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Le grand désarroi de l?Église
La nouvelle est tombée mercredi en début de soirée. Les milieux de l?éducation catholique l?ont accueillie comme une douche froide. Le Privy Council a rejeté l?appel du Bureau de l?éducation catholique (BEC) du jugement de la Cour suprême en date du 12 novembre 2002.
Ce jugement avait qualifié de « discrimination illégale » l?utilisation du critère religieux pour l?admission dans les collèges du diocèse catholique mauricien.
Le défendeur, le président de la Government Hindi Teachers?Union (GHTU), est humble dans la victoire. « Il n?y a ni vainqueur ni vaincu ; c?est l?enfant mauricien qui sort gagnant. »
Chez les catholiques, cependant, c?est d?abord la déception, que l?évêque de Port-Louis ne cache d?ailleurs pas. « Je suis déçu mais je respecte le verdict », assure-t-il vendredi matin, lors d?une rencontre avec la presse, à peine descendu de l?avion.
Poursuivre sa mission educative
« Depuis 150 ans et cela jusqu?à maintenant, les autorités catholiques ont collaboré avec le gouvernement dans le domaine de l?éducation à travers des accords dûment signés entre les deux parties. Maintenant on vient dire que cette collaboration est illégale et anticonstitutionnelle », explique pour sa part le vicaire général, le père Jean-Maurice Labour.
Dès le lendemain du jugement, l?évêché émet un communiqué informant que le BEC procédera aux admissions en Form I sans tenir compte du critère religieux, « fidèle à l?engagement qui a été pris devant la Cour suprême auprès des parties concernées. »
Toutefois, l?exaspération du chef de l?Église catholique était palpable lors de sa rencontre de vendredi avec la presse. Évoquant la déposition des avocats du gouvernement devant le Privy Council, Mgr Maurice Piat laisse percevoir son amertume. « À la lumière de leurs déclarations, nous pouvons nous demander si le ministère de l?Éducation veut encore de nous comme partenaire. »
Selon Mgr Piat les avocats du gouvernement se sont désolidarisés de l?Église. « Les avocats du gouvernement ont dit très clairement ? that they do not support the Appellants arguments ? et qu?ils soutiennent à fond le jugement de la Cour suprême. »
Alors que pour certains dans les milieux de l?éducation catholique, la décision du Privy Council est la cause d?un grand désarroi, voire une grande inquiétude, pour d?autres ce jugement offre de nouvelles possibilités. Il remet d?abord en question l?engagement des autorités catholiques dans le processus de réforme engagé par le gouvernement dans le domaine de l?éducation. « Puisque selon leurs avocats le protocole d?accord est caduc, j?attends de savoir quelle attitude le gouvernement va adopter envers nous », explique Mgr Piat.
Mais les autorités catholiques à Maurice ne comptent nullement abandonner le domaine de l?éducation. « Nous continuerons à travailler pour que l?enfant mauricien reçoive une éducation digne de ce nom », avance l?évêque. Toutefois la forme de cet engagement de l?Église reste à redéfinir. « Nous gardons toutes les options ouvertes. »
« L?Église compte d?abord étudier en détail le jugement écrit des Law Lords afin d?en saisir les implications, puis elle va consulter largement avant de prendre une décision », a expliqué Mgr Piat.
« L?Église compte voir comment poursuivre sa mission éducative à l?intérieur du cadre institutionnel et légal que nous offre le pays », a écrit pour sa part, le père Jean-Maurice Labour, dans un communiqué émis jeudi. L?Église s?apprête donc à s?interroger sur la nouvelle forme que prendra sa collaboration avec l?État.
Toutefois rien n?a transpiré du côté du ministère de l?Éducation quant au nouveau cadre dans lequel l?Église pourrait maintenant être appelée à évoluer. « Le ministère ne souhaite pas commenter ce jugement à ce stade », a laissé entendre le service de presse du ministère. Selon un communiqué du conseil des ministres, émis vendredi après-midi, une réunion est prévue pendant la semaine autour de la question entre les représentants du gouvernement et ceux de l?Église catholique.
À la croisée des chemins
Du côté des représentants du personnel des collèges catholiques comme ceux des parents, c?est l?attente. « Nous allons attendre la prise de position des autorités catholiques avant de décider de la marche à suivre », explique la présidente de la Secondary and Preparatory School Teachers and Other Staff Union (SPSTSU), Lysie Ribot. Elle ne cache pas néanmoins que le personnel est inquiet quant à son avenir. « Nos membres s?interrogent légitimement sur leur avenir professionnel. »
« Dès janvier nous mobilisons les parents pour décider de la marche à suivre », ajoute pour sa part le président de la Fédération des associations parents-enseignants des écoles catholiques, Denis Grandport.
Ainsi donc, après un engagement d?environ 150 ans dans l?éducation à Maurice, l?Église est parvenue, sans aucun doute, avec la décision du Privy Council, à la croisée des chemins, comme l?atteste Denis Grandport. « Ce jugement est peut-être une opportunité pour tous les Mauriciens de s?interroger indistinctement sur l?égalité des chances non seulement dans l?éducation, mais dans les sphères du domaine économique et social. »
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