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Le Grand Officier
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
A première vue, la toute nouvelle promotion des médaillés de la République n?est guère différente des autres. La dernière liste des décorés, rendue publique hier, est, comme chaque année, ethniquement bien dosée et entachée de partisanerie politique. Néanmoins, il y a une nouveauté. Elle provient de la présence sur la liste de personnages qui n?ont pas toujours eu une conduite irréprochable et méritante.
On s?est habitué à la pratique des partis au pouvoir de distribuer les médailles à ceux qui leur ont rendu de bons et loyaux services. Le critère des affinités politiques est banalisé. Tous les partis l?adoptent indistinctement. Il est même toléré dans l?opinion publique. Mais, on s?attend, au moins, à ce que les récipiendaires des décorations aient, en sus des préférences politiques qu?ils exercent, poursuivi un cheminement personnel et professionnel qui soit exemplaire. Malheureusement, ce n?est pas le cas, du moins cette année.
Considérons, par exemple, le choix de Deva Virahsawmy, secrétaire général du PTr. Sa décoration est bien conforme à la première condition, celle d?une fidélité sans faille envers le parti au pouvoir. Mais, ce nouveau «Grand Officer of the order of the Star and Key of the Indian Ocean» ne possède pas exactement le profil d?un citoyen qui mérite pleinement la reconnaissance de la nation.
Celui qui s?est vu gratifier, hier, de l?insigne de GOSK a été au centre d?une vive polémique aux avant-dernières élections générales. Flashback. Le 21 août 2000, alors que la campagne électorale bat son plein, l?aspirant candidat Deva Virahsawmy, alors ministre des Infrastructures publiques, prononce un discours virulent à Rivière-du-Rempart. «Faudé péna disang dan ou lécor pou donne sa blanc là ministère Finances», s?insurge-t-il avant d?exhorter l?auditoire à voter pour «ou culture, ou religion, ou langage». Il allègue qu?en 1982 Paul Bérenger a «fait cadeau de Rs 57 millions à sa famille» et poursuit son réquisitoire à tonalité raciste avant de céder la parole à son collègue Rajman Rampersad qui enchaîne sur le même ton. Le lendemain, on apprend que les deux sont privés de l?investiture de leur parti aux législatives qui allaient se tenir le 11 septembre.
Belle revanche pour Deva Virahsawmy : une des plus hautes distinctions de la République lui a été décernée hier. Il est élevé au rang de Grand Officier. C?est un signal indiquant que la République ne tient pas rigueur à ceux qui font en public des remarques aux relents racistes.
C?est sur avis du Premier ministre que les Grands Officiers sont nommés. On a envie de dire à Navin Ramgoolam qu?«après 40 ans est ce qui ou pas croire fine l?heure pou nou appelle nou Mauricien? qui faire quand nou dans Maurice dan nou pays, nou pas capave dire nou Mauricien». Mais c?est précisément lui qui a prononcé ces belles phrases dans son message à la nation hier.
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