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Le flair des affaires
Medha Aukle, née Beeharry Panray, semble tout droit sortie d?un magazine de mode avec son top bleu marine, son pantalon en toile pervenche aux bas retroussés et ses espadrilles marron. Elle confirme qu?il s?agit bien là de sa tenue de travail. «J?aime varier mes tenues de travail. Le tailleur jupe est bien mais le pantalon l?est tout autant.» Un bon goût que l?on retrouve dans certains ameublements chez Courts.
Medha déclare avoir développé son flair des affaires au contact de la clientèle. Sa grande force est en effet d?être restée en permanence en contact avec les clients fréquentant les showrooms de Courts malgré une montée en grade dans la hiérarchie qui ne l?obligeait pas à le faire.
De tout temps, Medha a été attirée par l?économie et le monde des affaires. Si bien que durant sa scolarité secondaire au couvent de Lorette de Port-Louis, elle a opté pour les langues, la littérature mais aussi l?économie. Après un bref passage comme clerc de comptabilité à la Central Water Authority, Medha s?envole pour Montréal pour des études supérieures en comptabilité.
Le jour de l?inscription à l?université du Québec, elle doit choisir entre un baccalauréat en administration des affaires et un baccalauréat de comptabilité. N?écoutant que son impulsion, elle opte pour l?administration des affaires. «Je ne l?ai jamais regretté depuis», précise-t-elle. «La comptabilité est centrée sur les chiffres alors que l?administration des affaires est plus vaste et offre davantage de possibilités.»
<B>Maturité nécessaire </B>
Au cours de ses trois ans d?études, Medha se familiarise à la gestion, à la finance, au marketing, mais c?est la gestion qui a ses faveurs. Ce qu?elle apprécie aussi avec ses cours, c?est l?application pratique de la théorie aux exemples de la vie courante comme aller en cour pour mieux appréhender le droit des entreprises. Medha réussit brillamment son baccalauréat.
À tel point qu?une bourse pour une maîtrise en administration des affaires lui est offerte. Mais en bonne fille des îles qu?elle est, elle veut retrouver son pays et son climat tempéré. Elle décline la proposition et regagne Maurice. «Sur le moment, j?étais inconsciente mais quand j?ai eu l?occasion de faire mon MBA des années plus tard, je me suis rendue compte que j?avais fait le bon choix. À l?époque, je n?étais pas prête pour un MBA. Pour réussir ces études, il faut beaucoup d?expérience et de maturité.»
Medha n?a qu?une envie à son retour, c?est mettre en pratique ses connaissances fraîchement acquises. Mais on la décourage en lui disant que le monde des affaires est assez réfractaire aux femmes. Elle se joint alors à un groupe de textile où elle exerce comme directrice du personnel mais Medha ne s?y sent pas dans son élément. Elle s?en va et au moment où elle songe à fonder sa propre entreprise, elle tombe sur un avis de recrutement de Courts qui recherche un manager pour les ventes. Elle postule et obtient l?emploi.
<B>Montée en grade </B>
Basée à Bell-Village, elle effectue un travail équivalent à celui de manager de succursale, s?occupant des clients, de la décoration, de la formation du personnel. Elle fait tout pour maximiser les ventes. Medha est tellement appliquée qu?au bout de deux ans, elle est nommée manager de la succursale de Rose-Hill à l?ouverture de celle-ci. Medha accepte de relever le défi.
C?est avec une main de fer dans un gant de velours qu?elle dirige les 65 employés. «C?est là que j?ai appris à vraiment prendre le pouls des clients. S?il est vrai que j?avais mon bureau, je passais aussi beaucoup de temps dans le showroom à sonder les gens sur leurs besoins et leurs goûts.»
Le travail ne lui faisant pas peur, elle reste au bureau pendant de longues heures. Un tel investissement personnel finit par porter ses fruits et la branche rosehilienne devient le porte-drapeau de Courts. «Elle l?est encore», précise-t-elle en souriant.
Medha se voit alors associée à l?ouverture des plusieurs autres succursales aussi bien en régions urbaines que rurales, hormis celles de Curepipe, Phoenix et Riche-Terre. Ces affectations lui permettent de mieux cerner les besoins et désirs de la clientèle.
Elle finit par être nommée operations/human ressource director de toutes les succursales, y compris de celles de Rodrigues et de Madagascar. Elle traite avec les managers du département de crédit, du personnel, les managers généraux des différentes succursales. Sa nouvelle affectation lui ouvre les portes du conseil d?administration de Courts où elle est la première femme à être admise.
C?est le moment que choisit Medha pour prendre des cours à distance en vue décrocher son MBA auprès de l?université de Surrey. « Je n?ai pas trouvé tout cela lourd tant je suis passionnée. Quand je m?engage dans quelque chose, je me donne à fond. Et puis, comme je ne suis pas mondaine, mon temps se partageait entre mon travail, ma famille (NdlR : elle est mère de Manjeet, 15 ans) et mes études.»
Quand on lui propose le poste de furniture buying director, occupé jusque-là par un expatrié, elle accepte pour deux raisons. La première est qu?elle a déjà fait ses preuves aux opérations et est en quête de nouveaux défis à relever. La seconde est que les résultats obtenus sous la direction des expatriés étant mi-figue, mi-raisin, la direction veut les améliorer.
Medha se fie alors à sa connaissance du marché pour adopter une nouvelle stratégie. «Les meubles achetés jusque-là n?étaient pas forcément aux goûts des Mauriciens mais plutôt au goût de celui qui occupait le poste. Moi, je connaissais sur le bout de mes doigts le profil ethnique de la clientèle, son pouvoir d?achat, ses goûts. Je me suis dit que j?allais non seulement conserver cette clientèle à revenus moyens qui a fait le succès de Courts en leur offrant un bon rapport qualité-prix mais que j?élargirai aussi la gamme des meubles proposés pour attirer une clientèle à revenus supérieurs.»
Aussitôt dit, aussitôt fait. Tout en continuant à miser sur les classiques, elle introduit des meubles très tendance aux couleurs pimpantes et aux designs futuristes, des sofas en cuir ou des meubles fabriqués à partir de matières originales telles le sea-grass. Elle est aussi responsable de l?achat des revêtements de sol. Medha négocie âprement avec ses fournisseurs locaux et étrangers pour obtenir le meilleur prix coûtant, fixe elle-même le prix de revient et décide de la marge de profits.
Les résultats de cette nouvelle approche ne se font pas attendre longtemps. Courts fidélise sa clientèle à revenus moyens mais prend aussi dans ses filets celle à revenus supérieurs. Et malgré une conjoncture morose l?an dernier, le chiffre d?affaires de son département à la fin 2005 est satisfaisant. «J?ai été contente de voir que tout ce que j?ai proposé au fil des quatre dernières années s?est bien vendu. Cela fait chaud au c?ur et démontre que je connais bien mon marché.»
Le fait que Courts ait été racheté par la British American Insurance ne change rien pour Medha. «Au contraire, cela signifie sans doute une nouvelle vision et encore plus de défis à relever. Je suis sûre que ce sera la continuité car on ne change pas une équipe qui gagne? »
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