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Le monde sous l??il de Mamade Kadreebux

22 mai 2005, 00:00

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On savait Mamade Kadreebux écrivain et narrateur de talent, auteur de Life in the shadows (voir expresso du 7 septembre 2003) dans lequel il raconte les mille et une péripéties de sa vie particulièrement vagabonde et errante, aimant s?attarder, le temps qu?il faut, auprès des personnes de toutes conditions, sachant lui ouvrir de nouveaux horizons humains. On le savait photographe malgré lui, pourtant sollicité à Tokyo comme à Berkeley, à Berlin comme à Seattle, par des universitaires étudiant l?art photographique et par leurs professeurs.

On peut, enfin, découvrir un échantillon révélateur de ses ?uvres qu?expose, jusqu?au 31 mai, le Centre culturel d?expression française (CCEF), à l?étage de la Barclays Bank, rue Chasteauneuf, à Curepipe. On peut y admirer des photos particulièrement signifiantes car longuement méditées et mûries. Des vues surprenantes de réalités intériorisées et comprises par un être pensant, cherchant à communiquer en profondeur et en vérité avec d?autres êtres, capables de réflexion et sachant donner un sens à la vie.

D?autres photographies communient avec une nature environnante cherchant à transmettre à l?homme un message essentiel. Là où le commun des mortels voit, par exemple, une étendue de dunes désertiques, Kadreebux y voit un corps féminin allongé mais contemplant la voûte céleste lui signifiant l?élévation d?âme à laquelle nous sommes tous appelés. Une fissure dans une falaise devient le commencement du monde, autrement dit le sexe féminin vu du ventre maternel, d?où son aspect lumineux au commencement du tunnel de la vie.

L?exposition de Kadreebux au CCEF ne se veut pas exhaustive. Elle se contente d?être un simple échantillon, mais combien significatif d?un art photographique inspirant le plus grand respect. Nous sommes à des années lumière de la photo carte postale, à des années lumière de la photo visant l?esthétique pour l?esthétique. On y chercherait en vain la moindre trace de glamour, de séduction malsaine. Chez Kadreebux, la photographie est naturellement philosophique et même métaphysique. Il n?est pas un obsédé de la photographie, par exemple.

<B>La grosse tête ? Très peu pour lui</B>

Ce photographe veut passer inaperçu et cultive volontiers l?incognito. On le voit d?ailleurs le plus souvent désarmé, c?est-à-dire sans équipements. Il ne dégaine son appareil photographique que lorsqu?il est en mission ou quand, après maintes méditations, il finit par conclure qu?une photo s?impose, même s?il lui faut alors recommencer à zéro et prendre le temps qu?il faut, une semaine, un mois ou davantage, pour retrouver les mêmes conditions idéales, le temps de grâce permettant le déclic photographique. L?attente peut durer indéfiniment, en plein désert ou sur une banquise de l?Alaska.

Avant de photographier, il sait solliciter l?autorisation pour le faire, même devant une montagne enrobée de neige, une étendue désertique, une pierre énigmatique, un rayon vert crépusculaire assez fugace pour que des connaisseurs décrètent cette photo rarissime et demandant à voir l?original pour s?assurer que la lueur verdâtre n?est pas un effet d?impression trompeur.

La grosse tête ? Très peu pour lui. Il sait demeurer humble et modeste devant cette Nature qui le transcende du tout au tout.

Il est d?ailleurs incapable du moindre complexe de supériorité car les autres habitants de la planète Terre sont ses frères et s?urs, devant l?initier aux secrets de la vie qui lui sont encore hermétiques.

Des ?uvres exposées au CCEF pour notre plus grand bonheur, on se souviendra plus de celles gravant sur pellicule des immensités célestes ensoleillées ou ennuagées, des étendues marines, neigeuses, désertiques ou sablonneuses. Des ré-flexions imagées sur la pierre qu?elles soient échancrure dans une falaise, pierrailles ou caillasse, demeureront gravées dans nos mémoires, tout comme la paroi rocheuse servant de support, en terre Dogon, à des dessins millénaires, exprimant un message métaphysique incompréhensible même aux meilleurs ethnographes. Il y a des vues de l?homme, de l?enfant frappé d?éternité au milieu de son habitat, de son environnement.

<B>Transformer des cailloux en rubis spirituels</B>

Il y a la barque de roseaux sur la berge du lac Titicaca, les reflets lumineux d?Ushuaia, localité la plus septentrionale au monde, à l?orée de la Terre de Feu, au seuil de l?infini, de l?éternité. Il y a les rêves qui se bousculent dans la mémoire du photographe-philosophe.

C?est en pèlerin que Mahmade Kadree-bux atteint non sans peine le bout du monde, le but du voyage, la découverte de la vérité, la connaissance de soi. Il y fait le plein d?émotions nouvelles qu?il offrira sans compter à ceux aussi disposés que lui à se dépouiller de l?homme ancien en eux, saturé de fausses assurances, gavé de préjugés, de partis pris, pour naître à une nouvelle vie. Chaque pas, qui le rapproche d?un but encore

à déterminer purifie davantage notre homme, n?ayant de cesse depuis les cyclones Alix et Carol à se mettre totalement à la disposition de n?importe qui lui faisant confiance, sollicitant son écoute, un conseil, son aide, faisant appel à lui.

Nous connaissons l?homme aventureux, doué de disponibilité la plus grande, pédagogue accompli car excellant dans l?art de l?écoute des autres, des êtres et des choses. Le vernissage de son exposition, le 17 mai, au CCEF, nous a aussi permis de découvrir le poète chez Kadreebux. Prenant la parole pour remercier ceux qui l?ont aidé dans sa vie et plus particulièrement à l?occasion de son exposition, il a su trouver des mots riches en émotion pour rendre hommage à l?amitié, pour leur offrir sa « valise de rêves », se faire pardonner le « silence des années ».

Il se souvient de Souillac, son berceau où il « respire la lumière » et salue le vieil océan avec un bonheur hartien. Mais c?est à Curepipe, « ville de l?exil », que son c?ur apprend à parler, à ressentir le « chant de la terre, la plénitude de la solitude ». Il y apprend avec ses compagnons bâtisseurs, avec ses caravaniers de l?amitié, à voir le monde avec le « regard familier d?un ami » et il dit : « Pour l??il qui voit, tout vaut la peine d?être vu. Tout est digne d?être pesé sur la balance du regard ».

Ce photographe-alchimiste possède le secret de transformer des cailloux en rubis spirituels. Toute cette force intérieure lui assure le courage de se mettre en route vers l?Amitié et ses horizons non pas fuyant, mais ouvrant sur d?autres joies. Il ne craint rien car il sait pouvoir se « nourrir de la rosée qui rafraîchit le c?ur ».

Son secret, il le livre bien volontiers à tous et pas seulement à travers ses photographies exposées au CCEF : c?est « la fraternité universelle et la plénitude de l?amour ».

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