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Le ?je? mauricien

19 août 2004, 20:00

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Qui suis-je ? A cette question ne feraient écho que des contradictions à en croire la comédienne Pamella Edouard dans l?interview qu?elle accorde en page 9 de notre édition. La réponse de la comédienne semble porter en elle la désincarnation du moi personnel. Il n?y aurait d?identité que groupale voire raciale. Et l?artiste vit mal la dépossession de son individualité. Ce qui provoque, comme c?est le cas pour Pamella Edouard et d?autres, le départ sinon l?exil. Il y a sans doute du vrai dans ce que nous livre en pensées la jeune femme. Cette identité cloisonnée et cette parole créatrice, incapables de s?affranchir des normes coercitives du prêt-à-penser, provoquent immanquablement un repli. Tout aussi contraignantes sont ces limites insulaires qui empêchent la réinvention de son identité et nous confinent dans une forme de kitsch identitaire.

Il importe de rappeler que la parole libre conquiert son espace de liberté. Que l?émancipation de sa personne est profondément inscrite dans une démarche individuelle. Si l?art est implicite et que l?artiste dit l?ineffable, il est alors un autre laboratoire ce pays qui dit, derrière la parole officielle et des lieux communs, un mal-être voire un mal-dire, traduisant toute la fécondité de l?identité mauricienne en devenir. Ce devenir est une aventure palpitante. C?est le propre de tout signifiant qui se risque à co-construire un sens même avec la bêtise des autres. L?histoire de l?identité mauricienne est traversée de ces déchirures du moi.

L?identité nationale est un effort collectif mais la découverte du moi répond à une angoisse personnelle. Et les blessures qui marquent un pays dans son cheminement, comme nos émeutes de 1999, sont des possibilités de renouvellement. Reste à savoir comment l?imaginaire collectif les intègre et comment on évite les lectures réductrices auxquelles certains se livrent. Il y a, dans cette logique, toujours un à-dire et il revient aux créateurs et aux artistes de briser les murs de l?indicible et de dire l?histoire qui produit l?identité. Soit un moi qui fait le chemin vers l?autre, le début de cette épopée qui mène vers une identité nationale.

Il faut reconnaître qu?il est facile de présenter comme un vivre en commun ce qui relève du compartimentage. Sans faire l?apologie ou le procès du superflu, le constat est que la route menant vers la pleine réalisation de l?identité mauricienne est encore longue. Il faut aussi éviter les mauvaises questions. Le débat sur le mauricianisme, tel que formulé, est aujourd?hui dépassé. L?île Maurice qui se construit a subi depuis des transformations profondes dans ses superstructures. Celles et ceux qui ont lutté selon l?aggiornamento politico-idéologique du Mouvement militant mauricien des années 70 et 80 sont en passe de devenir la génération d?hier. L?identité contemporaine, telle qu?elle se met en scène, est moins exubérante et moins revendicatrice. Elle se construit selon de nouveaux référents qui n?ont rien à voir avec ceux d?hier. Moins expansive aussi est sa jeunesse au point qu?on lui reproche de faire preuve d?atrophie. C?est cela également cette île Maurice où l?on vit. Celle qui, tout en désespérant d?être, n?arrête pas de donner des raisons d?espérer un être qui s?accommode aussi bien du paraître et du mal-être que de la nécessité d?un mieux-être collectif. C?est cette ambivalence qui dessine de nouvelles déclinaisons identitaires où dire qui l?on est et prétendre savoir ?rester fidèle à soi? relèvent d?un autre non-sens épistémologique.

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