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Le magasin qui fait un tabac
?Ce que je préfère dans mon métier, ce sont mes clients. C?est le rapport avec les autres?. Sur un air de jazz diffusé par la radio, Mirella, la quarantaine souriante, accueille les habitués. Devant son comptoir où s?empilent toutes sortes de sucreries, une clientèle variée défile. Fonctionnaires mauriciens en poste dans l?île, touristes français, gamins envoyés par leur mère acheter un paquet de lessive ou de farine, Mirella les connaît presque tous. Elle sert de confidente : ?Comme la boutique est ouverte tout le temps, les gens me connaissent et se confient à moi facilement. C?est parfois gênant car cela touche des sujets très intimes : les déceptions amoureuses, les angoisses ou les problèmes d?argent par exemple?.
Véritable lieu de rencontre dans une île où les distractions sont encore rares, des habitants de Port Sud Est ou de Baie-Malgache ( localités situées à l?autre bout de l?île ), viennent ici acheter une plaque de chocolat ou déguster beignets et gâteaux-piments. Autour d?un coca glacé, ils s?assoient face à la mer pour discuter, ou vont se balader sur la plage voisine.
L?idée d?ouvrir une petite tabagie est venue en 1986 : ?C?est mon père qui m?a poussée à ouvrir ce commerce. Personne dans les environs ne vendait de gâteaux. A l?époque, j?étais couturière. J?ai continué de mener les deux activités de front jusqu?en 98. A cette époque, le tourisme s?est beaucoup développé. La boutique a fini par prendre toute la place?.
Le succès ne tarde pas à venir. La petite tabagie en tôle est rapidement détruite pour faire place à l?actuel magasin : ?Ce sont les clients qui m?ont poussé à ouvrir une boutique plus grande. Ils me demandaient toujours des produits que je n?avais pas en stock. Je n?ai fait que répondre à la demande?. Cette réussite ne suffit pourtant pas à éloigner des soucis liés à l?activité du magasin : ?Nous avons souvent un problème de stock. Le bateau qui ravitaille Rodrigues ne vient pas toujours avec les mêmes produits. On est obligé d?acheter certaines choses en gros pour satisfaire la demande de nos clients. Le problème, c?est que pour acheter en gros, on est obligé de s?endetter?. Chaque matin, les fournisseurs viennent lui proposer culottes, bonbons ou bidons d?huile : ?Je réfléchis toujours en fonction du client. J?essaie de deviner ce dont il aura besoin?.
En plus d?être une source de revenus, le magasin sert aujourd?hui de ciment familial : ?Mon mari et ma fille me donnent un coup de main quand ils rentrent du travail ou de l?école. Mes nièces et mes petites cousines viennent aussi mettre la main à la pâte. Chez nous, tout se décide en famille?.
Le nom de la boutique est d?ailleurs une illustration parfaite de cet attachement familial affiché par Mirella : ?Vevilla, le nom du magasin, est composé d?une syllabe du prénom de mon mari, Vivian, une autre de celui de ma fille, Véronique, et une du mien?. La boutique est ouverte tous les jours, dimanche et jours fériés compris, de 6 à 21 heures. Si la fatigue se lit parfois sur son visage, elle n?entame pas sa bonne humeur. Mirella garde le sourire, véritable marque de fabrique de sa boutique.
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