Publicité

Le ministre Putten s?en va en guerre contre la Voice of Hindu

10 avril 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Non je ne me laisserai pas faire. » Le poing sur la table, le regard déterminé, Prithviraj Putten est en colère. Il n?est ministre que depuis trois mois et voilà qu?on le menace de mort dans sa circonscription. « Mais vous allez voir. Je n?ai pas peur des chantages, même s?ils proviennent de la Voice of Hindu? »

Flash-back. Mercredi, vers 19 h 15, dans la mairie de Quatre-Bornes, Prithviraj Putten anime une réunion de la régionale de sa circonscription. Huit ou neuf hommes, surexcités, pénètrent dans la salle, en vociférant. « To pou conné ar nou là ! », lancent-ils au ministre. Ils renversent des chaises et une table sur leur passage. Un vent de panique se lève sur l?assistance.

L?un d?entre eux s?approche dangereusement du ministre. Il pointe son index à quelques centimètres de son visage et hurle : « Dernier fois to mette to lipied dans Quatre-Bornes. Si to fine élu, c?est grâce à nous, à nous la sueur? » Le garde du corps s?interpose. Et les assaillants, après d?autres menaces, s?en vont, laissant le ministre sous le choc. « C?est vrai que j?ai eu peur, que j?ai craint pour ma vie. Mais je suis resté pour tenir tête à ces malades. Pour qui se prennent-ils ? », répète-t-il.

Plus tard, au poste de police de Quatre-Bornes, il identifiera ses assaillants comme étant des membres de la Voice of Hindu (VOH). « Je connais leurs noms et j?ai tout raconté à la police. Ce qu?ils ont fait est trop grave », dit-il en ajoutant : « Ils habitent la circonscription et c?est vrai qu?ils faisaient partie de ceux qui ont travaillé pour le parti lors de la dernière campagne électorale. Mais ils n?étaient pas les seuls et je ne leur dois rien. »

En fait, Prithviraj Putten découvre petit à petit la dure réalité politique sur le terrain. Venu du secteur financier, après vingt ans passés à la State Bank, il s?est jeté dans l?arène en septembre 2000. C?était sa première campagne. Et il avait affaire à des membres connus de la VOH de la circonscription. « Déjà à l?époque, ils étaient contre ma candidature à Belle-Rose-Quatre-Bornes, mais ils n?ont rien pu faire, parce que le parti leur avait demandé de prendre leurs distances de nous? »

En campagne électorale, les politiciens côtoient toutes sortes d?énergumènes qui réclament argent, job et autres faveurs. « Je refusais toujours ces pratiques et menais une campagne propre, ce qui déplaisait? »

Une fois élu, Prithviraj Putten affirme avoir pris ses distances des « personnes louches, avides de faveurs ». Mais depuis qu?il vient d?être nommé ministre de l?Administration locale et de Rodrigues, celles-ci sont revenues tourner autour de lui. « Mais je n?avais pas changé d?un iota. »

C?est ainsi, raconte-t-il, qu?il a refusé de danser sur la musique que voulaient lui imposer des membres de la VOH. « Je leur ai fait comprendre qu?avec moi, on ne reçoit pas de contrats. Je suis contre tout regroupement sectaire, contre toute pression, qui irait à l?encontre du principe de transparence? » Ce qui, selon lui, serait à la base des incidents à Quatre-Bornes.

Interrogé, Navin Unoop, l?un des dirigeants de la VOH, revendique ces incidents, mais nie avoir réclamé quelque faveur. « Il y a une profonde colère dans la région de La Source. Le ministre a complètement disparu de la circulation. Et il a fait des promesses qu?il n?a pas respectées. Comme membres de la régionale, nous sommes allés lui dire ses quatre vérités », avance-t-il pour justifier ces dérapages.

Navin Unoop et d?autres membres de la VOH, mêlés aux incidents, consigneront une déposition à la police de Quatre-Bornes demain, en compagnie de leur homme de loi. « On dénoncera le ministre Putten.»

La VOH se proclame porte-parole des hindous, partout dans l?île. Ils sont proches des milieux politiques et ont leurs entrées dans différents partis de même qu?à l?hôtel du gouvernement. Le Premier ministre les a reçus à maintes reprises au bâtiment du Trésor.

Prithviraj Putten, dont la sécurité a été renforcée, veut, lui, en finir avec la VOH. «Je les traînerai devant la justice. La boue qu?ils veulent jeter sur moi ne m?atteindra pas, parce que j?ai les mains propres.» Le ministre en fait une affaire personnelle, une question d?honneur.

Publicité