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Le piège de la perception

26 juin 2004, 20:00

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Parce qu?il y a eu une certaine perception que la « kleptocratie » jouissait d?une forme d?impunité, l?opinion publique s?est montrée partagée sur la question de l?impartialité de la justice. Aujourd?hui encore, l?étonnement est grand lorsque la question de la corruption au niveau du judiciaire est évoquée. À juste titre, les juges et magistrats s?expliquent mal cette humeur collective qui interroge, dans une certaine mesure, leur probité. Certes, certains individus n?ont pas lésiné sur les moyens pour discréditer le judiciaire, ou du moins quelques juges. Mais une tradition basée sur la rationalité a épargné au judiciaire de devoir répondre de ses décisions, tant celles-ci sont fondées sur le respect du droit.

Cependant, à l?instar des autres institutions, le judiciaire n?est plus exempt de lectures critiques. Même si le principe de l?équilibre des pouvoirs ne peut être mis en cause, il demeure que tous les pouvoirs sont remis en question lorsqu?une société subit des avatars. Dans le contexte qui est le nôtre actuellement où s?installe la démocratie d?opinion, ceux qui garantissent le droit et l?égalité et ceux qui gèrent les instances de contrôle et de régulation sont doublement mis sous les feux des projecteurs. Il y a une demande d?équité et de transparence prononcée.

Dans le cas du judiciaire, c?est un fait que la critique procède des surcharges procédurières qui diminuent son efficacité. Entre-temps, la modernisation du judiciaire, promis par nos décideurs politiques, reste une déclaration d?intention. Respectueux du décorum qui entoure leur fonction, les juges ont rarement l?occasion de faire connaître leur point de vue. Ce qui rend les réserves émises par l?opinion encore plus cruelles.

La société sans le droit, c?est le désordre. Une société en processus de modernisation, sans le droit, c?est courir le risque de vivre dans une vraie jungle. D?où la nécessité désormais d?une réforme rapide de notre système. Dans les sociétés les plus évoluées, il existe une certaine connivence entre les juges et les médias qui offrent aux premiers un relais qui leur permet d?exercer toutes sortes de pressions. Ce n?est pas le cas à Maurice. Les médias ne sont pas les caisses de résonance du judiciaire. Il en découle que le lien est direct entre la justice et l?opinion. À ce niveau, on ne peut, de quelle que manière que ce soit, influencer l?opinion. En pareil cas, le poids de l?opinion est relativement lourd et sévère.

Que les principaux acteurs du judiciaire se posent aujourd?hui des questions sur la perception que l?opinion pourrait avoir de leur institution ne peut être que salutaire. Derrière elle apparaît un autre besoin. Celui d?un dialogue. L?État n?est plus le seul bras séculier de l?intérêt général. Dans un contexte de désamour entre les citoyens et les institutions, il y a une réelle urgence à sécuriser l?opinion par rapport à la justice.

Pour échapper au flux des soupçons, cette dernière se voit contrainte de rappeler son identité distincte. Il n?est plus seulement question d?équilibre des pouvoirs, mais d?un réajustement qui apaise l?opinion sur la crédibilité du recours que représente la justice. Dans d?autres pays, il y a même l?attente que le judiciaire joue le rôle de contre-pouvoir. Nous n?en sommes pas là, tant mieux. Mais nous n?échapperons pas pendant longtemps à cette exigence d?une justice qui s?imprègne autant du droit qu?elle ne s?habille d?humanisme.

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