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Le développement durable devient business à La Réunion
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Le développement durable devient business à La Réunion
Le vert a le vent en poupe. Économies d?énergie, développement des énergies renouvelables, développement durable, tourisme vert... Malgré l?aspect parfois moralisateur du discours, le vert est de plus en plus vendeur.
Le Salon mondial de l?automobile qui a ouvert ses portes samedi à Paris n?a pas choisi gratuitement le thème des «technologies propres».
A La Réunion, selon les dernières données de l?Agence de développement (AD), les trois-quarts des projets implantés en 2007 appartiennent à l?un des quatre secteurs prioritaires du projet «Réunion Île Verte» : agronutrition, énergies-environnement, tourisme et les Technologies de l?information et de la communication (Tic).
Le secteur de l?énergie représente à lui seul 10 % du total des projets implantés par l?agence en 2006-2007. Valorisation du biogaz, production de cellules photovoltaïques... Les projets concernent de plus en plus les énergies renouvelables. «Le potentiel de progression est encore important, affirme l?AD. Les projets valorisant la biomasse ou ceux qui se situent au croisement des filières Énergie et Transports sont appelés à se développer.»
«Verte attitude»</B>
Dans l?environnement, les activités deviennent de plus en plus sophistiquées. De la déconstruction des palettes en bois en 2002, on est passé aux laboratoires d?analyses de pointe et aux procédés de régénération des batteries et des accumulateurs.
Le secteur avait atteint un pic en 2004-2005 avec 15 % des projets implantés, en raison de la création de nombreuses filières qui faisaient défaut. Revenu en 2007 à son niveau de 2002-2003 avec 8 % des projets, il lui reste, selon l?AD, «une marge de progression en termes d?assainissement et de tri sélectif compte tenu du retard flagrant de La Réunion. Mais le niveau d?investissement des collectivités conditionnera dorénavant le taux de croissance du secteur.»
Parmi les derniers événements marquants en matière de «verte attitude», figurent les centrales photovoltaïques Soleo inaugurées depuis le mois dernier sur les toits de la Sodexpro et Mascarin au Port, ainsi que celui de Ravate à Sainte-Clotilde.
Le président de Région, Paul Vergès, véritable étendard du développement durable avait déclaré à l?inauguration de la première de ces centrales : «Nous sommes aujourd?hui dans le solaire, il y a un début dans l?éolien et des études sont menées sur les capacités de la mer à produire de l?énergie. Nous nous engageons dans un changement de l?économie de La Réunion sur la base de sa production d?énergie. C?est une filière qui va être créatrice d?emplois».
Comment ne pas être conquis par l?idée d?aller chercher sa part du gâteau ? Véritable enjeu politique et économique, le développement durable est donc aussi devenu un redoutable outil de communication.
Si les industries se mettent au vert, alors forcément, la publicité aussi. C?était même le thème de la dernière journée de la publicité, manifestation annuelle organisée par la représentation locale de l?AACC, Association des agences de conseil en communication.
Plus encore, l?agence locale Globe a créé depuis juillet un département intitulé «Globe Green» dédié exclusivement à la stratégie de communication des entreprises sur le thème du développement durable.
Bref, c?est l?euphorie. Un engouement parfois aveugle qui rappelle celui de l?internet avec les start-up, alors que les opportunités de profits semblaient aussi garanties qu?infinies, mais qui avait entraîné son lot de désillusions.
Philippe Jean-Pierre, économiste, craint que cette «frénésie» autour du marché du vert ne finisse elle aussi par faire des déçus.
«Aujourd?hui, tout le monde veut devenir un spécialiste du développement durable, explique Philippe Jean-Pierre. Ce créneau identifié comme porteur suscite de forts espoirs et des anticipations positives. Mais il faut faire attention car il y aura un jour aussi dans ce secteur un phénomène d?assainissement, comme dans l?immobilier aujourd?hui et dans l?internet auparavant.»
Ressource inépuisable
Philippe Jean-Pierre de rappeler ainsi qu?une partie du parc immobilier local a été construit dans une bulle spéculative. Certains logements feront inévitablement l?objet d?une moins-value à la revente. La crise, encouragée par de multiples facteurs convergents, semble d?ailleurs être amorcée depuis ces dernières semaines.
«Certains sont peut-être déjà tentés de retirer leurs capitaux de l?immobilier pour les investir dans l?énergie solaire par exemple, poursuit Philippe Jean-Pierre. Mais il faut être prudent, parce qu?on manque aujourd?hui de lisibilité sur le développement durable. Certains acteurs sans formation ou qui ne sont pas à la hauteur auront l?impression un temps de tirer leur épingle du jeu mais dès qu?il n?y aura plus de rente à prendre, seuls les meilleurs résisteront et les plus faibles disparaîtront. Ce n?est pas parce que l?on sort d?un cycle spéculatif qu?il faut se jeter à corps perdu dans une autre crise, poursuit-il. Il ne faut pas nourrir la bulle du développement durable.»
Le développement durable, à l?image des énergies fossiles, ne serait donc pas une ressource économique inépuisable ? Il y a de quoi être vert.
Séverine D?argent © JIR
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