Publicité

Le poste de vice-Président, ?gaspillage? qui n?en est pas un

29 mars 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Angidi Chettiar ou Raouf Bundhun ? On ne sait pas qui sera l?heureux élu au poste de vice-président de la République, même s?il semble que le premier nommé ait plus de chances que l?actuel titulaire. En attendant le bon vouloir du gouvernement, Raouf Bundhun reste en fonction, conformément aux dispositions de la loi.

Le Premier ministre, lui, prend son temps pour désigner le successeur de Raouf Bundhun. D?abord parce qu?il estime que le poste ?ne sert pas à grand-chose.? Navin Ramgoolam ne se limite pas à le penser, il le dit ouvertement. Même en des termes assez insultants pour l?actuel titulaire : ?On n?obtient rien en retour pour les dépenses?, a-t-il dit. Ces dépenses sont estimées à environ Rs 6 millions par an. S?il ne tenait qu?à lui, la vice-présidence aurait été abolie. ?Mais il me faut une majorité de trois-quarts?, a-t-il confié à la presse.

Entre-temps, il laisse planer le doute sur la question. Il fait probablement des calculs politiques. Mais la résistance s?est organisée. D?abord du principal concerné lui-même, qui défend l?importance du poste? en affirmant qu?il s?est ?engagé dans des activités sociales et culturelles, entre autres?.

Les arguments de l?opposition sont tout aussi insipides. Le leader de l?opposition, Nando Bodha justifie le maintien de ce poste en disant que ?le poste permet d?avoir une représentation ethnique et symbolique?. Alan Ganoo, du Mouvement militant mauricien, utilise lui aussi l?argument ethnique. Mais le débat n?est heureusement pas limité à des considérations aussi basses.

Une des objections formulées retient l?attention. En l?absence du Président et du vice-Président, le chef juge doit assurer la suppléance. Mais cela peut provoquer un conflit d?intérêts dans le sens que le rôle du Président inclut celui de donner son assentiment aux lois. Le service judiciaire, qui interprète ces lois, ne peut, selon certains légistes, avoir un chef qui approuve ces lois, la séparation des pouvoirs oblige.

L?argument ne manque pas de sens. Avec l?exception que, souligne un avocat politicien, ?le Président, en tout état de cause, n?est qu?un rubber stamp (NdlR : il approuve sans discussion)?. Ce qui est également vrai. Le Président donne son assentiment aux lois. Il peut refuser de le faire dans un premier temps et renvoyer le projet de loi aux parlementaires, en leur demandant de reconsidérer certaines clauses.

Mais le pouvoir législatif a la prérogative de ne rien changer au projet de loi et peut le retourner au Président. Celui-ci n?a alors d?autre choix que de donner son assentiment. Ou, s?il maintient son refus, comme l?ont fait Cassam Uteem et, à son tour, Angidi Chettiar en 2002, être contraint de démissionner.

Récompense suprême

Entre-temps, les postes de Président de la République, pompeusement appelé Commander in chief of Mauritius et celui du vice-Président servent effectivement à garder une certaine balance communale, de même qu?à récompenser les fidèles. Ainsi, la récompense suprême que l?alliance Mouvement socialiste militant-Mouvement militant mauricien a offerte à sir Anerood Jugnauth, après de longues années de bons et loyaux services, était le château du Réduit.

Mais tout gouvernement du jour en fait aussi un peu ce qu?il veut : quand Cassam Uteem démissionne en février 2002, on nomme Karl Offman président, non sans s?être assuré qu?il démissionnera en octobre 2003 pour que sir Anerood Jugnauth le remplace. Le Parti travailliste, une fois au pouvoir, avait lui aussi l?intention de récompenser sir Satcam Boolell en l?installant au Réduit. Mais le décès de ce dernier a mis fin au projet.

Le poste de vice-Président est certes moins convoité mais représente quand même une belle récompense. Il se chuchote que le gouvernement aurait déjà demandé à Angidi Chettiar de remplacer Raouf Bundhun, avec une condition toutefois attachée à l?offre : qu?il démissionne en 2008, quand le poste de Président aussi deviendra vacant. Le gouvernement aura alors un beau package à offrir à ses fidèles? ou à ses adversaires.

Un ?gaspillage? donc pas tout à fait gaspillé par les gouvernants. En attendant que le bon sens prévale et que la majorité de trois-quarts soit négociée?

Publicité