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Le nouveau protocole
Entre la fin des années 1970 et celle des années 1990, les thrillers français étaient synonymes d?ennui. Dénués de tout suspense d?une manière générale, ils s?essoufflaient, une fois passé le cap du début et surtout, ils étaient incroyablement bavards. Il y eut bien une ou deux demi-réussites venant de grands comme Henri Verneuil ou Constantin Costa-Gavras dans le domaine du thriller politique. Mais ce domaine demeurait et demeure toujours essentiellement celui de quelques grands cinéastes américains si souvent évoqués dans cette rubrique.
Autant de considérations qui font que Le nouveau protocole tient à la fois de la curiosité méritant le détour et du défi relevé avec un succès qui mérite d?être salué. Voilà un thriller politique français qui est non seulement réussi en tant que film politique mais aussi en tant que thriller. Son réalisateur, Thomas Vincent, a compris que l?élément clé de tout thriller est le suspense et que celui-ci dépend avant tout des enjeux posés et de l?action, plutôt que du bavardage inutile.
Ce thriller politique commence dans un village africain. Des enfants se font apparemment vacciner par ce qui ressemble à une équipe médicale. Certains sont inquiets, d?autres pleurent, d?autres encore fixent la caméra. Ce qui donne à la scène un côté candide que vient démentir une bande-son inquiétante. Pas une parole prononcée? et à la fin de la séquence, gros plan sur l?emballage du ?vaccin?: il s?agit d?un produit en cours d?expérimentation.
La séquence suivante est dans l?est de la France où Clovis Cornillac, bûcheron et patron d?une entreprise d?exploitation forestière, apprend la mort de son fils de 18 ans dans un accident de voiture. Une seule séquence, puis deux autres pour nous montrer le désarroi d?un père mais aussi que ce personnage solitaire est quelqu?un de robuste. Les dialogues sont réduits au minimum, ce sont les gestes et les images qui parlent.
Le film ne devient réellement parlant que lorsque Clovis Cornillac rencontre Marie-Josée Croze, une alter-mondialiste plutôt agitée. Mais c?est justement pour nous amener à nous interroger sur cette dernière. A t-elle toutes ses facultés ? En se posant la question, on se rend compte que la réalisation est terriblement efficace, que les acteurs sont remarquables et que Thomas Vincent sait très bien les diriger.
C?est également autour des interrogations sur l?état mental du personnage de Marie-Josée Croze que vient s?articuler l?autre élément essentiel du thriller : le doute. Tour à tour, Clovis Cornillac est convaincu de l?implication directe d?une grande compagnie pharmaceutique dans la mort de son fils, puis il en est un peu moins sûr. Thomas Vincent co-scénariste (avec Eric Besnard) joue sur ces balancements pour faire avancer son récit, jouant avec le spectateur un peu à la façon des auteurs post-modernes.
Ainsi, poursuites et bagarres ne sortent jamais du cadre strict du récit et augmentent encore plus l?incertitude, donc la tension aussi. En même temps, à travers d?autres personnages (celui d?un militant alter-mondialiste notamment), il nous cite certains faits et nous tient un discours sur le cynisme des compagnies pharmaceutiques qui privilégient le chiffre d?affaires au détriment de la santé publique.
Dans un débat sur la forme, on pourra toujours se demander si Le nouveau protocole utilise le propos politique pour les besoins du thriller ou s?il s?agit d?un film utilisant les éléments du thriller pour les besoins du discours politique. Plus sérieusement, le film n?est pas très convaincant à propos du basculement final de Clovis Cornillac. Faiblesse que vient compenser une fin brillante de par sa mise en scène et de par sa façon d?être la conclusion très logique de ce film sobre, loin de toute catégorisation.
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