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Le pays est encore tout courbaturé

8 avril 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Que les secteurs public et privé ne voient pas les choses du même ?il n?est pas nouveau. Mais pour le chikungunya, leur opinion quant à l?étendue de la maladie à Maurice est tellement divergente qu?il est devenu difficile de préciser si le virus est en perte de vitesse. Le ministère de la Santé affirme que tel est le cas alors que des médecins exerçant dans le privé pensent le contraire. Un élément fait toutefois l?unanimité : les dangers liés à la cortisone.

Le Private Medical Practitioners Association (PMPA) a rédigé des recommandations sur la prise en charge du chikungunya. Ce document est destiné à l?ensemble du corps médical «dans le souci de guider nos collègues médecins, en particulier ceux dans le domaine privé.» Dans sa présentation, le Dr Oomar Uteem explique que «notre comité scientifique a établi des guidelines dans le cadre de l?épidémie du chikungunya qui sévit».

Ce document révèle un élément frappant : «L?évolution vers une arthrite chronique sur 3 à 6 mois est notée dans environ 12 % des cas». Le virus peut, dans certains cas, continuer à gêner le patient pendant des mois après l?infection.

Pour le Regional public health superintendent du ministère de la Santé, le Dr Amita Pathack, l?impression que le virus est toujours aussi présent est donnée par ce facteur «traumatique» du chikungunya auquel s?ajoutent les nouveaux cas déclarés. «Le chikungunya est sous contrôle et la tendance est à la baisse, même si on continue à enregistrer de nouveaux cas tous les jours. On s?en est sorti assez bien, comparé à la Réunion.»

Cortisone sans prescription

Il est sûr qu?entre les deux îles, il n?y a pas photo. Les derniers chiffres le confirment. Si le nombre total de cas n?est pas disponible, 121 cas ont été enregistrés les 4, 5 et 6 avril, contre 980 pour les mêmes dates de mars. A titre de comparaison, 1 407 cas avaient été enregistrés en trois jours en février (les 25, 26 et 27).

Cette situation n?est pas pour déplaire au ministre de la Santé, Satish Faugoo. «Il y a définitivement un déclin. La situation est sous contrôle.» Il ajoute que «l?heure n?est pas à la complaisance.»

Mais pour un médecin exerçant dans le Nord, la situation n?est pas aussi nette. «Dans certains endroits, le virus est en baisse, alors que dans d?autres, il est en hausse. Mais globalement, on ne peut pas dire que c?est en baisse.» Ce praticien qui reçoit encore environ 20 appels téléphoniques par jour à propos du chikungunya. Elle constate aussi que les Mauriciens préfèrent «aller directement à la pharmacie» car une ordonnance coûte «entre Rs 600 et Rs 700».

Le Dr Amita Pathak a une interprétation différente. Elle explique que «le comportement du Mauricien» veut que chaque victime du virus consulte un médecin environ trois fois pendant sa maladie. «Seuls 10 % des Mauriciens ne se rendent pas à l?hôpital.»

Il y a toutefois une chose sur laquelle tout le monde est d?accord : l?utilisation immodérée de la cortisone. Le Dr Pathak la considère comme un «très bon médicament, mais qui doit être utilisé judicieusement». A défaut, ce produit peut augmenter la virémie et accroître les cas de diabète et de gastrite. Elle dénonce «l?abus» de la cortisone par certains pharmaciens qui font des injections sans prescription, même si le ministère de la Santé et le Pharmacy Board les surveillent de près.

Le médecin privé de la région nord observe aussi que la cortisone peut avoir «des effets secondaires extraordinaires». Son utilisation est surtout déconseillée pendant «l?évolution virale» de la maladie, car elle peut générer des «complications cardiovasculaires et rénales». Mais après cette période, le patient peut avoir recours à la cortisone s?il a «très mal». Elle déplore aussi que les «Mauriciens ne s?informent pas sur les injections de cortisone. C?est dramatique. Ils pensent qu?elles sont un vaccin contre le chikungunya». Elle confirme ce que dit le Dr Pathak : des pharmaciens livrent des injections sans prescription.

Tout le monde est concerné

Le problème de la cortisone est aussi relevé par la PMPA. Elle souligne que «la cortisone ne doit pas être utilisée en phase aiguë de la maladie. Cette classe de médicament diminue la réponse immunitaire, augmente la virémie et les risques de surinfection bactérienne». Le président de l?Ordre des médecins (Medical Council), le Dr Uday Ramjuttun, ajoute que la cortisone peut provoquer des ulcères.

Tout le monde est désormais concerné par le chikungunya, directement ou indirectement. Il est difficile de rencontrer un Mauricien qui ne compte, parmi ses proches, quelqu?un qui n?ait pas contracté la maladie. On constate même une certaine banalisation du virus. A tel point que beaucoup de victimes préfèrent se soigner elles-mêmes plutôt que d?aller à l?hôpital. Elles pensent qu?il leur sera remis une prescription dont ils connaissent déjà la teneur.

C?est le cas de Ryan, 31 ans, qui réside à Péreybère. Samedi, il s?est découvert les symptômes : forte fièvre, douleurs aux poignets et maux de tête. Il a choisi de ne pas consulter un médecin. «ça doit être un peu personnel dans le sens où ça dépend de l?expérience de chaque personne avec les médecins. Ma belle-s?ur a aussi été victime du chikungunya. Elle est allée voir un médecin, à deux ou trois reprises.» Il se soigne au paracétamol, un comprimé toutes les six heures. S?il dit que «ça va mieux maintenant», les nausées, diarrhées et courbatures persistent. Envisage-t-il de consulter un médecin ? «Non. A moins que les choses ne s?aggravent !».

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