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Le guide des Émotions

27 août 2006, 00:00

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LA COLERE

Jaya Balgobin, psychothérapeute : « Exprimer la colère n?implique pas un ?licence to hurt? »

Qu?est-ce que la colère ?

La colère, comme toutes les émotions, est une manifestation saine qui signale une rupture de notre équilibre et marque un élément d?insatisfaction dans certains aspects de notre vie. Elle nous ramène à ce qui cloche chez soi, chez l?autre et/ou dans notre environnement. Elle peut donc s?avérer tout à fait « adaptive » et servir comme une juste mise en garde.

Le mythe.

La colère, une émotion très redoutée, peut s?avérer très coûteuse pour l?individu et la société. D?une part, elle est fortement liée à l?agressivité, aux crimes passionnels et à la violence sous toutes ses formes. D?autre part, elle est l?une des émotions les plus puissantes et saines que l?être humain ressent contre toutes formes d?oppression et d?injustice personnelle et sociale.

Mais c?est un mythe que de croire que la colère rime toujours avec agressivité. Certains pensent même qu?il faut supprimer cette émotion complètement afin de pouvoir atteindre une bonne santé émotionnelle. Dans Honour your anger, l?auteur nous explique que c?est inconcevable de se dire que l?on peut vivre sans conflits.

La rendre constructive.

La colère, si elle est canalisée, nous fournit l?énergie nécessaire afin que l?on puisse surmonter « l?obstacle » à l?origine de cette émotion et éliminer l?élément d?insatisfaction présent. Exprimer sa colère n?implique surtout pas « a license to hurt ». La durée, l?intensité, la fréquence et les circonstances qui entourent cette émotion peuvent nous aider à cerner quand la colère peut être considérée comme étant inadaptée et problématique.

Les différents niveaux.

La colère est une émotion qui peut revêtir plusieurs formes. Partant de simples actes de frustration dans nos vies quotidiennes, elle peut aller jusqu?aux accès de rage aigus et incontrôlables, surtout si on passe à l?acte directement sous l?influence de l?émotion. Dépendant de son intensité, la colère est souvent accompagnée de réactions physiologiques telles que tremblements, palpitations, rougeurs, etc., et elle est aussi accompagnée d?un sentiment secondaire, masqué par d?autres émotions comme la répugnance, la rancune, la peur, l?indignation, la souffrance, l?insécurité ou même le sentiment que le monde est obligé de se plier à nos caprices !

À éviter.

Mais pour être dans les normes, l?être humain apprend qu?il faut ignorer ou supprimer cette émotion à tel point que beaucoup retournent cette colère contre eux-mêmes et à la longue, elle se manifeste en formes de déséquilibre psychologique ou physiologique. Et puis, il y a certains qui n?expriment jamais leur colère mais qui s?en servent comme des tactiques viles, pathologiques ou manipulatrices pour contrôler ou faire mal à l?autre.

LA TRISTESSE

Natasha Chakowa, psychologue « Parler de sa tristesse permet de mieux saisir les causes et les enjeux »

Qu?est-ce que la tristesse ?

La tristesse est synonyme de peine, de chagrin ou de douleur. Il s?agit d?une émotion qui peut être vécue par chacun d?entre nous, grands ou petits. Elle révèle un manque de nature affective (perte ou privation de quelque chose ou de quelqu?un).

Les différents niveaux.

Il existe plusieurs degrés de tristesse relatifs à la sensibilité de chaque personne. Nous ne sommes donc pas égaux devant la tristesse. En effet, devant une même situation nous ne réagirons pas tous de la même manière. L?expression de cette émotion peut être diverse ; certains d?entre nous auront tendance à l?extérioriser par la colère ou par les pleurs, d?autres opteront davantage pour le repli sur soi.

Quand s?inquiéter ?

Mais lorsque cette tristesse devient permanente, lorsqu?elle nous rend incapable d?envisager tout aspect positif de la vie, lorsqu?elle change nos attitudes envers les autres (idées négatives, refus de sortir, perturbations des habitudes quotidiennes), on rentre alors dans la déprime voire la dépression. Avant d?en arriver là, il est important de mettre des mots sur nos émotions.

Solutions.

Parler de sa tristesse permet de mieux saisir les causes et les enjeux. Par ailleurs, écrire (journal intime ou autre) peut également être une excellente thérapie afin de mieux comprendre ses émotions.

À éviter.

Fuir la tristesse n?est pas sans conséquences. La manière la plus adéquate de la canaliser est de comprendre ce qui nous a rendus tristes, ainsi que les réactions qui sont apparues par la suite.

Ce n?est qu?ainsi que nous pourrons plus facilement en déjouer les pièges.

LA JOIE

Maurice d?Arifat, psycho relaxologue « Replonger dans l?homme intérieur? »

Qu?est-ce que la joie ?

Elle est un aboutissement, la finalité d?une longue quête de l?homme depuis sa naissance et probablement jusqu?à sa mort. Depuis que l?homme existe, il recherche la joie et le bonheur car il a le droit fondamental d?être heureux et pour y parvenir, il prend plusieurs chemins.

À éviter.

Certains vont chercher la joie dans des paradis artificiels, dans le matériel et l?éphémère. On peut éprouver du plaisir à avoir une belle maison, une belle voiture? Ce sont là des plaisirs issus de nos désirs, mais ils ne comblent pas notre besoin de joie. Ils sont relatifs et changeants, ce sont des émotions passagères, des flammèches qui s?envolent au gré du vent.

Où se trouve-t-elle ?

Le véritable bonheur n?est pas d?ordre émotionnel donc transitoire. Il se découvre dans d?autres horizons de la personne humaine. Il existe en nous, dans une conscience plus profonde. Il est caché par notre ego, nos désespoirs, nos préjugés, nos critiques, nos pensées négatives.

Solutions.

Replonger dans l?homme intérieur et ne pas favoriser uniquement l?homme extérieur. Comment ? À travers ce que les hindous appellent le Salt-Chit-Anauda, la conscience pure, l?intelligence pure, la félicité qui n?est autre que la béatitude et que nous trouvons quand nous faisons silence en notre corps et notre esprit. Des sages l?ont découvert depuis longtemps dans la méditation. Cette joie-là et ce bonheur-là sont des valeurs éternelles. Une fois qu?on ressent cette joie à l?intérieur de nous, elle se reflète dans nos activités quotidiennes et sur notre santé. Dans ce monde de plus en plus agité, il est important de retrouver l?équilibre sinon notre esprit vagabonde. On vit dans le passé en souvenir de ce qui était bien, on pense à l?avenir, on a des appréhensions et on oublie de vivre l?instant présent.

LA PEUR

Vijay Ramanjooloo, psychologue « L?angoissé a tendance à percevoir le monde comme menaçant »

Qu?est-ce que la peur ?

Il est de tradition de distinguer l?angoisse de la peur. La peur est liée à un objet en fonction duquel le sujet peut organiser un comportement de défense (la fuite ou l?attaque). L?angoisse est sans attache. On a peur de quelque chose alors que l?angoisse se rapporte à soi. Mais il est difficile d?établir une frontière entre les deux états. On parle aussi de l?anxiété, un état affectif pouvant se définir comme un sentiment pénible d?attente, une peur sans objet ou comme le sentiment d?un danger imprécis et mal définissable.

Les différents niveaux.

S?il y a des situations de stress où le danger réel est perçu pour chacun, il y a des situations objectivement peu ou pas stressantes que certains perçoivent comme menaçantes. L?appréhension de la situation comme dangereuse dépend des particularités de l?individu : aptitudes, dispositions de la personnalité, expérience personnelle de situations similaires dans le passé.

Quand s?inquiéter ?

Si l?état d?angoisse est transitoire, que son intensité et sa durée sont en fonction du danger externe ou interne, qu?il soit lié à l?environnement, à un conflit, c?est une chose. Mais il existe des personnalités angoissées qu?il faut traiter. Il s?agit ici de disposition quasi-permanente de la personnalité. L?angoissé a tendance à percevoir le monde comme menaçant, il est vulnérable au stress, il présente des réactions angoissantes plus intenses et plus fréquentes que la moyenne.

Solutions.

On peut avoir recours aux méthodes psychothérapeutiques : l?écoute patiente qui permet à la personne de se confier, la dédramatisation des manifestations anxieuses, la compréhension rassurante en évitant les attitudes trop directives. Les méthodes de relaxation donnent aussi des résultats appréciables.

EST-CE INTERDIT AUX HOMMES ?

On l?a vu lors de la dernière Coupe du monde de football, il n?y a pas que les filles qui pleurent. Même les superstars ne dissimulent plus leurs émotions, car les larmes ne menacent pas la virilité. Dans Le sexe des émotions, le psychiatre Alain Braconnier explique que « dès les premiers jours de son existence, un bébé se retrouve dans un monde masculin-féminin, normalement différencié [?]. Par-delà la génétique, c?est l?éducation au sens large qui favorise le développement des différences ». Nous avons donc tous le droit de pleurer quand on est triste, de crier quand on a peur, d?exprimer une juste colère, de rire, de rougir, de trembler?

Il n?y a pas d?émotions réservées uniquement aux hommes ou aux femmes.

QU?EST-CE QUE L?EMOTION ?

On la décrit comme une réaction affective face à un événement qui peut être plaisant ou déplaisant. La psychologie la conçoit aujourd?hui comme une réaction nécessaire ou en tout cas bénéfique. Les émotions nous informent certes sur nous-mêmes et nos réactions émotives nous aident à nous adapter à chaque situation de notre vie. On relève quatre types d?expériences émotives.

Les émotions simples

Elles nous informent directement sur l?état de nos besoins et sur la façon de les satisfaire. Elles indiquent si un besoin est comblé ou pas. Exemples : le contentement, l?émerveillement, le chagrin, la peine.

Les émotions mixtes

On parle d?émotions mixtes quand il y a un amalgame d?émotions et d?autres expériences émotives comme des subterfuges.

Ce sont des émotions qui tentent de nous désinformer. Exemples : la culpabilité, la jalousie, le mépris, la pitié, la honte, etc.

L?émotion repoussée

On appelle l?émotion repoussée, un malaise résultant du fait que l?on repousse une expérience émotive, une préoccupation ou une action à poser. Des exemples : l?anxiété, l?angoisse, la gêne, la migraine, le n?ud à l?estomac, le bégaiement.

Les pseudo-émotions

Ce ne sont pas réellement des émotions, elles sont plutôt des façons de dire les choses. Par exemple, le rejet, le fait de se sentir écrasé, l?hostilité.

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