmane (CAM).

Dans la foulée, les différents dirigeants, hormis ceux du PTr, vont s?évertuer à assurer une plus large adhésion à leurs mouvements respectifs. C?est dans cet esprit qu?après la mort de Guy Rozemont, le Parti mauricien social démocrate (PMSD) partira à la conquête de l?électorat urbain. L?Independent Forward Bloc (IFB), de son côté, investira l?électorat rural anti-travailliste. D?autres groupes comme le Mauritius Hindu Congress, le Tamil United Party, vont se constituer avant l?indépendance pour assurer, entre autres, une plus grande représentativité ethnique exclusive. Tout cela va évoluer graduellement et, aujourd?hui, on a un système multipartite qui reflète la complexité des enjeux politiques, idéologiques, ethniques et de classes. Viendra après l?indépendance le Mouvement militant mauricien (MMM) qui donnera une autre dimension au paysage politique. Le MMM deviendra un vivier qui alimentera la classe politique car, de dissidences en dissidences, d?autres formations politiques naîtront.

● <B>Le système multipartite tout en reflétant la diversité des enjeux et des intérêts s?articulera toujours autour des leaders autocrates. Est-ce le seul mode de fonctionnement possible ? </B>

Le fonctionnement des partis repose effectivement sur une emprise radicale des leaders. Si on n?est pas d?accord, on part et on va créer un autre parti. Autrement, on se tait et on reste dans les rangs. Dans le même ordre d?idées, lorsqu?une alliance gouvernementale est rompue, ceux qui restent avec la majorité sont contraints de lancer une nouvelle formation politique. Il faut aussi savoir qu?à côté des partis, on a des individus qui ont un certain rayonnement régional. Les grands partis ont recours à eux parce qu?ils garantissent au moins un siège.

● <B>En quelle façon, le système électoral contraint les partis à contracter des alliances pré-électorales ? </B>

Le scrutin uninominal à un tour, le First Past The Post (FPTP), condamne les partis à contracter des alliances. Si on n?est pas dans une alliance, on est exclu. Cette logique fait que depuis 1969, hormis en 1976, on a toujours eu des alliances. Ce qui est significatif aujourd?hui, c?est que les alliances deviennent plus élargies. On fait de la place à plus de petits partis dans l?espoir de ratisser le plus large possible.

● <B>Pourquoi ne pas constituer des alliances post-électorales qui rendraient mieux compte de la volonté populaire telle qu?elle s?exprime dans les urnes ? </B>

Avec un système de FPTP, ce n?est pas possible. Par contre, le système de représentation proportionnelle (RP) le rend possible. En fin de compte, les alliances sont faites pour gagner les élections. Elles ne traduisent pas un projet de gouvernement.

● <B>Pensez-vous, après la présentation du Budget 2008-2009, que l?actualité politique va se précipiter ? </B>

D?abord, je tiens à souligner que c?est hasardeux de parler de récolte exceptionnelle («bumper crop») dans un contexte macro-économique contraignant. Certes le Pay Research Bureau a crée un sentiment de bien-être parmi une partie de la population. Mais on ne sait pas encore quelles vont être les retombées de ce budget à terme. Ce n?est que lorsqu?on connaîtra les conséquences qu?entraînera le présent budget qu?on pourra dire dans quel sens l?actualité politique va évoluer.

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