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Le marché local a un gros potentiel

6 juin 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

120 millions de litres, c?est la consommation annuelle de lait à Maurice. Avec le prix élevé du lait importé, la production locale s?avère un substitut non-négligeable. Encore faut-il réorganiser l?industrie avec de nouveaux projets et une remise à niveau de la production par les petits éleveurs. Ainsi un projet de village laitier verra bientôt le jour à Nouvelle-Découverte. Cinq éleveurs regroupant 70 bêtes y participeront. Cela leur permettra de diminuer leurs coûts de production et de rentabiliser leur business.

Dans le passé, des tentatives d?accéder à un niveau industriel n?ont pas marché pour diverses raisons dont les prix peu compétitifs face aux produits importés qui revenaient moins cher aux consommateurs. Les échecs des expériences passées ont démontré que des détails techniques méritent également beaucoup d?attention si la production laitière doit être viable. De plus, aujourd?hui, seuls les petits fermiers, au nombre de 1 500 à 2 000, produisent du lait frais. Afin de commercialiser leur produit et d?être rentables, le regroupement sera de mise.

Récemment le projet de production laitière, Cream Bell a été abandonné. Durant les années 80, plusieurs tentatives de production locales ont également échoué. Afin de comprendre les raisons de cet échec, il est important de revenir sur le contexte dans lequel cette production a été abordée. Plusieurs entreprises de l?industrie sucrière, notamment Union, Mon Trésor Mon Désert et Mon Loisir entre autres, s?étaient lancées dans la production laitière industrielle. Mon Loisir a été l?une des entreprises à atteindre une production de 15 millions de litres par an, mais ce taux a ensuite vite baissé durant les années qui ont suivi. Si bien que, comme les autres compagnies qui s?étaient essayées à la production laitière, celle-ci a aussi abandonné le projet.

<B>Les vaches ?créoles? pas assez productives</B>

Les compagnies locales ont eu affaire à une forte concurrence de la part des marques de lait en provenance d?Europe. ?À l?époque, les Mauriciens consommaient le lait Everyday qui venait d?Europe?, souligne Jean-Cyril Monty, chargé du desk de diversification à la Chambre d?agriculture.

Aujourd?hui la situation a changé mais c?est toujours le lait étranger qui domine le marché. Le lait néo-zélandais et australien représente 90 % de notre consommation. Il y a 20 ans, alors que la production laitière locale tentait de se développer, le lait européen représentait 75 % la consommation. Cela s?explique par le fait que le lait bénéficiait de subventions de l?Union européenne et qu?il n?y avait alors pas de quotas de production. Résultat, le lait européen était produit en surplus et vendu à des prix compétitifs.

Au-delà du fait que le lait local n?était pas compétitif face au lait venu d?Europe, certains détails techniques ont aussi posé problème. Les vaches locales, dites vaches ?créoles? ne sont pas très productives. Il a donc fallu importer des vaches laitières, les Frisian, d?Australie et d?Afrique du Sud. Si celles-ci vivent bien en température relativement chaude elles ne s?adaptent pas nécessairement à un climat humide. ?Ces vaches pèsent entre 600 et 700 kilos. Elles transpirent énormément. Elles sont habituées à des taux d?humidité variant entre 50 % et 55 %. Ici en été nous atteignons les 90 %?, explique Jean-Cyril Monty.

La solution afin d?avoir des élevages de vaches Frisian à Maurice serait de les garder dans des espaces contrôlés. Il faudrait donc qu?elles ne soient pas élevées en pâturage, mais plutôt dans des sortes de hangar où l?aération est réglée. Ce type d?élevage permettra aussi de s?assurer que la nourriture fournie aux vaches soit de bonne qualité. Cependant la production d?un fourrage à forte teneur en protéine va coûter cher.

De nos jours, seuls quelques petits éleveurs assurent la production de lait frais. Ils sont entre 1 500 et 2 000 et certains d?entre eux ne possèdent que deux vaches. La production de lait est donc souvent sur un modèle quasi artisanal. Le lait produit est en partie vendu à l?Agricultural Marketing Board, ainsi qu?à des individuels ou encore à des hôtels. ?Avec une partie du lait je fais des produits à valeur ajoutée tel que les ?paneers? ou le ?dahi?. Une vache peut produire environ 3 000 litres de lait par an?, explique Tejsingh Bhagwan, éleveur depuis 20 ans et aussi président de la Northern Livestock Cooperative Society. Chacune de ses vaches consomme 30 kilos de fourrage par jour. ?L?élevage, dont je m?occupe avec ma femme, demande huit heures de travail par jour. Ça commence à partir de 5 heures chaque matin?, souligne Tejsingh Bhagwan.

Les petits exploitants ont déjà compris que le regroupement est un des moyens nécessaires à leur survie. Ainsi avec le projet de village laitier qui verra le jour à Nouvelle-Découverte, ils devraient diminuer leurs coûts de production et maximiser leurs profits.

L?Agricultural Marketing Board achète actuellement le lait frais produit par les petits éleveurs. Il le pasteurise et le met en sachet sous le Milk Marketing Scheme. La quantité de lait diminue cependant d?année en année. Actuellement l?AMB ne récolte que 1 300 litres par jour alors que le potentiel du marché est de 6 000 litres.

La production laitière locale ne pourra se faire que sur une échelle industrielle si elle veut concurrencer le lait importé. De plus le lait produit à Maurice serait du lait frais alors que la préférence en termes de consommation demeure en faveur du lait en poudre. D?un côté le prix du lait importé ne cesse de grimper. Selon les estimations de la Chambre d?agriculture, le prix du lait importé montera de 45 % en 2007. Et avec les prix qui ont augmenté, l?importation du lait a baissé durant ces dernières années. En 2004 elle était de 18 390 tonnes alors qu?en 2006 elle n?était que de 16 658 tonnes.

D?un autre côté, la production à échelle commerciale au niveau locale nécessitera un investissement important ainsi que l?importation de vaches laitières qui devront être élevées dans un environnement approprié. Si la production se fait localement, il faudra alors se demander si le consommateur acceptera du lait en brique alors que son palais préfère toujours le lait en poudre.

<B>Sharon SOOKNAH</B

QUESTIONS À?

<B>Jean-Cyril Monty responsable du desk de la diversification à la Chambre d?agriculture de Maurice</B>

● <B>Les tentatives de produire du lait localement ont échoué dans le passé. Pourquoi essayer d?en produire maintenant ? </B>

Nous sortons d?une situation où nous n?étions pas compétitifs en raison des subventions accordées par l?Union européenne. Aujourd?hui, on est face à une situation où la production agricole a sa raison d?être. Une relance de la production locale mérite donc d?être encouragée. Si nous n?avons pas réussi dans le passé c?est que les conditions, surtout économiques, ne s?y prêtaient pas. Il y a cependant toute une réflexion à faire sur cette relance de la production laitière.

● <B>Le manque de formation, le coût du fourrage ou encore le fait que les vaches importées ne s?adaptent pas, sont parmi les raisons qui expliquent les échecs précédents. Ces obstacles peuvent-ils être contournés aujourd?hui ? </B>

Oui, mais il y a toute une série de mesures d?accompagnement à mettre en place. La formation est essentielle. Il faut inculquer les notions de ?comment nourrir?. Si un animal est mal nourri, cela a une incidence négative sur sa productivité. De plus la majorité des 1 500 à 2 000 petits éleveurs qui restent, entreprennent l?élevage de façon artisanale. Et dans ces ?étables?, l?environnement ne se prête pas à une bonne productivité. Imaginez une vache à lait qui est importée, une pure breed habituée à un environnement sain. Quand nous avons fait venir des Frisian (vaches laitières), nous n?avons pas réfléchi à l?environnement dans lequel ces vaches allaient évoluer. Ce qui explique la productivité. Il faut donc se tourner vers l?élevage industriel, un élevage zero-grazing. Les vaches doivent être confinées dans un environnement contrôlé, avec une chaleur, une humidité et une aération contrôlées. On pourra ainsi optimiser la productivité. Pour rapport aux petits éleveurs, il faut que le ministère de l?Agro-industrie encourage fortement le regroupement.

● <B>La production laitière par les petits éleveurs peut donc, elle aussi, avoir un avenir ? </B>

Aujourd?hui la production laitière faite exclusivement par de petits éleveurs, s?élève à 2,5 millions de litres par an, soit 2 % de notre consommation. 50 % de cette production est auto consommée. L?Agricultural Marketing Board achète annuellement autour de 800 000 litres. Si la production de lait doit se faire sur une base industrielle, les petits éleveurs, en se regroupant, pourront également avoir une meilleure production de lait. Il faudra cependant ne pas continuer avec les ?étables? où on garde actuellement les vaches. Avec 15 à 20 vaches dans un bâtiment construit aussi sur le modèle zero-grazing. Cette formule est d?ailleurs déjà appliquée à la Réunion où le zero-grazing grandit.

● <B>Le prix du lait importé ne cesse de grimper. Y a-t-il un lobby pour promouvoir la production laitière locale ? </B>

Valeur du jour, il n?y a aucune politique de diversification agricole. Nous n?avons pas un plan national. En 2003, le Non-Sugar Sector Strategic Plan a été émis, mais ce n?est qu?un plan d?intention. Il faudrait que le gouvernement vienne rapidement avec une politique claire et définie, surtout avec l?augmentation de prix de toutes les denrées que le pays importe. Aujourd?hui nous avons une opportunité pour donner un nouveau souffle au secteur laitier. Maurice importe Rs 1,3 milliard de lait en poudre. La valeur de nos importations va augmenter à court et moyen termes.

Propos recueillis par <B>S.S. </B>

Ce qui a sonné le glas du projet Creambell

?Le projet de ferme laitière était viable, mais le promoteur indien, Ravi Kant Jaipura, comptait sur le partenariat du Sud-Africain Niels Neethling, qui s?est retiré.? C?est ce qu?affirmait hier une source bien informée des dessous de l?affaire Creambell, l?Integrated Dairy Farm qui a mal tourné à Salazie. Une autre source apporte pourtant un bémol : ?Certes, le retrait du Sud-Africain, qui possédait le savoir-faire pour le ?handling? des vaches, a définitivement hypothéqué l?aventure, mais le grand responsable de cet échec n?est autre que Ravi Kant Jaipura lui-même.?

Nécessitant un investissement de Rs 380 millions, l?usine de Creambell Mauritius Private Ltd visait la production de lait frais local livré à domicile. Elevage de vaches laitières et laiterie à Salazie sur un terrain de 1,7 arpent, le projet devait permettre de générer quelque 200 emplois directs et une production laitière de 15 000 litres par jour. L?Indien Rajiv Sant était le directeur de Creambell. Actuellement en déplacement au Sri Lanka, il a déclaré à ?l?express? ne pouvoir être en mesure de commenter les récents développements du projet.

On avance de source autorisée que la raison pour laquelle Niels Neethling, un des principaux fermiers d?Afrique du Sud, tire sa révérence parce qu?il n?aurait pas obtenu, de la ?State Law Office?, la garantie de pouvoir exploiter les terres de Salazie pour une durée minimale de 50 ans. Mais ce ne serait pas tout. ?Il y aurait d?autres raisons : le Sud-Africain a récemment investi à grands coûts dans une autre ferme et serait à cours de liquidités?, affirme une première source. ?Il aurait aussi eu peur d?investir à l?étranger et aurait reculé devant la part de risque que cela peut représenter.? Elle ajoute que le principal promoteur, l?Indien Ravi Kant Jaipura, n?a pas voulu étudier d?autre partenariat, refroidi par les valses-hésitations de son partenaire sud-africain. ?Cela se sentait au mois de décembre que Niels Neethling était fluctuant. Les Indiens étaient même prêts à ne lui demander qu?un investissement limité à 1 million de dollars contre sa garantie de fournir un nombre suffisant de vaches. Ravi Kant Jaipura y a cru jusqu?au bout.?

Ce que vient contredire une deuxième source : ?C?est Neethling qui a été découragé. Ravi Kant Jaipura, qui n?avait qu?une connaissance limitée du terrain, ne lui a pas inspiré confiance.? Cette source désigne le promoteur indien comme seul responsable de la fin de Creambell : ?Il était seul au départ et n?avait pas vraiment besoin de l?expertise sud-africaine. En guise d?expertise, cela se résumait en fait à la qualité des vaches à livrer ! ?

Toujours est-il que le promoteur indien aurait décidé de faire rendre les clés de la propriété de Salazie aux autorités jeudi, n?étant plus disposé à en assurer la surveillance. Il se serait redéployé sur l?Inde pour la poursuite de ses investissements.

<B>Olivier Masson</B>

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