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Le modèle

14 novembre 2004, 00:00

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Le modèle au premier sens est l?idée : seulement le modèle au sens d?original joue de la même façon le rôle de premier principe. Pour le peintre, par exemple, le modèle est aussi premier car il est irremplaçable : il est premier au sens où on ne peut trouver autre chose comme référence à ce que l?on considère (le portrait). Le peintre ne crée pas de toutes pièces un portrait : il imite un modèle. Pourquoi faudrait-il un original et pourquoi faudrait-il l?imiter ? Car il est considéré comme accompli en son genre et le seul complètement accompli : l?original sert alors de norme et non plus seulement de principe. Dans l?art conçu comme une imitation, s?imposer le modèle de la nature où le peintre lui est subordonné : la nature est l?idéal dont l?art consiste à dégager la beauté. Certes la nature est multiple ; c?est pourquoi l?art doit dégager « la belle nature » de la nature en imitant de façon analogique ses produits. Il n?y a donc qu?une différence de degré dans la conception du modèle artistique et dans celle du modèle platonicien qui lui est idéal dans sa pureté. L?art doit dégager la suggestion de la nature en produisant des analogies : il est le guide de ce qui sera sur la toile « comme si » c?était dans la nature. Or cette explication est-elle pertinente ? Contre-épreuve : en effet, l?art se passe très bien de modèle et n?imite plus. Le modèle devient motif. La nature n?est plus le modèle mais le motif du peintre. Le modèle n?est que le motif. Il y a des cas où il n?y a pas de modèle du tout. La peinture abstraite ne prend aucun modèle pour objet, mais part de la « nécessité intérieure » qui serait à transposer dans l?espace et la couleur. Mieux encore, il n?y a plus de transposition lorsque l?on va au bout de cette logique. Marcel Duchamp prend un porte-bouteilles, le met sur un socle et dit c?est « un objet d?art ». L?art est dérision, indépendamment de la notion de modèle. Dans Le peintre et son modèle de Cézanne, qui est un tableau de jeunesse, une logique des sensations apparaît : on voit un artiste qui peint un tableau dans lequel il décrit son atelier où le peintre est peint de profil par Cézanne. Que peint le peintre lorsqu?il peint le peintre et son modèle ? Ce n?est pas le modèle qui est devant le peintre, ni la scène d?atelier entre le peintre et son modèle, mais c?est la relation entre le motif (la scène) et la peinture, c?est l?art de peindre qui est en question, l?énigme du visible. Qu?est-ce que rendre visible par l?énigme de la peinture ? Cézanne s?oppose à une modélisation de la perception selon le signe et le signifié de ce signe. Ce qu?il interroge, c?est le sens même de l?acte de peindre : « Je vous dois la vérité en peinture et je vous la dirais ». « La vision du peintre n?est plus regard sur un « dehors » (sur un modèle), mais une relation seulement avec le monde. Le monde n?est plus devant lui par représentation : c?est le peintre qui naît dans les choses comme par concentration et le tableau finalement ne se rapporte à quoi que ce soit parmi les choses empiriques qui, à condition d?être « auto-figuratif » ; il n?est spectacle de quelque chose qu?étant « spectacle de rien ».

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