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Le large éventail de l?aide
«Satisfaction». Parce que les avancées sont notables. Mais aussi parce que la confiance est de mise quant à la capacité à répondre aux nouveaux défis. C?était l?humeur des membres du conseil d?administration de la National Empowerment Foundation (NEF) venus faire un bilan positif des actions et présenter la nouvelle structure, «plus professionnalisée et plus apte à suivre l?ensemble des activités», explique d?emblée le président de la NEF, Jean-Claude de l?Estrac.
Les chiffres parlent d?eux-mêmes (voir hors-texte). L?éventail des activités, l?ampleur des programmes et le nombre des bénéficiaires illustrent le succès des actions de la NEF. Dans la droite ligne de la politique du gouvernement, l?empowerment vise bien à aider les plus démunis, à dynamiser le tissu des Petites et moyennes entreprises (PME), à professionnaliser des filières, à soutenir les particuliers dans de nouveaux débouchés. Bref, cet empowerment ne saurait être uniquement économique car il touche au social, à l?environnement, à l?individu lui-même (life skills).
La NEF propose tout un ensemble d?aides que peut solliciter tout Mauricien. En ce sens, les synergies d?acteurs mises en place dans les différents programmes (ministères, organismes parapublics, ONG, entreprises privées, Banque de développement ? DBM?) permettent de répondre à un cortège de demandes. Le soutien est, de facto, très varié. La nouvelle structure vise aussi à rendre le service plus facile, plus direct. La prise de décision est plus rapide.
<B>Création d?un espace des métiers</B>
Pour exemple, la NEF est également flexible dans ses prérogatives. Ainsi, elle peut intervenir, proposer un programme spécifique en fonction de la conjoncture. La filière d?élevage porcin, sérieusement secouée par la fièvre porcine l?année dernière, en est l?illustration. La NEF est intervenue, à travers le sous-comité dirigé par Amédée Darga, non seulement pour venir en aide à ces éleveurs, mais aussi pour professionnaliser la filière afin de la rendre plus viable, compétitive et apporter une valeur ajoutée aux produits.
La nouvelle structure mise en place permet donc de mener des actions plus précises, en relation directe avec les réalités du terrain. C?était aussi une nécessité, compte tenu de la panoplie et de la variété des programmes, qu?il faut, par ailleurs, évaluer scrupuleusement. Ainsi, la NEF met en exergue, dans son ossature même, les principaux secteurs qu?elle cible, sous la supervision d?un directeur général, Hootesh Ramburn, et de directeurs et coordonnateurs de programme. L?ensemble forme une Programme Facilitation Unit.
En résumé, la NEF offre une panoplie de soutiens qui ne se matérialisent pas forcément sous la forme de financements directs. Parce que l?emploi est au centre des préoccupations, la NEF devrait inaugurer, d?ici mars 2009, un espace des métiers au quatrième étage de l?Emmanuel Anquetil Building à Port-Louis. C?est une structure d?aide à la recherche, de conseil, d?orientation et de formation, essentielle dans toute démarche de recherche d?emploi. «Il faut que l?offre rencontre la demande», résume Jean-Claude de l?Estrac.
L?aide-expertise et la formation sont également les pierres angulaires des programmes de la NEF. Et pour en mesurer la portée, mais aussi pour corriger d?éventuelles défaillances, un système de suivi et d?évaluation répondant à une méthodologie précise a été mis en place. «Il faut veiller à ce que l?argent public que nous dépensons est utilisé à bon escient. Nous devons donc mesurer et analyser les résultats, nos performances», insiste Jean-Claude de l?Estrac.
Au final, la restructuration de l?Empowerment Programme, sous la forme d?une fondation ou compagnie publique à but non lucratif, vise à mieux servir les intérêts de la population par le renforcement des appuis à la maîtrise d?ouvrage et l?activation de la prise de décision. Preuve de l?intérêt que les services suscitent : entre les 14 et 24 octobre, 500 personnes ont manifesté leur intérêt à la DBM après la parution d?une annonce dans les journaux.
<B>En chiffres</B>
<B>La NEF c?est?</B>
■ 11 269 bénéficiaires sur l?ensemble des programmes, dont 5 417 personnes qui ont suivi une formation, principalement dans le secteur des technologies de l?information et des communications ? certaines ayant, par la suite, décroché un emploi, et 4 752 qui ont obtenu une assistance financière.
■ 198 familles vulnérables qui seront relogées près de Bambous avec la création d?un village intégré (la première phase concerne 76 familles, et la seconde phase, 122 ménages)
■ Rs 1,059 milliard qui ont été déboursées pour la totalité des programmes (chiffres à juin 2008).
■ Une assistance financière aux PME à travers la Banque de développement totalisant Rs 251 millions pour quatre programmes (Cyclone Gamede Rehabilitation Loan, relance de la filière porcine, Booster Loan System et Quasi-Equity).
<B>Renforcer le tissu des PME</B>
Des niches ont été identifiées comme potentielles activités génératrices de revenus. Ainsi, des appels d?offres seront bientôt lancés pour la mise sur pied de trois projets concernant la joaillerie, l?artisanat à destination des touristes et l?ameublement d?inspiration coloniale. La NEF, comme Enterprise Mauritius, s?intéresse à la dynamisation des PME. Même si le conseil d?administration de la fondation se félicite des résultats, soit 4 700 récipiendaires d?une aide financière pour le lancement d?une PME, son président, Jean-Claude de l?Estrac, est d?avis «qu?on peut faire encore mieux». Il s?inquiète dans le même souffle du «ralentissement de la Small Enterprises & Handicraft Development Authority». Il plaide pour une plus grande diffusion de l?information auprès des Mauriciens, afin que les outils disponibles soient mieux connus. Ainsi, il existe toute une panoplie de prêts disponibles auprès de la Banque de développement pour faciliter la création de PME ou soutenir la professionnalisation d?une structure déjà existante.
<B>Migrer pour mieux revenir</B>
240 Mauriciens sont déjà au Canada ou devraient prochainement s?y envoler. Les programmes de migration circulaire sont un moyen pour les personnes sans emploi ou aux compétences moyennes de partir à l?étranger, répondre à une demande de main -d??uvre en acquérant des qualifications supplémentaires. Le migrant s?engage à rentrer au pays après une durée déterminée. A son retour, il pourra éprouver ses nouvelles compétences dans un nouvel emploi ou lancé sa propre affaire avec l?argent économisé. Le Canada est aujourd?hui rejoint par la France dans le programme de migration circulaire. La France offre de nouvelles perspectives en plus d?être moins éloignée. Environ 500 personnes pourraient bénéficier de ce programme dans un premier temps, en fonction d?une liste de métiers. Les annonces seront publiées lorsque les procédures et les offres d?emploi seront finalisées.
<B>Tourisme et artisanat</B>
Avec un peu de retard, le projet de village touristique revient sur le devant de la scène. Michael Glover est responsable du sous-comité qui pilote la création de ces villages, où l?artisanat local sera à l?honneur. Le premier village, dessiné par le cabinet Pravin Desai ? Urban Solutions, sera construit à Belle-Mare par la compagnie Padco. Parallèlement, l?identification d?autres terrains pour les prochains villages touristiques a déjà commencé: Grand-Baie, Mahébourg (centre artisanal dans le jardin du musée naval) et Rivière-Noire (site proposé par Médine S.E.). Les villages touristiques ont une double fonction: identifier, encadrer et soutenir les artisans de la région en mettant l?accent sur l?utilisation de produits régionaux, et développer le circuit commercial qui va de paire.
<B>Rodrigues, à défis particuliers, réponses spécifiques</B>
Les difficultés que rencontrent les travailleurs rodriguais ne sont pas les mêmes que celles de leurs homologues mauriciens. C?est pour cela qu?il convient d?apporter une réponse taillée à la mesure des enjeux locaux. A Rodrigues, les pêcheurs du lagon constituent l?un des plus importants groupes économiquement fragilisés. La pêche à l?intérieur du lagon est difficile, la senne est interdite depuis 2003, la surexploitation a conduit à une raréfaction des ressources et l?érosion des sols participe également de l?appauvrissement du lagon. 700 pêcheurs ont manifesté leur intérêt auprès de la NEF pour être reclassés par la mise sur pied d?une PME, principalement dans l?agriculture. Pour le moment, ce sont 97 d?entre eux et 142 autres chômeurs qui ont soumis des projets, et 10 ont reçu l?autorisation pour un prêt (plafond de Rs 150 000 remboursables sur 7 ans au taux de 6,5 %). Le cas de Rodrigues est intéressant dans la mesure où les actions de la NEF sont décentralisées et tiennent compte des spécificités socioéconomiques de l?île, d?autant que Claude Wong So, ancien Island Chief Executive, est responsable du sous-comité Rodrigues.
<B>Le volet genre</B>
Parce qu?elles constituent un groupe particulièrement vulnérables, les femmes sans emploi bénéficient d?un programme spécial. Formation et aide à la mise sur pied d?une PME en sont les deux principaux axes. Un appel est fait aux ONG pour soutenir les petits projets d?entrepreneuriat portés par des femmes. Les femmes bénéficieront aussi d?une orientation spécifique à l?espace des métiers.
<B>Terre Nouvelle, un concept novateur</B>
■ «Ce n?est pas qu?un programme de relogement», prévient le président de la NEF, Jean-Claude de l?Estrac. «Il vise des personnes très vulnérables qui ne pourraient probablement pas s?en sortir sans encadrement. C?est pourquoi le programme du village intégré de Bambous est multidimensionnel.» Le soin apporté à l?architecture des maisons frappe également. On est loin du concept de logement social, pas très esthétique et dans lequel le volet social fait défaut. Le village intégré, dont la première phase devrait être livrée fin décembre, est développé «sur un terrain de 92 arpents appartenant à la State Land Development Corporation (SLDC), relié aux axes principaux par un chemin de 1,3 km asphalté, et qui sera desservi par des transports en commun», explique Girish Dabeesing directeur général de la SLDC. Le risque serait la création d?un ghetto excentré où l?homogénéité de la population, au demeurant vulnérable, pourrait poser problème. Girish Dabeesing rassure: «Dans ce village, il y aura l?implantation d?un parc pour les PME, les services à la personne seront assurés, des aires de loisir seront créées. Du côté de la SLDC, nous développons le terrain. Les équipes de la NEF, en collaboration avec des ONG, mènent une série de formations visant à former les bénéficiaires tant sur le plan personnel, de bon voisinage ou de civisme, qu?au niveau professionnel.» En bref, un projet qui prend en compte toutes les dimensions et qui ne devraient pas souffrir de l?éloignement géographique puisque «si on tient compte des plans du gouvernement, le village sera dans quelques années tout près du Bambous bypass.» Pour gérer le village, une compagnie sera spécialement créée. Par ailleurs, un cahier des charges à destination des bénéficiaires est actuellement en préparation. L?objectif est de garantir l?engagement des bénéficiaires, leur plein investissement, dans la bonne marche du projet. Reposant sur la synergie d?acteurs, ce projet devrait être répliqué, par des ONG, à Cité Lumière dans le Nord et au Pont du Tamarinier dans l?Ouest.
<B>Cibler l?individu</B>
■ Original. Les cours de life skills donnent une dimension humaine à l?ensemble des programmes de la NEF. Aider, ce n?est pas seulement apporter des solutions financières, baliser les voies de l?entrepreneuriat. C?est aussi redonner confiance à des personnes qui l?ont souvent perdue. «A cause de l?exclusion, ces personnes ont perdu l?estime de soi. Pour qu?ils renouent avec le mainstream économique, il leur faut la retrouver», fait ressortir Jean-Claude de l?Estrac. Ces programmes de life skills sont menés par trois structures: Caritas, Appollo Integrated Learning Centre et Blast Communications.
«Il faudrait plus d?acteurs pour travailler sur ce programme», estime le président du conseil d?administration de la NEF. Les cours de life skills sont menés «en parallèle avec une formation professionnelle. Nous préparons les personnes à l?environnement du travail. Nous discutons des objectifs, des valeurs du travail mais aussi des problèmes plus personnels. Ce programme vise aussi à éviter qu?une personne quitte sa formation professionnelle parce qu?elle ne se sent pas capable, parce qu?elle doute. C?est un travail de psychologie, de motivation, d?écoute, et aussi d?aide pour les petits problèmes administratifs par exemple», détaille Aisha Allee-Mosaheb, directrice de Blast Communications. «Les personnes que nous aidons ne sont académiquement pas qualifiées. Il en ressort un manque de confiance en soi. C?est dessus que nous travaillons. Nous travaillons d?abord quotidiennement par sessions de quatre heures pendant deux semaines. Ensuite, nous assurons un suivi une fois par semaine ou toutes les deux semaines», ajoute Ashwin Baijnath d?Appollo Integrated Learning Centre. Le suivi hebdomadaire, qui dure trois mois, «est essentiel. On privilégie à ce moment les rencontres individuelles pour que le suivi soit le meilleur possible, pour répondre à des problèmes, des obstacles ou des interrogations précises», souligne Aisha Alle-Mosaheb. Les cours de life skills sont une autre manière d?aider. Ils font la part belle à la psychologie, à l?écoute. Deux volets dont on ne peut faire l?économie pour aider efficacement les bénéficiaires.
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